Guy Boileau se décrit comme un auteur-compositeur-interprète sur sa page Facebook. On le voit ici lors de son arrivée au palais de justice de Trois-Rivières.

Extorsion et séquestration sur des aînés: de lourdes accusations

TROIS-RIVIÈRES — Le couple qui aurait séquestré des aînés dans le sous-sol de sa résidence à Trois-Rivières pendant quatre ans, a comparu, vendredi, au palais de justice de Trois-Rivières.

Guy Boileau, 55 ans, a formellement été accusé de séquestration et d’extorsion envers les deux présumées victimes, un homme et une femme âgés dans la mi-soixantaine. On lui reproche aussi de s’être livré à des voies de fait et d’avoir proféré des menaces de mort ou de causer des lésions à l’homme. La conjointe de Guy Boileau, Marie-Jeanne Côté, 54 ans, doit pour sa part répondre aux mêmes chefs d’accusation, mais en plus, elle a été accusée de voies de fait et de menaces contre la femme. 

Comme ils n’ont aucun antécédent judiciaire, la procureure de la Couronne, Me Martine Tessier, ne s’est pas opposée à leur remise en liberté pour la durée des procédures judiciaires. Le couple sera cependant soumis à de sévères conditions dans le but de protéger les présumées victimes et la population, tout particulièrement les personnes vulnérables.

Dans le box des accusés, Guy Boileau, qui se déplace présentement en béquilles, et sa conjointe Marie-Jeanne Côté n’ont manifesté aucune émotion particulière, se contentant d’écouter attentivement la liste des conditions qu’ils doivent respecter. 

Ainsi, il leur sera interdit à tous les deux d’occuper un emploi auprès de personnes âgées de plus de 60 ans ou de personnes vulnérables à moins d’avoir informé leur employeur des présentes accusations. Ils n’ont pas le droit de se rendre à la résidence des présumées victimes ni de communiquer avec elles et leurs proches. Il leur est interdit également de se rendre à la bibliothèque municipale de Pointe-du-Lac, au Centre d’éducation populaire de Pointe-du-Lac et de se trouver dans la ville de Gatineau. Ils n’ont pas le droit d’avoir des armes en leur possession et des documents bancaires qui ne sont pas libellés à leur nom. De même, ils ne peuvent pas héberger des personnes qui ne font pas partie de leur famille et d’être les mandataires de personnes âgées de plus de 60 ans ou de personnes vulnérables.

Leur cause a été reportée au 13 décembre. 




Marie-Jeanne Côté, également une passionnée de country comme son conjoint, s’est empressée de cacher son visage à sa sortie du véhicule de police.

Rappelons que les événements qui leur sont reprochés seraient survenus entre septembre 2014 et juin 2018. Les suspects auraient carrément séquestré dans le sous-sol de leur résidence de la rue des Pics-bois un couple de personnes considérées comme démunies et vulnérables. Ils en auraient alors profité pour les extorquer en prenant le contrôle de leur argent. 

Comme l’a précisé le sergent Luc Mongrain de la Direction de la police de Trois-Rivières, les deux victimes n’étaient pas séquestrées sept jours sur sept, 24 heures sur 24. «Elles pouvaient sortir pour faire leurs courses et revenir à la maison, mais elles étaient ensuite enfermées pour des périodes de deux à trois jours consécutifs», a-t-il précisé. 

Les portes étaient en effet verrouillées de l’extérieur. Ce sont d’ailleurs ces verrous qui ont incité des gens à faire un signalement à la Division de la prévention de la Direction de la sécurité incendie et sécurité civile en novembre 2017. Une enquête a ensuite été entreprise. Entre-temps, en août 2017, la dame a pu quitter les lieux afin de recevoir des soins de santé. Son conjoint a pour sa part réussi à partir en juin dernier. Les deux suspects ont été arrêtés jeudi après-midi, une nouvelle qui a d’ailleurs grandement soulagé le couple, selon le sergent Mongrain.  

Rien ne pouvait laisser croire aux voisins de Guy Boileau et Marie-Jeanne Côté qu’un drame se déroulait dans leur domicile de la rue des Pics-Bois, dans le secteur Pointe-du-Lac.

Le Nouvelliste a par ailleurs appris que Guy Boileau travaillait jusqu’au moment de son arrestation comme homme de maintenance dans une résidence pour personnes âgées de Trois-Rivières. Et l’été dernier, sa conjointe avait fait du remplacement dans l’entretien ménager. Depuis, elle ne travaillait plus pour cette résidence. La nouvelle de leur arrestation a suscité tout un choc auprès de la direction et des résidents, d’autant plus que Guy Boileau était semble-t-il très poli avec eux.  

La direction a cependant annoncé, vendredi après-midi, que Guy Boileau était désormais suspendu sans solde compte tenu des accusations portées contre lui, des conditions à sa remise en liberté et de la peur que cette affaire a causé chez les résidents.

Marie-Jeanne Côté

Une maison ordinaire

De l’extérieur de la maison des accusés, qui ne détonne pas parmi les autres maisons de la rue des Pics-Bois, rien ne laissait présager du drame qui s’y serait déroulé pendant quatre ans. Mais si leurs voisins disent ne jamais s’être doutés de rien, certains trouvaient leur comportement plutôt étrange et dérangeant. 

«Il était bizarre. Il faisait jouer de la musique fort et tard le soir, et il chantait à tue-tête jusqu’à 1 h du matin», a rapporté au Nouvelliste l’un des voisins du couple, en parlant de Guy Boileau. 

Ce même homme a cependant indiqué qu’il avait rarement vu ses voisins et que ceux-ci, s’ils étaient bruyants, n’avaient pas posé de réel problème dans le quartier. 

«Pas de quoi appeler la police en tout cas. Mais [s’ils partent], ils ne nous manqueront pas», a-t-il ajouté. 

Guy Boileau se décrit lui-même sur sa page Facebook comme auteur-compositeur interprète, ce qu’ont pu constater d’autres voisins, qui ne se formalisent pas du bruit qu’il a pu faire. 

«C’est Guy. Il est musicien, mais mes enfants aussi sont musiciens», s’est contentée de dire une voisine, qui a également mentionné n’avoir jamais rien remarqué d’anormal chez lui. 

Avec Matthieu Max-Gessler