Explosion chez Neptune : manquements multiples dévoilés

Près de six ans après l’explosion mortelle chez Neptune Technologies et bioressources, la dénonciation du Service de police de Sherbrooke a été rendu public.

L'entreprise de la rue Pépin à Sherbrooke avait été lourdement endommagée lors de l'explosion puis de l'incendie qui avait coûté la vie à Marc Couture, Herman Guerrero et Abel Regalado-Calderin et causé des blessures à une trentaine de personnes le 8 novembre 2012.

Après analyse du dossier d'enquête mené par le Service de police de Sherbrooke, le directeur aux poursuites criminelles (DPCP) avait déterminé en septembre 2017 qu'il « ne peut pas être raisonnablement convaincu d'être en mesure d'établir la culpabilité de quiconque ».

La Société Radio-Canada, par l’entremise de l’avocat Me Sébastien Pierre Roy, a obtenu le levé du scellé sur le résumé de l’enquête menée par le Service de police de Sherbrooke (SPS).

Le juge Paul Dunnigan de la Cour du Québec a rendu le document public, mercredi, au palais de justice de Sherbrooke.

Le déversement de l'acétone, puis sa propagation dans le corridor de l'usine hors de la zone sécurisée provoquant son explosion, est survenu à la suite de modifications réalisées la journée même au système d'extraction d'huile de krill.

Dans son rapport d'enquête déposé en mai 2014, la CSST avait identifié douze déversements d'acétone mineurs par le passé et quatre majeurs au cours des deux dernières années avant l'explosion du 8 novembre 2012.

Le rapport d’enquête du SPS va plus loin. En 2012 seulement, seize déversements ont été relevés. Trois pertes de contrôle des séquences ont été relevées.

L'entreprise Neptune Technologies et bioressources a aussi été condamnée à plus de 86 500 $ d'amende pour avoir enfreint la Loi sur la qualité de l'environnement du Québec. Ces constats d'infraction avaient été donnés à la suite de l'enquête faite en marge des tragiques événements.

L'entreprise avait plaidé coupable à cinq constats d'infraction.

Même si le certificat d'autorisation permettait la production d'huile de krill à partir d'un seul réservoir, l'entreprise a ajouté un réservoir additionnel pour augmenter la production et améliorer le procédé entre le 1er octobre 2011 et le moment de l'explosion le 8 novembre 2012.

Dans son rapport d’enquête rendu public en 2014, la CSST, maintenant CNESST, avait indiqué qu’il était clair que l’explosion du 8 novembre 2012 aurait pu être évitée.

La CSST avait affirmé que plusieurs manquements s’étaient additionnés et qu’un « accident attendait d’arriver ».

La première cause pour expliquer ce tragique accident était reliée aux manquements dans la conception et le contrôle du procédé d'extraction de l'huile de krill qui n'aurait pas dû mener à un déversement. 

La CSST relève aussi des manquements dans les modifications du bâtiment de la rue Pépin. En 2002, un ingénieur avait été impliqué dans la construction. La CSST relève que c'est lors des modifications subséquentes que des manquements se seraient accumulés.

Une gestion déficiente de la santé et sécurité est aussi identifiée parmi les causes pour expliquer cette tragédie.

La CSST avait blâmé Neptune qui avait alors payé une amende de 58 000 $.

Selon ce rapport, il y avait des manquements dans la conception et le contrôle du procédé lors du redémarrage des opérations provoquant un déversement incontrôlable d'acétone. Le rapport pointe également une contradiction entre la classification et les aménagements du bâtiment et son usage principal. Enfin, des lacunes en ce qui concerne les compétences techniques du personnel générant des situations dangereuses avaient été identifiées.