Les pompiers de Bromont et de Dunham avaient été appelés en renfort au moment du sinistre, mais la résidence s’est avérée une perte totale.

Évincé par sa mère, il aurait incendié la maison familiale par vengeance

Évincé par sa mère qui souhaitait le voir prendre sa vie en main, Marc Tétrault est soupçonné d’avoir mis sa menace d’incendier la résidence familiale de la rue Jones à exécution, le 3 avril dernier. Au terme de son enquête préliminaire s’étant tenue mardi, la juge Danielle Côté a cité le quadragénaire d’East Farnham à procès.

Des quatre témoins appelés par la Couronne, incarnée dans cette affaire par Me Émilie Dion, c’est définitivement la mère du prévenu, Diane Tétrault, qui a livré la déposition la plus poignante. Celle-ci démontre que la relation entre Marc Tétrault et sa mère était conflictuelle depuis plusieurs mois au moment des faits allégués.

L’accusé était revenu vivre avec ses parents il y a environ quatre ans, a témoigné la femme chétive. Dès l’été 2018, le couple lui avait fait part de son souhait qu’il quitte le nid familial, sans succès. Un huissier avait même été embauché pour le faire déguerpir, mais les parents avaient finalement décidé de lui laisser une chance.

« Je voulais qu’il travaille, qu’il m’aide plus dans la maison et qu’il ramasse ses choses, explique la mère de famille. Lui disait qu’il était en chômage. »

Le décès du mari de Mme Tétrault, en janvier dernier, marque un point tournant dans la relation entre la dame et son fils de 40 ans. « Il pensait hériter de tout, mais je suis la seule héritière de mon conjoint, a précisé le témoin, qui a tout de même transféré la propriété d’un véhicule de type pick-up au nom de son fils, vu l’insistance de celui-ci. Mais il en demandait toujours plus. »

Excédée, Diane Tétrault raconte avoir demandé à son fils de se trouver un logement et de quitter la maison pour le 1er avril. « On ne s’entendait plus, alors j’ai décidé de vivre toute seule. J’ai même pris un huissier pour être sûr qu’il parte », a-t-elle témoigné.

Son fils n’ayant toujours pas évacué les lieux à la date prévue sous prétexte qu’il n’avait pas déniché d’appartement, Mme Tétrault a entrepris, le 2 avril, de rassembler les effets personnels de celui-ci en compagnie de son beau-frère, ce qui semble avoir déplu au principal intéressé. Une dispute éclate entre les trois personnes et se solde par le départ précipité de Marc Tétrault, furieux, vers le poste de police pour porter plainte contre son oncle.

Il s’agissait là de la dernière fois que Diane Tétrault avait vu son fils avant que celui-ci ne soit arrêté, a confirmé à la juge la dame qui a été réveillée par un bruit de crépitement dans le toit de sa résidence, au petit matin du 3 avril.

Propos menaçants

Habitant trois maisons plus loin, Jacques Lapierre s’affairait à déménager ce qui lui restait d’effets personnels dans la résidence qu’il venait de vendre lorsqu’il a entendu de loin la dispute entre les Tétrault.

« J’entendais des cris, des injures et des insultes, principalement de Marc Tétrault à sa mère », a raconté le second témoin, qui connaît la famille depuis une vingtaine d’années.

Surtout, a-t-il poursuivi, il a entendu le fils menacer sa mère. « Vends-la, ta crisse de maison! De toute façon, m’a crisser le feu dedans », a-t-il répété mot pour mot, à la demande de la magistrate.

Évincé par sa mère qui souhaitait le voir prendre sa vie en main, Marc Tétrault est soupçonné d’avoir mis sa menace d’incendier la résidence familiale de la rue Jones à exécution, le 3 avril dernier.

Bien qu’il n’ait pas eu le réflexe de communiquer avec les policiers, de tels propos l’ont amené à être plus vigilant et à surveiller les alentours de la maison jusqu’à ce que Marc Tétrault ait quitté les lieux.

Personne n’a d’ailleurs revu l’accusé par la suite. C’est un autre voisin des Tétrault, Eric Jones, qui a senti une odeur de fumée alors qu’il se préparait à aller au travail, vers 5 h 30.

Dehors, il remarque de la fumée, puis des flammes qui semblent provenir de chez ses voisins. « Le feu était sur le devant de la maison et il montait vers le toit. Le revêtement était déjà brûlé, c’était le bois en dessous qui brûlait », a-t-il détaillé dans son témoignage.

Apercevant Mme Tétrault, M. Jones lui dit d’appeler les secours. Juste avant d’aller la chercher à l’intérieur pour la mettre hors de danger, il affirme avoir remarqué par terre une bonbonne de propane coiffée d’un chalumeau.

Rappelons que les pompiers de Bromont et de Dunham avaient été appelés en renfort au moment du sinistre, mais que la résidence s’est avérée une perte totale. Les dommages sont évalués entre 200 000 $ et 250 000 $. Comme des éléments observés sur les lieux de l’incendie laissaient croire que le feu n’était pas d’origine accidentelle, l’enquête avait été transférée à la SQ.

Le dernier témoin entendu mardi était le policier Vincent Roger, qui a procédé à l’arrestation de Marc Tétrault quelques heures après le sinistre.

Par hasard, c’est lui et son partenaire qui avaient été appelés sur les lieux de la dispute entre l’accusé et sa mère, la veille, a-t-on appris. « Quand j’ai été informé du lieu de l’incendie, je savais à qui on avait affaire », a raconté l’agent de la Sûreté du Québec, qui a retracé le prévenu à Cowansville avant de mettre celui-ci en état d’arrestation pour avoir proféré des menaces.

Une fouille de l’individu et de son véhicule avait permis la découverte de comprimés de méthamphétamines.

La valeur de la preuve contestée

Rien dans les éléments avancés précédemment ne lie directement l’accusé au crime, a soulevé l’avocate de la défense, Me Elise Henderson. Personne n’a vu Marc Tétrault sur les lieux de l’incendie au moment des faits et rien ne prouve que c’était lui qui était en possession du chalumeau. « On vous propose des conjonctures par rapport aux mobiles, mais vous n’avez pas de preuve », a dit la procureure à la juge.

Au contraire, a répliqué Me Dion, il y a un mobile dans le conflit entre l’accusé et sa mère, et l’incendie est survenu moins de 24 heures après qu’il ait menacé de le déclarer. Il y a là des éléments à considérer, a-t-elle fait valoir.

Bien que jugeant la preuve « pas très forte », la juge Côté s’est rangée du côté de la Couronne. « Malgré les faits pertinents avancés par la défense, un jury pourrait raisonnablement conclure à la culpabilité de l’accusé », a-t-elle élaboré pour justifier sa décision de citer le prévenu à procès.

Marc Tétrault, un type costaud, chauve et tatoué, comparaîtra à nouveau le 28 août prochain en après-midi.