Entente de 775 M$ pour un terminal de conteneurs au Port de Québec [VIDÉO]

L’Administration portuaire de Québec (APQ) a conclu une entente de 775 millions $ avec Hutchison Ports, le plus important réseau de ports dans le monde, et le Canadien National (CN) pour la construction et l’exploitation du nouveau terminal de conteneurs, dans le cadre du projet Laurentia (appelé auparavant Beauport 2020). Une entente qui fait sourciller les opposants au projet alors que l’Agence canadienne d’évaluation environnementale n’a toujours pas donné son feu vert.

Le pdg du Port de Québec, Mario Girard, ne tarissait pas d’éloges envers cet accord avec Hutchison Ports, fruit de plusieurs années de travail. «On voulait attirer un joueur de classe mondiale pour s’imposer comme plaque tournante dans le secteur des conteneurs», a-t-il expliqué mardi lors d’un point de presse.

Le projet de 775 millions $ sera financé principalement par un investissement conjoint des trois partenaires. L’APQ poursuit également ses discussions avec les gouvernements fédéral et provincial pour compléter le financement.

Entouré de la présidente de la Chambre de commerce et d’industrie de Québec, Julie Bédard, de la directrice générale de la Chambre de commerce de Lévis, Marie-Josée Morency, de la présidente du CA du Port de Québec, Marie-France Poulin et du pdg de Québec International, Carl Viel — mais aucun membre de la Ville de Québec, de Hutchison Ports, du CN et du gouvernement du Canada et du Québec —, Mario Girard a promis qu’une fois en activité, le nouveau terminal permettrait la création de centaines d’emplois et des retombées économiques impressionnantes pour Québec.

«Selon une étude de KPMG, dans la phase de construction uniquement, le projet générera 500 millions $ en retombées économiques et en moyenne 1267 emplois par année. À terme, le projet générera 84 millions $ en retombées économiques par année et créera près de 800 emplois, dont 500 emplois directs, à Québec», a-t-il souligné.

Le pdg de l’APQ vante également les mérites de Hutchison Ports, un opérateur portuaire basé à Hong Kong, reconnu comme utilisant une technologie verte. «On va avoir le terminal de conteneurs avec la plus faible empreinte écologique au monde.»

Improvisation

Ces belles promesses ont fait bondir les porte-parole de la Coalition SOS Port de Québec, Alice-Anne Simard, directrice de l’organisme Eau Secours, et Christian Simard, directeur général de Nature Québec. Ils dénoncent l’«improvisation» du Port de Québec dans ce dossier.

Selon M. Simard, l’annonce de mardi «ne rend pas un projet inacceptable plus acceptable. C’est un projet enclavé dans une ville, qui va demander l’empiètement de 72 terrains de football dans un endroit à haute biodiversité, dans l’habitat d’une espèce menacée, protégée par la loi fédérale.»

«Ce projet n’a pas les autorisations environnementales. Il serait beaucoup mieux d’investir 300 millions $ pour restaurer le port de Québec et le rendre moins polluant parce que ce projet-là n’enlève rien à la pollution de Limoilou et des quartiers centraux avec le vrac à ciel ouvert», a-t-il poursuivi.

Terminal Laurentia

«C’est tellement un projet improvisé qu’ils ont dû changer le nom pour enlever la date butoir du projet. On passe du projet Beauport 2020 à Laurentia, sans date de tombée parce qu’ils ne peuvent pas nous garantir que ce projet ira de l’avant dans les prochains mois», a renchéri Alice-Anne Simard.

Mario Girard a rétorqué qu’il n’y avait aucune improvisation dans le projet. «Le nouveau nom fait référence à la genèse du continent nord-américain, reflétant ainsi la portée et l’importance à l’échelle du continent du nouveau terminal de conteneurs sur le Saint-Laurent», a-t-il mentionné. «Il n’y a pas d’improvisation. C’est un projet qui a suivi en bonne et due forme toutes les étapes d’un projet aussi important que ça. On a présenté à l’Agence des scénarios hypothétiques pour évaluer l’ensemble des impacts environnementaux potentiels.»

Évaluation toujours à l’étude

Or, après trois d’études, l’Agence canadienne d’évaluation environnementale n’a toujours pas approuvé le projet du Port de Québec. Pour Christian Simard, c’est parce que le Port de Québec a du mal à répondre aux questions de l’agence. «C’est rarissime une évaluation aussi longue. C’est parce que le promoteur ne parvient pas à répondre aux questions de l’agence. Il y a encore des réponses non résolues. Comme le projet a changé, il y a une nouvelle consultation en ligne qui va s’ouvrir et on va pouvoir déposer des mémoires», a-t-il indiqué.

M. Girard a admis que l’analyse du projet s’avère complexe, mais il est persuadé à terme d’obtenir les autorisations. «Pour nous, on ne mettra pas une date tout de suite. Parce que ce n’est pas nous qui contrôlons le processus environnemental. On espère le plus rapidement possible, mais ce ne sera pas avant les prochaines semaines, c’est clair. On a encore du travail à faire avec l’Agence canadienne.»

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RÉACTIONS POLITIQUES

«Le Port de Québec prend son projet, change de nom, fait grossir le financement, mais les problèmes demeurent exactement les mêmes. Le problème principal du port est qu’il génère de la pollution dans les quartiers centraux. Il ne sera jamais vert tant qu’il ne mettra pas sous couvert ses opérations de transbordement de vrac d’une part. Et d’autre part, les conteneurs vont amener des centaines de voyages de camions lourds. L’argument économique je le trouve également très faible. On dit qu’on va créer des centaines d’emplois alors qu’on est en pénurie de main-d’oeuvre et que les entreprises limitent leur projet d’expansion et de développement.» Sol Zanetti, député Québec solidaire de Limoilou.

«C’est une très bonne nouvelle pour l’ensemble du Québec, il y aura création de centaines d’emplois, des investissements importants. Le nouveau conglomérat doit passer l’évaluation de l’Agence canadienne environnementale, mais on reste confiant que ce sera un projet qui ira de l’avant. On verra aussi pour le financement, mais c’est prématuré de parler de ça pour l’instant, c’est pour ça qu’on n’était pas présent aujourd’hui. Il y aura également moins de camions sur la route avec la participation du CN.» François Bonnardel, ministre des Transports du gouvernement du Québec.  Avec la collaboration de Patricia Cloutier.