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Joyce Echaquan est décédée le 28 septembre 2020.
Joyce Echaquan est décédée le 28 septembre 2020.

Enquête publique sur le décès de Joyce Echaquan: «c’est comme si c’était arrivé hier»

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
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Les audiences publiques relativement au décès de Joyce Echaquan, dans le cadre de l’enquête du Bureau du coroner, débuteront le 13 mai au palais de justice de Trois-Rivières. Le décès de cette Atikamekw de 37 ans à l’hôpital de Joliette a créé une véritable onde de choc à travers la province l’automne dernier. Près de huit mois après les événements, la cicatrice est toujours aussi profonde dans la communauté de Manawan.

«Pour la famille et la communauté, c’est comme si c’était arrivé hier. C’est toujours très présent, et c’est toujours très difficile pour la famille de vivre et de faire un véritable deuil. Ils anticipent avec beaucoup d’émotions les prochains jours», lance d’entrée de jeu le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa.

Le chef Ottawa s’attend d’ailleurs, aux termes de l’enquête, à des recommandations très précises «sur l’amélioration des services et sur l’éradication du problème de racisme qu’on croit érigé dans le système». Il souhaite également qu’on reconnaisse le problème de racisme systémique et qu’on le nomme.

Paul-Émile Ottawa est le chef de la communauté atikamekw de Manawan.

Plusieurs témoins seront entendus entre le 13 mai et le 2 juin afin de faire la lumière sur les événements entourant la mort de Mme Echaquan. C’est la coroner et avocate Géhane Kamel qui a été désignée pour présider cette enquête publique. Mme Kamel est également responsable du Comité sur la mortalité dans les communautés autochtones et inuites, un comité multipartite récemment mis sur pied par le Bureau du coroner. Elle était aussi la coroner responsable des audiences publiques sur l’éclosion de COVID-19 au CHSLD Laflèche.

Rappelons que la mère de sept enfants est décédée à l’Hôpital de Joliette dans des circonstances nébuleuses. Une vidéo qu’elle a filmée en direct sur Facebook, en réclamant de l’aide, a suscité de nombreuses réactions. Dans l’extrait vidéo, il était possible d’entendre du personnel de l’hôpital lancer des propos insultants et dégradants envers la femme atikamekw originaire de la communauté de Manawan.

Le grand chef de la nation atikamekw espère que cette enquête amènera des réponses à la famille de Joyce Echaquan.

«On appréhende beaucoup de choses, mais on espère que cela puisse amener quelques réponses à la famille et c’est ça le plus important, c’est la famille de Joyce et la communauté de Manawan également», indique Constant Awashish.

«On espère qu’il y aura un dénouement positif et qu’il y aura des recommandations dans le même sens que ce que l’on dénonce depuis très longtemps et ce qu’on propose dans le principe de Joyce également», ajoute-t-il.

Constant Awashish est le grand chef du Conseil de la nation atikamekw.

On souhaite également du côté des Centres d’amitié autochtone de La Tuque, et de Lanaudière qu’on pourra enfin savoir ce qu’il s’est réellement passé.

«Elle est décédée en se faisant traiter d’une manière inhumaine. Est-ce qu’il y a d’autres facteurs dans le traitement qu’elle a eu qui ont contribué à son décès? C’est là qu’on s’attend à avoir des réponses», note Jennifer Brazeau, directrice du Centre d’amitié autochtone de Lanaudière (CAAL).

En septembre dernier, la mort de Joyce Echaquan a secoué la province, et les réactions ont été nombreuses. Une vague de solidarité a déferlé et une prise de conscience s’est également enclenchée selon les dirigeantes des Centres d’amitié autochtone.

«On s’est aperçu que le monde avait certaines méconnaissances des enjeux. Il y a eu beaucoup de sensibilisation aux enjeux autochtones. Ç’a augmenté beaucoup l’envie des gens d’agir et de contribuer aux luttes autochtones. C’est quand même quelque chose de très positif», note Jennifer Brazeau.

«Quand c’est arrivé, quand la vidéo circulait partout, ç’a brassé beaucoup de gens, comme une claque en pleine face. […] On a aussi senti que les gens souhaitaient mieux comprendre, ça devenait flagrant pour eux que ça existait à cause de la vidéo. Il y a une volonté de mieux saisir la réalité autochtone. Ce que l’on a remarqué aussi, c’est que les partenaires font plus attention, ils sont plus conscients de la situation», ajoute Laurianne Petiquay, directrice générale du Centre d’amitié autochtone de La Tuque (CAALT).

Toutefois, ce qui frappe encore davantage c’est l’augmentation de la méfiance des membres des Centres d’amitié autochtone à l’égard des services publics.


« La méfiance est encore là. Je pense qu’il va falloir du temps avant que tout ça se rétablisse, avant que la confiance envers le système se rétablisse. Ça va prendre du temps, et ça va prendre des actions concrètes de la part des gouvernements. »
Laurianne Petiquay
Laurianne Petiquay est directrice générale du Centre d’amitié autochtone de La Tuque.

Des actions, il y en a eu depuis le triste événement, mais tous s’entendent pour dire qu’il doit y en avoir encore. Il y a eu, entre autres, des mesures concrètes de sécurisation culturelle à l’Hôpital de Joliette. 

On parle de l’entrée en fonction d’une nouvelle agente de liaison en sécurisation culturelle, la création d’un poste d’adjoint à la PDG, affecté aux relations autochtones du CISSS de Lanaudière, l’ajout d’un poste de commissaire adjoint aux plaintes et à la qualité des services qui sera occupé par une personne de la communauté atikamekw, et l’ajout d’une formation qui vise notamment à sensibiliser et à former le personnel aux réalités autochtones.

«Il faut continuer de travailler la confiance», insiste le chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa.

Le gouvernement fédéral a aussi octroyé deux millions $ pour assurer la mise en œuvre du «Principe de Joyce». 

Celui-ci, développé par le Conseil de la nation atikamekw, vise «à garantir à tous les Autochtones un droit d’accès équitable, sans aucune discrimination, à tous les services sociaux et de santé.»

«Il y a quelques mesures qui sont prises de part et d’autre. On continue de travailler justement dans ce sens pour que ça reflète les besoins et la réalité et que ça ne reflète pas juste des besoins électoraux», note le grand chef du CNA, Constant Awashish.

«Il y a une volonté, avoue-t-il. Ça change tranquillement, un pas à la fois. On a encore un objectif et c’est de continuer à aller chercher la justice pour Joyce et ça commence avec le principe de Joyce. On va continuer dans ce sens-là.»