L’ex-directrice de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, Chantale Cyr.

Dossier Chantale Cyr: une cadre de Charles-Gravel «profondément meurtrie»

La directrice adjointe de l’école secondaire Charles-Gravel, Michelle David, affirme avoir été « profondément meurtrie » après avoir exprimé son intention d’occuper un poste de direction d’une école primaire. Un désir qui lui a valu d’être assignée chez elle pendant quatre jours par la direction de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay.

Témoin de Me Jean-Claude Girard, procureur de la commission scolaire devant le Tribunal administratif du Travail dans le dossier de l’ex-directrice Chantale Cyr, Mme David a expliqué qu’en juillet 2016, elle a appris qu’après quatre ans de lutte, sa fille était atteinte d’un cancer en phase terminale qui l’emportera le 4 novembre suivant.

À son retour au travail, le 9 janvier suivant, Mme David, qui œuvrait alors à la direction de l’école secondaire des Grandes-Marées de La Baie depuis cinq ans, fait part à des collègues de son intention d’aller œuvrer à la direction d’une école primaire. Une autre cadre, Sonia Deschênes, lui fait savoir que Mme Cyr n’est pas contente de cette intention exprimée puisque c’est elle qui procède aux assignations. « J’ai pris la tape sur les doigts et je n’ai plus jamais reparlé de ça à personne », a-t-elle affirmé devant le juge Guy Roy.

Dans le cadre d’une rencontre tenue par la suite avec Me Marie-Claude Perreault, qui remplit alors un mandat portant sur le climat de travail et l’intimidation au sein de l’organisation, Mme David discute de son désir d’accéder à un poste au sein d’une école primaire.

Le 14 mars suivant, journée de son anniversaire, Mme David est convoquée au bureau de Mme Cyr qui, au départ, refuse de lui mentionner le sujet de la rencontre, mais finit par lui affirmer que si elle désire être accompagnée d’un membre de son association de cadre, elle peut, ce qui fut le cas avec la présence de Gilbert Paiement.

Lettre disciplinaire

Au moment de la rencontre, Mme Cyr l’informe qu’elle ne la connaît pas et lui fait la lecture d’une lettre disciplinaire lui reprochant d’avoir fait part de ses intentions d’occuper un poste de direction au primaire et, qu’en conséquence, elle est affectée à la maison pour quatre jours. Elle est priée de prendre ses effets personnels et de quitter l’établissement en laissant les clés.

Il lui est même refusé d’aller dire bonjour à sa secrétaire. « J’ai demandé à Mme Cyr de voir le rapport qui me concerne puisqu’on me rend coupable de choses qui me concernent », a-t-elle témoigné. Mme Cyr aurait répondu que les choses étaient comme ça et que la lettre allait demeurer. « Je suis montée à mon bureau et le peu de colonne vertébrale qui me restait est disparu. J’ai éclaté en sanglots puisque c’était la première fois que je faisais face à une attitude aussi cavalière envers moi. »

Un gâteau de fête le lendemain

Elle a ajouté que le lendemain, elle a reçu un gâteau d’anniversaire provenant de Mme Cyr, une pratique qu’elle avait développée envers le personnel-cadre, un dessert « qui a vite pris le chemin de la poubelle ».

Après cet épisode, Mme David a été affectée en mars suivant à Charles-Gravel sous la direction de Luc Émond, directeur de l’établissement.

En contre-interrogatoire, Me Lebel a tenté de faire ressortir que la direction de l’école des Grandes-Marées, assurée par Mme David et Marie-Josée Tremblay, a fait l’objet d’un rapport toxique préparé par Me Perreault et qu’il était hors de question pour la direction générale de la commission scolaire qu’elle puisse poursuivre sur le même chemin. Me Lebel a interrogé Mme David sur le fait qu’elle est toujours à l’emploi de la commission scolaire et a même pu recevoir une hausse de rémunération en étant affectée à Charles-Gravel.

Les audiences se poursuivent jeudi au Palais de justice de Chicoutimi.

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LA LETTRE DÉNONÇANT LE CLIMAT DE TRAVAIL À LA CS PASSÉE AU CRIBLE

Le tribunal a pu entendre, en avant-midi, le témoignage de Monique Beaudry, directrice des services éducatifs aux adultes. Elle agissait également à titre de présidente de l’Association des 66 cadres de la commission scolaire ayant signé une lettre dénonçant le climat de travail, le désarroi au sein de la structure et l’ouverture d’une nouvelle enquête juricomptable après celle réalisée en 2014 ainsi que des formations jugées redondantes et inutiles. 

Dans la première partie de son témoignage, Mme Beaudry a fait état de certains propos jugés offensants à son endroit tenus par Mme Cyr devant des collègues de travail. Parmi les événements mentionnés, Mme Cyr aurait convoqué Mme Beaudry à son retour de vacances à l’été 2017 pour lui reprocher d’avoir quitté pour ses vacances à l’insu de son personnel et en laissant 14 dossiers ouverts. L’approche effectuée par cette dernière auprès du directeur général de la CS De La Jonquière pour l’accueil d’étudiants étrangers, sous prétexte du non-respect de l’ordre hiérarchique, figure également dans la liste. 

« Elle m’a dit que tout le monde pleurait dans le bureau et que 14 dossiers n’ont pas été fermés. » Concernant les dossiers ouverts, Mme Cyr aurait affirmé qu’elle ne voulait plus avoir à la rencontrer pour une situation semblable parce que « ça irait mal ». 

Elle a mentionné avoir été bouleversée, humiliée après s’être fait reprocher par Mme Cyr de ne pas avoir lu un rapport préliminaire sur la préparation du budget sur un ton qualifié de directif.

D’autres événements survenus lui ont fait dire qu’elle avait le sentiment qu’un mandat aurait été confié pour la disqualifier de son poste, ce qu’aurait confirmé par la suite un haut cadre de la commission scolaire. 

En contre-interrogatoire, 

Me Éric Lebel a insisté longuement sur le dépôt de la lettre signée par 

Mme Beaudry le 27 novembre 2018 à titre de présidente de l’association des cadres, remise en mains propres à Liz Gagné, présidente de la commission scolaire. 

Selon l’avocat, le document revêt une importance particulière puisqu’il a contribué à ce que le conseil des commissaires procède au congédiement de Mme Cyr. Le procureur a interrogé le témoin sur plusieurs aspects concernant le contenu du document, la façon dont il a été élaboré, sur les personnes ayant fait l’objet de représailles, sa participation ou non à certaines rencontres, l’ouverture d’une seconde enquête juricomptable, etc.

Malgré la dénonciation de la situation, le procureur a tenté de démontrer qu’aucun cadre n’aurait entrepris de démarche formelle ou juridique de contestation ou de protestation face au comportement de Mme Cyr. La présidente Liz Gagné n’a pas donné suite au document, selon Mme Beaudry.

En dépit de la situation, Me Lebel a tenté de démontrer que les relations sont demeurées cordiales entre les intervenants concernés. Il a présenté des échanges de courriels consultatifs portant sur des nominations à des postes de cadres, l’offre d’un cadeau (nappe) à Mme Cyr au retour de la délégation ayant participé à un échange à Abidjan, auquel participait Mme Beaudry, ou encore le fait qu’en juin 2017, cette dernière soit même allée à la pharmacie pour acheter un colorant pour cheveux à Mme Cyr afin de cacher une mèche indiscrète.

La stratégie de Me Lebel visait à démontrer que la lettre provenant de l’Association des cadres ne visait qu’à faire congédier sa cliente.