Jocelyne Bergeron et Mélanie Bergeron-Blais, la mère et la sœur d’Édith Blais, n’ont pas senti que le gouvernement canadien les soutenait.

Disparition d'Édith Blais: «C'est clair qu'ils sont en danger»

SHERBROOKE — Affaires mondiales Canada a rencontré dimanche la famille d’Édith Blais à Sherbrooke. Il s’agissait d’un premier rendez-vous avec les autorités depuis le signalement de la disparition de la jeune femme au Burkina Faso à la fin du mois de décembre. Jocelyne Bergeron et Mélanie Bergeron-Blais, la mère et la sœur de la voyageuse, n’ont pas senti que le gouvernement canadien les soutenait.

C’est néanmoins Affaires mondiales Canada qui a signalé la disparition d’Édith Blais. « Je m’apprêtais à appeler le consulat. J’avais sorti leur numéro de téléphone en me disant que je les appellerais le lendemain, mais ils m’ont appelée en premier pour me dire que les Italiens avaient ouvert un dossier pour la disparition de Luca (le copain d’Édith Blais). Ça faisait 15 jours que j’étais inquiète, mais ma fille est free spirit et dans la région où elle était, il était possible qu’il n’y ait pas de wi-fi », raconte Mme Bergeron.

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Après le premier contact avec le gouvernement canadien, la mère inquiète a appelé Affaires mondiales Canada aux deux jours. « La GRC a ouvert un dossier mais nous a dit que nous étions rendus plus loin qu’eux dans nos recherches. Aujourd’hui (dimanche), ce sera vraiment notre première liaison avec les autorités canadiennes. Ils nous ont dit au téléphone que nous avions eu plusieurs appels de leurs collègues alors qu’ils ne nous avaient jamais appelés. »

Mélanie Bergeron-Blais estime que les démarches officielles n’ont rien donné jusqu’à ce que l’histoire soit rendue publique dans les médias et sur Facebook. « C’est là que ça s’est mis à bouger et à débouler. On a maintenant l’impression que quelqu’un enquête quelque part et que nous ne sommes plus un dossier dans le fond d’une pile. »

Attendre environ une semaine avant d’avoir la visite d’Affaires mondiales Canada, c’est trop long selon Jocelyne Bergeron. « Quand tu as perdu un membre de ta famille, chaque seconde compte. S’ils sont en danger, il faut les sauver. On ne veut pas que ça retarde. On ne s’est pas sentis soutenus. »

La sœur d’Édith Blais va plus loin. « C’est clair qu’ils sont en danger. Ça ne se peut pas qu’elle ne nous contacte pas. Il n’y a aucun, aucun doute qu’il leur est arrivé quelque chose. »

Affaires mondiales Canada n’a pas souhaité commenter le délai avant de planifier le rendez-vous de dimanche.

Le gouvernement n’aurait pas été en mesure d’expliquer à la famille les démarches qu’il réalise non plus. « Nous avons demandé où ils en sont dans les démarches. Édith a-t-elle traversé des frontières? Sommes-nous en contact avec les autorités locales ou avec les hôpitaux? Rien », indique Mélanie Bergeron-Blais.

« L’idéal, ce serait aussi de pouvoir compter sur quelqu’un qui a de l’expertise dans ce genre de recherche pour nous conseiller, pour nous aider à trier toute l’information qu’on reçoit », ajoute sa mère.

Interrogé pour connaître les actions posées auprès des familles inquiètes, Affaires mondiales Canada renvoie vers son site internet. On y prodigue plusieurs conseils, notamment de contacter la police du pays où un proche serait disparu et d’aviser le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence du Canada.

« Si l’on n’arrive pas à retrouver une personne et que l’on craint pour son bien-être, on demandera à la famille de déposer un rapport de personne disparue auprès du service de police canadien compétent, qui fera ensuite appel à Interpol pour demander la collaboration des forces de police étrangères », lit-on aussi sur le site internet.

Le député de Sherbrooke, Pierre-Luc Dusseault, indique pour sa part que les actions du Canada sont limitées dans des pays étrangers. « Ce sont les autorités locales qui mènent les enquêtes. Il n’y a pas de nos fonctionnaires qui sont déployés sur le terrain. Nous nous assurons que les autorités concernées sont au courant, nous pouvons leur suggérer des pistes, et il faut être prudent pour ne pas nuire aux enquêtes », prévient-il sans commenter directement le dossier spécifique de la disparition d’Édith Blais.

Expliquant le protocole habituel, M. Dusseault mentionne que l’information sensible qui filtrerait publiquement pourrait se retrouver entre de mauvaises mains.

Il convient toutefois qu’Affaires mondiales Canada pourrait peut-être être plus proactif dans certaines situations. « Les autorités pourraient dire plus spécifiquement aux familles ce qui peut être fait pour leur permettre d’avoir des attentes réalistes. »

Enfin, Pierre-Luc Dusseault rappelle qu’il faut prendre au sérieux les avis aux voyageurs publiés sur le site du gouvernement du Canada. « Ils ne sont pas faits au hasard. Ils traduisent des dangers potentiels pour lesquels il faut doubler sa vigilance. Évidemment, le champ d’action du gouvernement dans certaines zones de conflit peut être plus limité. »