Discrimination à l’embauche: les jeunes médecins poursuivent le ministère

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
«Avez-vous des enfants ou l’intention d’en avoir?» Après trois ans à dénoncer les pratiques discriminatoires à l’embauche dont ils sont victimes, les jeunes médecins du Québec ont décidé de poursuivre le ministère de la Santé et la Procureure générale du Québec pour que cesse enfin cette discrimination.

La Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) dénonce les pratiques discriminatoires des employeurs depuis 2016, alors qu’elle avait publié les résultats d’un premier sondage révélant que près du quart des médecins résidents s’étaient fait demander en entrevue s’ils avaient des enfants ou s’ils avaient l’intention d’en avoir.

Le regroupement a reconduit le même sondage auprès des finissants de 2017. Là encore, les résultats étaient similaires : 32 % s’étaient fait demander s’ils avaient ou voulaient avoir des enfants.

Un troisième sondage a été réalisé en juin dernier. Cette fois, 28 % des 176 répondants se sont fait demander s’ils avaient des enfants ou avaient l’intention d’en avoir. 

La FMRQ rappelle que ces pratiques, qui ont cours dans toutes les régions et pour toutes les spécialités médicales, sont discriminatoires en vertu de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec et de la Charte canadienne des droits et libertés.

Or malgré les «nombreuses interpellations» faites par la FMRQ auprès des deux derniers gouvernements, rien n’a été fait pour que cesse cette discrimination, déplore la fédération dans un communiqué diffusé jeudi matin. 

D’où la décision de déposer à la Cour supérieure une poursuite et une demande d’injonction au nom de tous les médecins résidents qui ont été «lésés».

Préjudice moral

La FMRQ demande plus précisément pour elle-même et pour ses membres des dommages-intérêts moraux de 100 000 $ de la part du ministère de la Santé et de la Procureure générale du Québec «afin de compenser le préjudice moral découlant de la négligence, de l’immobilisme et de l’inaction du gouvernement depuis 2016». 

Elle réclame également des dommages-intérêts punitifs de 200 000 $ relativement à cette «discrimination systémique» dont ses membres sont victimes. Toutes les sommes accordées, s’il y a lieu, seraient versées à des organismes de défense des droits de la personne, précise la FMRQ.

Pour le président du regroupement, le Dr Christian Campagna, les questions sur la parentalité «n’ont rien à voir avec la compétence ou les exigences requises pour pratiquer la médecine au Québec».

«Le Québec a besoin de médecins pour assurer l’accessibilité aux soins. Le gouvernement doit agir pour mettre un terme à cette discrimination inacceptable envers la relève médicale et envers les jeunes femmes en particulier. On arrive en 2020, il serait temps que les employeurs en médecine respectent les droits fondamentaux», fait valoir le jeune médecin.

La FMRQ réclame que des «directives claires» sur les bonnes techniques d’entrevues et la préservation des droits des candidats soient communiquées à tous les établissements de santé du Québec. 

Elle demande également que soit mis sur pied un programme de formation pour tous les intervenants impliqués dans des entrevues de sélection pour des postes de médecins en pratique.

Le cabinet de la ministre de la Santé, Danielle McCann, n’a pas voulu commenter le dossier «puisque des recours judiciaires sont en cours».