Diagnostics par des infirmières praticiennes spécialisées: le Collège des médecins modifie sa position

Changement de cap au Collège des médecins du Québec (CMQ) : l’ordre professionnel ne s’oppose plus à ce que les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) diagnostiquent les problèmes de santé courants et six maladies chroniques pour lesquelles elles initient déjà des traitements.

Les IPS étaient déjà autorisées à initier des traitements pour le diabète, l’hypertension, l’hypercholestérolémie, l’asthme, la maladie pulmonaire obstructive chronique et l’hypothyroïdie, mais elles ne pouvaient pas diagnostiquer ces maladies. Le patient devait être vu par le médecin dans les 30 jours suivant l’amorce du traitement par l’IPS. 

Le conseil d’administration a adopté vendredi une nouvelle résolution autorisant les IPS à poser des diagnostics pour ces six maladies chroniques, mais aussi pour les problèmes de santé courants, a annoncé le CMQ dans un communiqué diffusé samedi matin. Le Collège définit les problèmes de santé courants par ce qui a une incidence relativement élevée dans la communauté, des symptômes et signes cliniques touchant habituellement un seul système, l’absence de détérioration de l’état général de la personne et une évolution habituellement rapide et favorable.

Un projet de règlement sera déposé prochainement au conseil d’administration du Collège afin que cette orientation puisse entrer en vigueur, précise le CMQ.

«Le Collège a toujours reconnu l’apport précieux des IPS et leur contribution à l’amélioration de l’accessibilité aux soins. Aujourd’hui, il fait un pas de plus en faveur de l’évolution des pratiques interprofessionnelles et convient que les compétences des IPS peuvent être davantage mises à profit pour le bien des patients du Québec», peut-on lire dans le communiqué.

Selon le président du Collège, le Dr Mauril Gaudreault, l’objectif de l’ordre professionnel «a toujours été de répondre le mieux possible aux besoins de la population». 

Le Collège rappelle par ailleurs «l’importance d’un partenariat solide entre le médecin et l’IPS pour répondre à l’ensemble des besoins de santé». 

La position du CMQ devenait de plus en plus difficile à tenir après que la ministre de la Santé, Danielle McCann, eut fait part de sa volonté de permettre aux IPS de poser des diagnostics. Elle disait compter sur l’ouverture du Collège des médecins, mais se disait aussi prête à légiférer pour donner plus de responsabilités à ces professionnelles. 

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UNE AVANCÉE «HISTORIQUE», SELON L'ASSOCIATION DES INFIRMIÈRES PRATICIENNES

La présidente de l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec, Christine Laliberté, a qualifié d’avancée historique la décision du Collège des médecins du Québec de reconnaître à ses membres la possibilité de diagnostiquer des problèmes de santé courants et six maladies chroniques.

«À la base, moi je suis contente. C’est une belle avancée, je dirais même historique. On va enfin pouvoir faire des diagnostics! Pour une fois, on est tous en train de penser aux soins pour le patient plutôt que d’être dans le corporatisme. Je trouve ça extraordinaire», a déclaré en entrevue téléphonique avec Le Soleil la présidente de cette association qui regroupe plus de 500 membres à travers le Québec. 

«Par contre, ça touche seulement les infirmières qui pratiquent en première ligne, par exemple au sans rendez-vous. Rien ne changera pour celles qui pratiquent dans les quatre autres spécialités, à savoir les soins aux adultes, la néonatalogie, les soins pédiatriques et la santé mentale, car leurs droits de pratique ne sont pas élargis pour leur clientèle», a-t-elle cependant souligné.

Rappelant que la formation des infirmières praticiennes spécialisées québécoise est la plus poussée au Canada, Mme Laliberté indique qu’elle souhaite une continuité dans le dialogue entre son association et le Collège des médecins. «Il faut uniformiser cette ouverture à toutes les spécialités. C’est toute la population qui en sortira gagnante, car on n’est pas encore rendues au niveau du reste du Canada pour ce que les médecins nous permettent de faire», indique-t-elle.

Mme Laliberté estime que les astres étaient en quelque sorte alignés pour cette avancée. «Avec un nouveau président à l’ordre professionnel et au Collège des médecins, je pense que tout le monde était prêt, d’autant plus que ce dossier, ça fait des années qu’on le travaille», conclut-elle.  Ian Bussières