Lourdement handicapé par la dystrophie musculaire, Jonathan Marchand campe devant le parlement de Québec.
Lourdement handicapé par la dystrophie musculaire, Jonathan Marchand campe devant le parlement de Québec.

Devant le refus de Legault, Jonathan Marchand «s'enligne pour être là plusieurs nuits»

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Lourdement handicapé par la dystrophie musculaire, Jonathan Marchand campe devant le parlement de Québec depuis mercredi matin. Face au refus du premier ministre François Legault de le rencontrer, l'homme de 43 ans «s'enligne pour être là plusieurs nuits» et demande l'aide de volontaires pour venir lui prêter main forte.

«Que je le rencontre ou que je ne le rencontre pas, ça ne changera rien à la situation», a répondu le premier ministre Legault, jeudi, lors de son passage en Abitibi jusqu'où le cas de M. Marchand l'a suivi.

«Je trouve ça effrayant que des personnes relativement jeunes se retrouvent dans des CHSLD plutôt que d’avoir des services à domicile. C'est une personne qui nécessite beaucoup d’heures de soins, plus d’une centaine par semaine. C’est un enjeu. On n'exclut rien, mais il est entre bonnes mains avec Marguerite Blais, qui est en train de voir toutes les possibilités. Je comprends son premier choix de vouloir être à la maison, à sa place je dirais la même chose, et si on est capable de le faire, on va le faire», a indiqué M. Legault.

Jonathan Marchand survit grâce à l’assistance constante d’un respirateur artificiel. L’homme originaire de Beauport vit dans un centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), à Beaupré, entouré de personnes âgées en perte d’autonomie. Il réclame le droit d'avoir un véritable chez-soi, de gérer lui-même ses soins et exige un entretien privé avec le premier ministre Legault.

«On s'enligne pour être là plusieurs nuits», a-t-il assuré, quand Le Soleil l'a joint en début de soirée jeudi. M. Legault «ignore complètement le projet pilote [d'assistance personnelle qu'il a mis sur pied], ce que je demande depuis le début. Il s'arrête juste à mon cas précis pour ne pas créer de précédent. Encore une fois, on tourne en rond et ça continue. On est loin d'être sorti du bois», affirme le militant de longue date pour les droits des handicapés.

Appel au public pour des bras

Accompagné sur place par son frère, deux assistants et sa conjointe presque en tout temps, M. Marchand reconnaît que «c'est dur de dormir sur le bord du chemin. Mais je vais m'organiser pour tougher la run», promettait-il, à quelques heures de passer une deuxième nuit au cœur de l'un des endroits les plus fréquentés à Québec, autant par les voitures que les piétons.

C'est pourquoi il fait maintenant appel au public pour venir lui prêter main forte. Son équipe a besoin de repos. La présence de quelques personnes de plus pour lui donner des soins, aller faire des commissions et s'occuper des communications seraient fort appréciée. 

«Pour m'aider à tenir le fort», résume-t-il, ajoutant que les intéressés peuvent le joindre par Facebook ou par courriel, au jonathan@jmconsultant.ca. Il amasse aussi des dons à SaveJonathan.com.

Son état de santé précaire peut aussi devenir un enjeu. Il négociait pour que les responsable de son CHSLD viennent lui porter ses médicaments, qu'ils ont en main, à Beaupré.

«Message d'espoir» du ministre Boulet

Après la ministre des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, la veille, au tour de son collègue ministre Jean Boulet d’envoyer un message d’espoir au protestataire, jeudi matin. Mais sans solution à court terme ni rendez-vous prévu avec le premier ministre.

«Je dis à M. Marchand : on l’entend, on l’écoute, on échange, on fait les analyses et les réflexions qui s’imposent. Et on est déjà en action pour le maintien à domicile le plus longtemps possible pour respecter la situation spécifique de chaque personne. Il est un être humain, j’ai énormément de sensibilité et de préoccupation pour son cas», a affirmé le ministre québécois du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, en marge d’une annonce sur un autre sujet tenue à Québec.

M. Boulet ne sait pas si le bureau du premier ministre est entré en contact avec M. Marchand et si une rencontre avec M. Legault s’avère possible.

«Mais ma collègue Marguerite Blais [ministre responsable des Aînés et des Proches aidants] travaille très fort pour augmenter le soutien pour aider des personnes dans sa situation à demeurer à domicile. Je veux lui envoyer un message d’espoir et d’empathie profonde par rapport à sa situation. Il faut savoir que notre gouvernement a investi des montants d’argent considérables pour accroître les services de soutien à domicile.

«On veut aider les personnes qui ont des situations qui le requièrent à demeurer dans leur environnement domiciliaire le plus longtemps possible, poursuit-il. On fait tout ce qu’on peut pour répondre aux besoins des personnes qui sont dans le même état que M. Marchand. Il faut écouter, comprendre les besoins et après ça, avoir un plan d’action qui permet à ces personnes-là de vivre dans l’environnement le plus compatible possible avec leur condition de santé», indique le ministre Boulet.