La Sécurité publique de Saguenay et le Bureau du coroner ont tous deux ouvert une enquête à la suite du décès d’un résidant de la Villa des Sables, à Jonquière, en juillet dernier.

Deux enquêtes en cours à la Villa des Sables

Quatre ans après la diffusion d’un rapport accablant par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) Saguenay–Lac-Saint-Jean, la résidence privée pour personnes âgées Villa des Sables, à Jonquière, est à nouveau sur la sellette. Le suicide d’un résidant, survenu le 17 juillet dernier, a provoqué l’ouverture d’enquêtes par la Sécurité publique de Saguenay (SPS) et le Bureau du coroner. Des problèmes liés à la sécurité des personnes âgées étaient au coeur des lacunes soulevées par le CIUSSS en 2014.

Le Progrès a recueilli plusieurs témoignages qui établissent que la situation ne s’est pas améliorée entre les murs de la résidence de la rue Saint-Dominique, certifiée par le CIUSSS, où vivent quelque 200 aînés autonomes et semi-autonomes.

Aux prises avec un besoin criant de préposés aux bénéficiaires et confrontée à des difficultés de rétention, la direction embaucherait des employés qui ne sont pas qualifiés. Selon nos informations, près de la moitié des préposés en poste ne détiennent pas la certification requise. La charge de travail est telle que des salariés quittent au bout de quelques semaines, épuisés. De surcroît, il a été rapporté que des membres du personnel doivent administrer des médicaments sans détenir la formation nécessaire. Selon les éléments rassemblés par Le Progrès, les ratios préposé-patients ne sont pas toujours respectés.

Suicide
Il y a un peu plus d’un mois, un résidant de la Villa des Sables atteint de troubles cognitifs a sauté du quatrième étage. La porte menant au balcon aurait dû être verrouillée en tout temps, ce qui n’était vraisemblablement pas le cas ce jour-là. L’histoire n’a pas fait la manchette, mais la SPS a ouvert une enquête. « L’enquête est toujours en cours. Nous allons déterminer s’il y a des éléments criminels. Si c’est le cas, il pourrait y avoir des accusations. Sinon, le dossier sera transféré au Bureau du coroner. Ce sera lui qui décidera s’il va émettre des recommandations », a précisé Andréanne Nolin, porte-parole de la SPS.

Le Bureau du coroner se penche systématiquement sur les décès qui surviennent entre les murs de résidences pour aînés, qu’elles soient privées ou publiques.

« Je vous confirme effectivement que le cas est sous investigation d’un coroner. Nous ne disposons toutefois que de très peu d’information en tout début d’investigation. Aussi, le coroner réserve ses commentaires et conclusions pour son rapport, qui sera rendu public au cours des prochains mois », a fait valoir la porte-parole du Bureau du coroner, Joannie Lambert-Roy.

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UN AUTRE ÉVÉNEMENT À LA BAIE

Le 2 décembre 2017, un pensionnaire de la résidence Saint-Alexis de La Baie, également propriété de Groupe Desainay, a tenté de s’enlever la vie. La police confirme avoir ouvert un dossier, mais il n’y a pas eu d’enquête. Les informations relatives à cet événement ont été transmises au Bureau du coroner. 

Au cours des dernières semaines, une résidante de la Villa des Sables atteinte de la maladie d’Alzheimer s’est enfuie du centre d’hébergement. Elle a été retrouvée plus tard, confuse, dans le secteur du Patro de Jonquière.

Un résidant avec qui nous avons discuté, Gaston Audet, a parlé d’un climat malsain entre les murs de la Villa des Sables. Manque de ressources, alimentation de piètre qualité, harcèlement de la part de la direction, violence verbale, la liste de doléances de l’usager est longue. Il a sollicité l’aide du Centre d’assistance et d’accompagnement aux plaintes du Saguenay–Lac-Saint-Jean, un organisme sans but lucratif (OSBL), et un dossier est en route pour le commissariat aux plaintes du CIUSSS.

« Les gens de 90 ans ne vont pas se plaindre. Depuis que je suis ici, j’ai vu au moins 30 préposées différentes. Il y en a qui n’ont pas les compétences pour faire le travail », a déclaré Gaston Audet. 

Refus de commenter

Le propriétaire de Groupe Desainay, Cajetan Bouchard, a refusé de commenter les événements survenus en juillet à la Villa des Sables et n’a pas voulu répondre aux questions du Progrès

Dans le rapport de 2014, la commissaire aux plaintes du CIUSSS avait émis trois recommandations qui visaient spécifiquement le propriétaire pour son attitude irrespectueuse envers des résidants. Moins d’un mois après la diffusion du rapport, certains d’entre eux avaient d’ailleurs fait parvenir une mise en demeure au propriétaire de la Villa des Sables. Le groupe était soutenu par l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées (AQDR). 

Les autres lacunes identifiées par le CIUSSS, qui était alors l’Agence régionale de la santé, concernaient le nombre insuffisant de préposés, la piètre qualité de la nourriture et l’attitude de la direction. La résidence est certifiée par le CIUSSS et reçoit une part de financement du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS). 

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LE CIUSSS AUX AGUETS 

Le CIUSSS ne commentera pas le dossier précis de la Villa des Sables. Sa porte-parole, Karine Gagnon, indique toutefois que si une situation prévalant dans une résidence privée pour personnes âgées (RPA) accréditée commande une intervention rapide et immédiate, la direction n’hésitera pas à agir.

«Si, dans une situation en particulier, on doit révoquer la certification, on va le faire. Il y a des situations qui peuvent s’arranger et on n’est pas simplement dans une approche punitive. On travaille à accompagner et à outiller les exploitants. Mais du moment où le CIUSSS reçoit une plainte, elle est prise très au sérieux», a indiqué la porte-parole.

La certification accordée aux RPA par le ministère de la Santé et des Services sociaux est vérifiée aux quatre ans. Karine Gagnon précise que le MSSS fait également des visites surprises dans les établissements. Agrément Canada procède aussi à des évaluations, dont les résultats sont transmis au département de certification du CIUSSS. 

«Du moment où on entend des choses, on n’attendra pas la fin de la période de certification pour agir», a résumé Karine Gagnon.