Une subvention récurrente de 400 000$ est accordée par Québec à l'organisme Au coeur des familles agricoles. Elle permettra de déployer 13 travailleurs de rang dans différentes régions du Québec.
Une subvention récurrente de 400 000$ est accordée par Québec à l'organisme Au coeur des familles agricoles. Elle permettra de déployer 13 travailleurs de rang dans différentes régions du Québec.

Détresse psychologique: Québec annonce une aide financière pour les agriculteurs

Une subvention récurrente de 400 000$ est accordée par Québec à l'organisme Au coeur des familles agricoles (ACFA) afin de venir en aide aux agriculteurs et à leur entourage qui sont en proie à la détresse psychologique. Cette somme permettra à l'organisme de déployer 13 travailleurs de rang dans différentes régions du Québec, dont celles de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent. L'annonce a été faite à Rimouski jeudi par le ministre de l'Agriculture, André Lamontagne.

Si une aide particulière est accordée par Québec à la santé mentale des agriculteurs, c'est parce qu'ils font face à plusieurs enjeux différents qui peuvent devenir des défis très importants, de l'avis de M. Lamontagne, qui a fait l'annonce au nom du ministre délégué à la Santé et responsable de la santé mentale, Lionel Carmant. Parmi ces défis, nommons la météo, la pression financière, l'isolement, la fatigue, l'absence de vacances et les aléas du marché. «Ce sont toutes des choses qui, prises isolément, peuvent être une source de stress, indique M. Lamontagne. La particularité, dans le monde agricole, c'est que tous ces points-là peuvent se manifester avec une intensité certaine toutes ensemble, en même temps, pendant une longue période. C'est là où des gens vivent de la détresse.»

Reconnaissance

Selon le parlementaire, la reconnaissance du phénomène par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) est déjà, en soi, une «victoire extraordinaire». L'étape suivante a été d'offrir le financement récurrent de 400 000$ demandé par l'ACFA. M. Lamontagne accorde le crédit de cet engagement à sa collègue Danielle McCann, alors qu'elle était ministre de la Santé et des Services sociaux. «Très sensibilisée à la cause des agriculteurs», elle a répondu à la demande de l'ACFA, «qui existe depuis une dizaine d'années, qui a développé le concept de travailleur de rang et qui a une maison de répit». «Cette annonce est aujourd'hui une étape qui est déterminante dans la mise en place, sur le territoire du Québec, d'un soutien de première ligne, a soutenu M. Lamontagne. Sur l'écran radar du ministère de la Santé, il y a maintenant un petit point qui scintille: la santé psychologique de nos agriculteurs. […] C'est une question d'empathie et de sensibilité.»

Pour la présidente de l'ACFA, l'octroi de cette aide financière à son organisme est un «geste très significatif qui apporte une reconnaissance supplémentaire au travail accompli sur le terrain par les travailleurs de rang». «C'est rassurant, a fait savoir Nathalie Roy. Les besoins sont là et enfin, ils sont reconnus!»

Services psychosociaux de première ligne

«Cette subvention récurrente va nous permettre de nous consacrer pleinement à notre mission: offrir des services psychosociaux de première ligne favorisant l'amélioration du bien-être des familles agricoles du Québec, a expliqué Mme Roy. Elle nous permettra également de consolider notre réseau provincial. Les travailleurs de rang pourront ainsi bénéficier d'un réseau agrandi, structuré et organisé. Ils pourront démontrer encore pleinement leur complémentarité aux services déjà offerts par le réseau de la santé.»

Le travailleur de rang est une approche novatrice de prévention et d'intervention qui prend en compte la réalité agricole, qui permet de joindre les agriculteurs et leur entourage selon leur disponibilité et qui permet de faire le lien, lorsque nécessaire, avec le réseau institutionnel. «La force de l'ACFA, c'est la rapidité de réaction, a précisé Mme Roy. Le producteur agricole qui prend le temps d'appeler ne veut pas qu'on lui dise qu'il va avoir un rendez-vous dans trois semaines, un mercredi après-midi, parce qu'à ce moment-là, ça se peut qu'il ait du foin à faire et qu'il ne viendra pas. On a cette capacité de s'adapter au milieu. Il y a des rendez-vous qui se donnent le soir parce que c'est là qu'il y a une disponibilité. On s'adapte au terrain.»

Selon elle, les besoins sont énormes. Jusqu'à maintenant, avec seulement six travailleurs de rang, l'ACFA a comptabilité 1 200 rencontres de clients et réalisé 5 000 interventions. Avec le financement récurrent, 13 travailleurs de rang s'activeront maintenant un peu partout au Québec.


« Cette subvention récurrente va nous permettre de nous consacrer pleinement à notre mission: offrir des services psychosociaux de première ligne favorisant l'amélioration du bien-être des familles agricoles du Québec »
Nathalie Roy, présidente de l'ACFA

Donner au suivant

Pour Nathalie Roy, qui est avant tout agricultrice, son engagement au sein de l'ACFA est une manière de donner au suivant. «À une période de ma vie, j'ai rencontré des difficultés personnelles. Ces difficultés-là m'ont amenée à une profonde remise en question de mon rôle d'agricultrice, de mon désir de poursuivre ma production, de mon intérêt, de ma passion. En rencontrant un travailleur de rang, j'ai eu le sentiment d'être comprise. Beaucoup de gens peuvent nous écouter, mais très peu peuvent comprendre la réalité d'un producteur agricole. […]»

«La détresse, c'est parfois une remise en question qu'on peut avoir face aux défis que la nature nous envoie, a-t-elle nuancé. Ça amène des remises en question sur la qualité de vie qu'on a, sur le travail qu'on fait. On travaille dur et ce n'est pas toujours facile! Un travailleur de rang m'a amenée à voir la solution différemment, à voir une autre façon de l'aborder. […].» Aujourd'hui, je suis encore en agriculture et j'ai le privilège, dans les prochains mois, de pouvoir établir mon fils. Mon entreprise va continuer.»

Gilbert Marquis de la Fédération de l'UPA du Bas-Saint-Laurent a qualifié l'embauche de deux travailleuses de rang pour son territoire de «très grande victoire».

Deux travailleuses de rang au Bas-Saint-Laurent

Le ministre Lamontagne s'est dit particulièrement content de faire cette annonce à Rimouski parce que le président de la Fédération de l'Union des producteurs agricoles (UPA) du Bas-Saint-Laurent, Gilbert Marquis, ne manquait jamais de revenir à la charge auprès de lui concernant les besoins en matière d'aide psychologique auprès des agriculteurs. Avec cette annonce, le Bas-Saint-Laurent pourra maintenant compter sur deux travailleuses de rang.

Le président de l'UPA régional a accueilli la nouvelle de l'embauche de deux travailleuses de rang dans sa région avec beaucoup d'émotion. «Les mots me manquent, a laissé tomber Gilbert Marquis, qui a qualifié l'annonce de «très grande victoire». Le gouvernement de M. François Legault a compris le message.»

«Ça fait sept ans que j'en parle et la conclusion est aujourd'hui, a-t-il tenu à rappeler. C'est merveilleux! Durant ces sept années-là, j'ai talonné les gouvernements précédents et un peu tout le monde. C'est un besoin essentiel pour nos producteurs et notre belle relève agricole. […] C'est important parce qu'année après année, beaucoup de choses arrivent aux producteurs: le surplus de travail, les revenus qui ne sont pas toujours là, les périodes de sécheresse. Ce n'est pas juste un élément qui fait qu'un producteur a besoin d'aide; c'est un ensemble d'éléments.»