Lancé en décembre 2007, RADARSAT-2 est un satellite radar commercial canadien qui permet notamment de faciliter la surveillance maritime, la surveillance des glaces et la gestion des catastrophes.

Des satellites canadiens vulnérables à des cyberattaques

OTTAWA — Des satellites essentiels aux opérations militaires canadiennes sont vulnérables à des cyberattaques ou même à une frappe directe de missile - un exemple parmi d’autres qui démontre pourquoi la politique de défense du pays doit s’étendre jusqu’à la frontière spatiale, prévient une note interne du ministère de la Défense.

L’armée canadienne dépend déjà beaucoup des ressources spatiales pour des tâches de base telles que la navigation, le positionnement, la collecte de renseignements, la surveillance et les communications. Le Canada travaille également à la prochaine génération de satellites qui faciliteront la recherche et le sauvetage et la surveillance 24 heures sur 24 des approches maritimes du pays, y compris de l’Arctique.

Mais ces rôles importants pourraient être menacés par les progrès technologiques et la réduction des coûts permettant à davantage de pays, y compris des adversaires, de causer des problèmes en orbite. Des puissances telles que la Chine et la Russie développent la capacité de mener des attaques technologiques dans l’espace, souligne la note.

«Un accès plus facile pourrait également ouvrir la porte à des acteurs non étatiques ou à des États défaillants qui n’ont rien à perdre de la perturbation de l’espace», peut-on lire dans le document.

La nouvelle politique de défense du Canada souligne l’importance de l’espace et crée un besoin en «investissement novateur» pour que la Défense nationale dispose des outils et du savoir-faire nécessaires pour lutter contre les menaces, ajoute le document interne.

Une copie de la note «Tendances des technologies spatiales: menaces et opportunités» a récemment été obtenue par La Presse canadienne par le biais de la Loi sur l’accès à l’information. Plusieurs passages sensibles ont été expurgés de la note préparée en novembre dernier à l’intention du sous-ministre de la Défense nationale.

Dans un communiqué, le ministère affirme que l’intention de protéger et de défendre les technologies spatiales militaires était un «changement très important» dans la nouvelle politique.

«Ce que ‘défendre et protéger’ ces actifs signifie en pratique évoluera à mesure que la technologie et les discussions internationales mûrissent», dit la note.

Malgré la perception du public, la militarisation de l’espace s’est effectivement produite il y a plusieurs décennies, a expliqué Dave Perry, le vice-président et analyste principal à l’Institut canadien des affaires mondiales.

«Les militaires du monde entier dépendent d’une quantité extraordinaire d’infrastructures basées sur l’espace, même s’il n’y a pas d’armes physiques dans l’espace, a-t-il déclaré lors d’une entrevue. L’espace n’est plus une frontière émergente, elle est émergée.»

Malgré tout, la note interne rappelle que l’espace est de plus en plus encombré en raison de l’avènement de sociétés spatiales commerciales et du début du tourisme spatial. «En outre, de plus en plus de pays se dotent de capacités spatiales et s’attendent à ce qu’ils aient leur part d’accès à l’espace».

La note indique que la menace la plus directe sur les capacités spatiales du Canada vient des adversaires ayant la capacité d’attaquer des satellites. La Chine, par exemple, a démontré sa capacité à détruire un de ses satellites météorologiques vieillissants en orbite basse avec un missile balistique, générant de nombreux débris spatiaux.

Parmi les autres tactiques possibles, on peut citer une attaque à l’énergie dirigée, un brouillage électronique ou une cyberattaque, qui peut désactiver temporairement ou définitivement un satellite, ajoute la note.

Elle indique que le Canada travaille avec les États-Unis et d’autres alliés sur l’idée de pouvoir envoyer rapidement des pièces de remplacement pour les actifs spatiaux critiques endommagés ou détruits.

Comme l’intelligence artificielle devient de plus en plus répandue dans les technologies spatiales opérationnelles, telles que le bras robotique, il sera plus facile pour un joueur hostile de les saboter, a prévenu M, Perry.

«Si vous pouvez trouver un moyen d’affecter le logiciel, alors c’est une vulnérabilité potentielle. Alors qu’avant, vous auriez eu besoin (d’envoyer) quelqu’un sur place (...) pour pouvoir faire quelque chose».

Les images haute résolution de la Terre captées par les satellites spatiaux, jadis réservées aux forces armées, sont devenues de plus en plus accessibles aux autres agences gouvernementales, aux entreprises, au public et aux joueurs hostiles - essentiellement à «quiconque est prêt à payer», indique la note.

L’accessibilité de ces données et la possibilité de les relier à d’autres sources, telles que les médias sociaux, «présenteront d’immenses défis» pour la vie privée et la sécurité publique.

À mesure que les technologies de détection et de communication spatiales s’améliorent rapidement, elles deviennent capables de collecter plus d’informations, créant ainsi un nouveau casse-tête pour les militaires, précise la note.

«Le défi de la collecte, de la manipulation, du stockage, du traitement et de l’accès à ces données deviendra de plus en plus difficile à mesure que le volume, la vitesse et la variété des données continueront à augmenter.»