On peut désormais juger des résultats puisque l’option de la langue française québécoise pour Alexa est disponible depuis le 21 mars.

Des Québécois aident Alexa à se familiariser avec le français d’ici

MONTRÉAL — Amazon a eu recours à des milliers de Québécois pour aider Alexa, son assistante virtuelle, à comprendre les subtilités du français québécois, de l’accent distinctif, des expressions en joual et du «franglais».

On peut désormais juger des résultats puisque l’option de la langue française québécoise pour Alexa est disponible depuis le 21 mars.

Un de ces testeurs, Hans Laroche, raconte qu’ils ont reçu gratuitement un appareil Echo. On leur a demandé d’interagir fréquemment avec cet appareil en lui posant des questions, en l’assistant pour effectuer des tâches ménagères et en écoutant de la musique, des livres audio ou même les nouvelles. Chaque semaine ou toutes les deux semaines, ils exprimaient leurs commentaires afin d’aider les concepteurs à affiner davantage l’algorithme et ses capacités linguistiques.

M. Laroche, qui gère une page Facebook pour les admirateurs québécois d’Alexa, se dit impressionné par la façon avec laquelle l’appareil a répondu à ses demandes.

«C’est quand même assez surprenant les choses qu’Alexa peut comprendre en canadien-français. La langue française de France était disponible depuis un certain temps, mais pour un Québécois, ce n’est pas tout à fait le même langage qu’on utilise.»

À titre d’exemple, il mentionne la tendance des Québécois à franciser des verbes anglais comme «checker» ou «canceler» au lieu de «vérifier» ou «annuler».

«Si Alexa est en français de France, si je lui dis ‘cancelle le timer’, Alexa ne comprendra pas. Si je suis en canadien-français, alors elle va comprendre ce que je veux dire.»

M. Laroche a noté qu’Amazon avait encore du chemin à faire, car des concurrents tels que Google Assistant ont le français québécois dans leurs paramètres.

Selon le grand patron d’Alexa au Canada, Nicolas Maynard, enseigner à l’assistant virtuel le français a été un défi difficile à relever à cause de la complexité de la langue, de la prévalence des homonymes, des contractions et du vocabulaire qui peut varier d’une région à l’autre.

Il fallait s’assurer que Alexa comprenne bien les commandes formulées par sa clientèle franco-québécoise.

M. Maynard dit que si les Français utilisent autant, voire davantage, de mots anglais que les Québécois, les flexions sont aussi très différentes.

«La prononciation des mots anglais au Québec est beaucoup plus proche de la prononciation anglaise qu’en France, constate-t-il. Si on demande à un Français de nommer une chanson américaine, on entendra clairement l’accent français; si on le demande à un Canadien 1/8français3/8, on obtient une prononciation très proche de l’anglais.»

Si Alexa comprend l’argot local, sa voix a reçu un accent conçu pour être le plus neutre possible tout en restant celui d’un Québécois.

«Je pense que c’est plus ou moins un accent montréalais, mais vous me le direz», juge M. Maynard.

Il a ajouté qu’il était également important de veiller à ce que le service vocal soit doté des connaissances générales de chaque région en permettant de répondre aux questions de base sur la politique et la culture.

En conséquence, Alexa peut réciter le poème «Le Vaisseau d’or» du célèbre auteur québécois Emile Nelligan, et a un répertoire de blagues à raconter à la demande.

Guillaume Dufour, fondateur du groupe de passionnés Alexa Quebec, était également l’un des premiers utilisateurs de la version expérimentale «bêta». Lui aussi s’est dit impressionné par la capacité d’Alexa de comprendre les commandes en plusieurs langues, notamment lorsqu’il demande en français de jouer une chanson en anglais.

M. Dufour dit n’avoir remarqué qu’un seul «petit problème». Il a constaté que certaines des blagues d’Alexa sont racontées avec «une intonation un peu saccadée qui ne suit pas tout à fait le rythme de la langue française». Autre problème: Alexa a parfois tendance à être trop bilingue, communiquant la météo «avec parfois des mots en français et parfois en anglais, mais lus avec un accent francais-canadien».

M. Maynard dit que Alexa n’a pas fini son éducation.

Il refuse de dire le nombre de Québécois qui utilisent Echo ou autres appareils Alexa, mais il soutient que l’algorithme fondé sur l’intelligence artificielle de l’assistant virtuel continuera à absorber de nouvelles données et à affiner ses capacités.

«Le lancement n’est que le début du travail», a-t-il lancé.