Le monde des pilleurs des mers n’a plus de secrets pour les adeptes des soirées Abordages Pirates au Saguenay.

Des pirates modernes à Saguenay

Quand Willkins de Bavigne, Mordouce, Corset de Fonte, Bagues-aux-Doigts, Blond-du-Cul et leurs amis se rencontrent, c’est le branle-bas de combat. Ces pirates de fins de semaine prennent d’assaut l’auberge de la Maison Price six fois par année et transforment les lieux en navire fourmillant de corsaires et de flibustiers. Parez à mouiller ! Abordages Pirates au Saguenay est un mouvement qui gagne en popularité.

Willkins de Bavigne, c’est l’alter ego de Nicolas Boivin Ringuette, un spécialiste des technologies de l’information qui se transforme de façon magistrale lorsqu’il s’adonne à son loisir favori : se glisser dans la peau d’un pirate. Cet engouement a pris naissance il y a quelques années, alors que l’informaticien participait à des rassemblements médiévaux dans la région de la Mauricie. Il a eu envie de mettre sur pied des événements festifs « pirates et décorum », comme il les nomme. Depuis qu’il a organisé sa première soirée il y a six ans, l’affluence a explosé. Une communauté est née, générant une effervescence autour de l’entreprise insolite. Le mouvement compte plus de 400 membres sur Facebook et est devenu l’un des plus importants au pays, avec six ou sept rassemblements annuels qui attirent chacun plus d’une centaine de pilleurs des mers. Ils proviennent des quatre coins de la province. 

Au départ, les activités hautes en couleur se déroulaient à l’étage de la Tour à bières. Les moussaillons se bousculant sur le pont, Nicolas Boivin Ringuette a dû se tourner vers un lieu plus grand, où les adeptes pourraient passer la nuit. Dorénavant, les gredins peuvent donc s’en donner à cœur joie entre 19 h et 11 h le lendemain et roupiller, au besoin, entre une séance au tribunal des noms et une partie de dés menteurs. Tous ceux qui aspirent à grossir les rangs de l’équipage doivent revêtir l’attirail de pirate. Comme l’explique l’organisateur, les marins d’eau douce, ceux sans expérience, peuvent réaliser leur voyage inaugural avec le minimum requis en termes d’habits. Mais les recrues y prennent généralement goût et font rapidement preuve d’audace dans leurs façons de s’accoutrer. 

« Le décorum s’améliore de fois en fois. Plus on participe à des soirées de pirates, plus on a le goût de faire une recherche et d’investir. Au début, c’est très “basic”, mais le niveau de qualité des costumes est vite rehaussé », explique Nicolas Boivin Ringuette, dont les atours feraient rougir d’envie Jack Sparrow et Hector Barbossa. Se vêtir en pirate va bien au-delà du port du couvre-œil et de l’image du fidèle perroquet sur l’épaule. Willkins de Bavigne en est la preuve vivante, lui qui arbore un poitrail décoré de fusils, blason et boucles d’oreilles dorés. 

Willkins de Bavigne, ici entouré de gentes dames, adore les soirées de pirates, auxquelles il participe en compagnie de ses camarades Mordouce, Corset de Fonte, Bagues-aux-Doigts et Blond-du-Cul.
Les soirées de pirates organisées par Willkins de Bavigne, alias Nicolas Boivin Ringuette, sont colorées et grivoises. Entre une partie de dés menteurs et une séance du tribunal des noms, les aventuriers s’amusent comme des petits fous.

Morbleu !

Jouer aux pirates toute la nuit, c’est rester soi-même en grossissant les traits de la personne que l’on est dans la vie ou carrément entrer dans la peau de quelqu’un d’autre. Les soirées, évidemment bien arrosées, sont colorées de grivoiseries, ce qui donne lieu à des fresques théâtrales dont les corsaires sont les infatigables héros. Protagonistes énergiques, les pirates jouent à la « sloye machine », remplissant tour à tour leurs chopes pour s’hydrater le gosier. 

« On remplit la machine, on la “crinque” et on distribue de l’alcool aux gens ! », raconte Nicolas Boivin Ringuette, propulsé au pinacle du décrochement et du divertissement par les événements qu’il met en branle.

C’est justement pour cette raison que les soirées font à ce point mouche. Les participants s’amusent et batifolent, s’envoient des jurons à profusion, sans craindre qu’un « mille sabords » ou un « morbleu » les envoie nourrir les poissons. Selon de Bavigne, certains deviennent si habités par leur personnage qu’ils ont parfois les « pirates blues » quand vient le lundi matin. 

« Ça fait vraiment décrocher de ton quotidien. Avec le rythme de vie d’aujourd’hui, le monde a besoin de s’évader. Avant, les gens allaient voir une pièce de théâtre scriptée. Maintenant, ils expérimentent un système de loisirs où ils se mettent de l’avant et où ils deviennent les acteurs », explique celui qui est devenu Willkins de Bavigne il y a une douzaine d’années. 

« On tient un bon filon », croit Boivin Ringuette, qui s’affaire à préparer le prochain abordage, prévu pour le 3 février. Avant de hisser pavillon, son alias, de Bavigne, s’est assuré d’ajouter l’équivalent de huit heures de musique de circonstance dans son téléphone cellulaire et de garnir ses bourses de tribu, la monnaie frappée pour l’usage exclusif des pirates du Saguenay. 

La « sloye machine » permet aux corsaires de s’hydrater le gosier.

Des malfrats respectueux

Bien qu’elles réunissent une horde de malfrats, les soirées ne sont le théâtre d’aucun débordement. Agrément, jeux de rôles, ripailles et chansons à boire, les écumeurs des mers se respectent dans leurs frasques et leurs pirateries. 

« Tu vas dans un bar en ville et tu vas avoir trois “douchebags” qui vont se battre durant la nuit. Ici, c’est très participatif. On s’amuse et les gens sont tellement contents d’être là. Ils ont vraiment du plaisir. Ce qui me touche là-dedans, c’est quand les gens viennent et me disent à quel point ils se sentent acceptés. Ils peuvent être eux-mêmes sans être jugés et ils ne sont pas obligés de surjouer. À moins de connaître la personne dans la vraie vie, tu ne sais jamais si elle est elle-même ou si elle est dans son personnage », poursuit Nicolas Boivin Ringuette, qui précise que chaque sympathique brigand se démarque par son unicité.