Laurent McCutcheon (à droite) avec le premier ministre Justin Trudeau, en 2016

Des personnalités publiques aux funérailles de Laurent McCutcheon

MONTRÉAL — Les funérailles de Laurent McCutcheon, figure de proue de la lutte pour les droits des LGBT au Québec, ont été célébrées samedi à 11h en l’église Saint-Pierre-Apôtre à Montréal.

M. McCutcheon est décédé le 4 juillet, à l’âge de 76 ans, après avoir reçu l’aide médicale à mourir, selon ce qu’a indiqué son conjoint Pierre Sheridan. Il était atteint d’un cancer depuis décembre 2016.

Plusieurs personnalités publiques ont assisté à la cérémonie, dont l’animateur et humoriste Dany Turcotte, les ministres Sonia LeBel et Chantal Rouleau, l’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe et l’ex-député bloquiste Réal Ménard qui devait prononcer un éloge funèbre. M. Ménard a fait partie d’un groupe restreint d’amis du défunt, rassemblés pour une dernière fois, deux semaines avant sa mort.

«Un de nos amis avait organisé un souper avec son conjoint, moi, Dany Turcotte et j’ai eu la chance de lui parler avant qu’il décède. Il nous avait informés qu’il avait cessé ses traitements et que c’était le début de la fin», a raconté sobrement M. Ménard en entrevue à La Presse canadienne avant les funérailles.

Les deux hommes se sont connus dans les années 1980 lorsque Réal Ménard était attaché politique de Louise Harel. L’ancien haut-fonctionnaire qu’était Laurent McCutcheon savait qu’un sommet sur la justice se préparait, lui qui amorçait alors un parcours pour défendre les droits des homosexuels et la diversité des genres qui s’est finalement étendu sur plus de 35 ans.

Un nouveau leadership

Pour Réal Ménard, il ne fait aucun doute que le style de son «confrère d’arme», un habile communicateur qui savait utiliser son réseau de contacts, a permis au mouvement de faire un virage à la fin des années 1980 et au début des années 1990.

«Il y avait une mouvance dans la communauté qui était plus près d’acteurs et de gens qui ne voulaient pas qu’il y ait de collaboration avec les gouvernements, qui étaient dans une attitude de confrontation et de revendications. Ils se méfiaient beaucoup des pouvoirs publics», se souvient M. Ménard.

«Laurent, je pense que son héritage a été d’inverser ce mouvement, particulièrement dans ces années-là où on était dans des revendications pour des changements législatifs. Laurent était à la fois capable d’être stratège, crédible dans ses interventions auprès des gouvernements et il était capable de passer très habilement et efficacement un message quand il était au micro.»

«Il était très apprécié et reconnu par l’ensemble des partis politiques et des pouvoirs publics et c’est comme ça qu’on a enfilé sur série de victoires sur une quinzaine d’années que ce soit des modifications à la loi canadienne des droits de la personne jusqu’à l’adoption».

Dans les médias, Laurent McCutcheon ne se vantait pas de ses bons coups, du moins pas à l’auteure de ces lignes qui l’a interviewé à maintes reprises sur près d’une vingtaine d’années, malgré une feuille de route impressionnante. Laurent McCutcheon a été président de Gai Écoute de 1982 à 2013. Il a mis sur pied la Fondation Émergence, qui favorise l’inclusion sociale des personnes homosexuelles, et contribué à créer la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie.

En 2007, il a reçu le Prix Droits et Libertés de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, et en 2010, le Prix de la Justice du Québec, la plus haute distinction au Québec dans le monde de la justice.

Il était membre du Conseil de l’Ordre de Montréal depuis 2017 et était devenu plus récemment, vice-président de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité.

Un militant et leader apprécié

Pascal Vaillancourt est le directeur général d’Interligne, l’organisme connu anciennement sous le nom de Gai Écoute qui a changé de nom il y a deux ans pour être plus inclusif et rejoindre plus de monde en raison de l’émergence de nouvelles réalités. Il croisait régulièrement Laurent McCutcheon qui n’était jamais trop loin, malgré le fait qu’il avait pris sa retraite de l’organisation dont il avait présidé les destinées pendant 31 ans sur ses 40 ans d’existence.

«Quand je suis arrivé chez Gai-Écoute à l’époque avant qu’on change de nom, il y avait l’aura Laurent McCutcheon. Les gens avaient beaucoup de respect pour lui. C’était une personne très sensible, mais inébranlable quand il s’agissait de faire avancer les choses. C’était vraiment une personne très appréciée de la communauté.»

Tout comme Réal Ménard, le directeur général d’Interligne confirme que M. McCutcheon avait un bon réseau et qu’il savait en tirer profit.

«C’était un haut fonctionnaire qui a su utiliser ses privilèges au profit d’une cause», affirme M. Vaillancourt qui souligne toutefois à quel point c’était important pour lui d’associer des personnes modèles à la cause.

«Il a utilisé son réseau pour faire émerger des modèles de personnes LGBT qui pouvaient inspirer le bonheur, le succès et le bien-être pour des personnes qui n’étaient peut-être pas rendues-là dans leur démarche», se souvient-il.

Son héritage

Pour l’ex-politicien Réal Ménard, son ami laisse un arsenal législatif important.

«L’ensemble des lois ont été modifiées pour reconnaître les conjoints de même sexe». Il croit toutefois qu’une des plus grandes réalisations de Laurent McCutcheon a été la Journée internationale contre l’homophobie.

«Il avait compris que pour que notre cause avance, il fallait que les gens s’acceptent, que l’homosexualité devienne une réalité connue, comprise et acceptée, mais il fallait qu’il y ait des modèles. C’est pour ça que, pour lui, il fallait que les gens acceptent de s’afficher dans toutes les sphères de la société.»

Ce samedi, c’était au tour de ses proches, ses amis et au grand public de rendre un dernier hommage à cet homme de convictions et d’une grande intégrité.

«On était au courant qu’il était malade, mais Laurent était une personne forte. Il ne démontrait pas du tout qu’il n’allait pas bien», souligne Pascal Vaillancourt.

«Je l’ai croisé en mai dernier à la remise du prix Laurent McCutcheon (prix de lutte contre l’homophobie). Je me souviens d’avoir vu un homme fort, droit, qui n’avait pas du tout l’air malade et regardez, nous sommes en juillet et il est décédé. C’était vraiment une force tranquille.»

Un avis partagé par son ami Réal Ménard.

«Il ne se pétait pas les bretelles, mais il était conscient de sa valeur. Il a exercé un leadership très assumé et ça prenait sans doute ça. Ce n’est pas quelqu’un qui s’excusait d’exister.»

« C’est quelqu’un qui a réussi dans la vie publique, mais aussi dans la vie privée. Il ne faut pas oublier que Laurent a connu l’amour et qu’il a été en couple avec son conjoint Pierre pendant une quarantaine d’années. Non seulement ça, Laurent a été un militant sur la place publique, mais il a reconnu l’amour de son conjoint dans sa vie personnelle», a résumé son ami Réal Ménard.