Louis-Marie Rivard, de Saint-Alexis, Terry Pictou, d’Eel River Bar, et Terry Isaac, de Listuguj, ont développé une solide amitié grâce au hockey, au fil des années.
Louis-Marie Rivard, de Saint-Alexis, Terry Pictou, d’Eel River Bar, et Terry Isaac, de Listuguj, ont développé une solide amitié grâce au hockey, au fil des années.

Des matchs de hockey antiracistes en Gaspésie

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
SAINT-ALEXIS — Touchés par les propos racistes tenus le 4 janvier dans un match à Paspébiac, des membres d’un groupe de joueurs francophones, autochtones et anglophones gaspésiens et néo-brunswickois entendent organiser deux matchs de hockey antiracistes à Paspébiac, le 29 mars.

Le groupe veut organiser une partie pour les jeunes, puis les plus vieux joueront à leur tour, comme ils le font depuis des années, deux fois par semaine, à l’aréna de Campbellton, au Nouveau-Brunswick.

«On voudrait une rencontre avec des jeunes de Listuguj, Gesgapegiag, Paspébiac et on pourrait aussi inviter des joueurs de Chandler. Après, notre gang habituelle jouera à son tour», précise Louis-Marie Rivard, de Saint-Alexis, près de Matapédia.

La «gang habituelle» est composée de joueurs gaspésiens de la MRC d’Avignon, qu’ils soient francophones, Mi’gmaqs de Listuguj ou anglophones. Du côté néo-brunswickois, les mêmes groupes ethniques sont représentés. Les Mi’gmaqs viennent d’Eel River Bar. Sur les bancs et dans le vestiaire des joueurs, on entend trois langues et beaucoup de taquineries.

«J’ai embarqué dans le groupe il y a une quinzaine d’années. Il existait déjà. Il s’appelle Restigouche Drive-Thru maintenant, ou RDT, parce que c’est le nom de notre commanditaire, un commerce qui appartient à Allison [Metallic, un ex-chef de Listuguj]. Avant, le groupe s’appelait Hôtel-Dieu, du nom de l’ancien hôpital», ajoute Louis-Marie Rivard, notant que des Autochtones jouaient déjà dans ce groupe lors de sa création en 1970!

Ce professeur à la retraite joue depuis longtemps, plus de 50 ans, au hockey dans Avignon-Ouest et au nord du Nouveau-Brunswick. Il y a toujours eu de l’intolérance, mais il y a toujours eu aussi de la bonne entente. 

«J’ai pratiquement toujours joué au hockey avec des Autochtones. Ça a commencé quand j’étais jeune. J’ai joué avec Pierre Vicaire, du projet Harmonie intercommunautés, qui travaille depuis plus de 15 ans à la réconciliation des peuples. J’ai joué avec Rocky Metallic. Il était grand et gros. Les autres nous laissaient passer. On a donné des coups, et on en a reçu. Le hockey est un sport de contact», rappelle M. Rivard.

Des rapports en évolution

Malgré l’incident opposant les Goons de Chandler aux Chiefs de Gesgapegiag le 4 janvier, M. Rivard croit que les rapports évoluent avec le temps. Lors de ce match, des joueurs de Chandler ont traité les Chiefs de «christ d’Indiens».

«Souvent, les incidents viennent des préjugés. On entend qu’ils [les Autochtones] ne paient pas de taxes. C’est de l’ignorance. C’est nous qui les avons enfermés dans des réserves et on les chiale? Ils pêchaient le saumon dans la rivière Restigouche et c’était bon. Les Blancs en ont fait une pêche industrielle. Quand ça a diminué, ils [les Blancs] ont empêché les Autochtones de pêcher parce que les Américains venaient», souligne M. Rivard.

Terry Isaac, un policier à la retraite de Listuguj et membre enthousiaste des équipes de Restigouche Drive-Thru, a vu pas mal de choses en plus de 40 ans sur des patinoires, dont une expulsion de son peuple de la défunte Ligue industrielle de Campbellton, dans les années 1970. 

«Le hockey était plus fou à l’époque. On avait sorti Listuguj de la ligue. Je pense que notre équipe gagnait trop. Nous avons protesté en marchant sur le pont», dit Terry Isaac, au sujet du pont reliant la Gaspésie au Nouveau-Brunswick.

Ses propos sont mesurés. «Je ne vois pas les gens comme francophones, anglophones et autochtones. Je vois des êtres humains. Il y a du racisme des deux côtés, chez les Blancs, mais aussi chez les Mi’gmaqs. Il y a des gens qui seront toujours intolérants, mais la compréhension entre groupes s’est beaucoup améliorée. On ne voit plus des batailles comme avant», dit M. Metallic.

La bonne entente entre les peuples, c’est comme un couple. Il faut entretenir la relation, note Louis-Marie Rivard.

«Le groupe vient jouer deux fois par année à l’aréna de Saint-Alexis. On m’a donné un surnom en mi’gmaq, qui sonne comme Guizigu, qui veut dire l’aîné. On fait deux voyages ensemble par année. Le 13 janvier 2017, on est allés à Montréal et on a joué au Centre Bell. Après les matchs, on mange souvent ensemble, en prenant une bière, et on joue aux cartes. On se comprend, malgré la barrière des langues», souligne M. Rivar

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DES LIENS SPORTIFS REMONTANT À PLUS DE 60 ANS

Le 27 janvier 2019, quand les citoyens de Saint-Alexis ont rendu hommage à Jacques A. Dufour en donnant son nom à l’aréna local, un membre de l’assistance était particulièrement content d’avoir été invité : Allison Metallic, ex-chef de Listuguj et fils d’Alphonse, un ancien chef aussi.

C’est qu’Alphonse Metallic, décédé depuis plusieurs années, avait joué au baseball avec Jacques Dufour 60 ans auparavant, pour l’équipe de Saint-Alexis. Il était receveur et M. Dufour lançait. Les deux joueurs constituaient un duo très efficace, selon ceux qui s’en souviennent.

«Mon père a toujours eu une haute opinion de vous», a indiqué Allison Metallic à Jacques Dufour. «J’ai adoré jouer avec lui», a rétorqué l’ex-lanceur nonagénaire.

La complicité et l’harmonie dans le sport étaient donc possibles il y a plus de 60 ans en Gaspésie. Louis-Marie Rivard se souvient. «Alphonse Metallic était probablement le premier “Indien”, comme on les appelait à l’époque, qu’on voyait à Saint-Alexis. Je l’ai dit à Allison. Les gens ont gardé un bon souvenir de lui.»

Jacques Dufour est malheureusement décédé lors de l’été 2019, d’une courte maladie. Il a été alerte jusqu’aux derniers instants de sa vie.