Plusieurs communautés ethniques et religieuses ont pris part à la marche, dont des gens de la communauté sikhe, du conseil des imams, de la communauté juive et de la communauté chinoise.

Des groupes manifestent à Montréal contre le projet de loi sur la laïcité

Quelques milliers de personnes ont scandé tour à tour «so-so-so-solidarité!», «le Québec, c’est chez nous!» et «Legault, raciste!» afin de manifester dimanche après-midi, dans les rues de Montréal, contre le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État.

La foule rassemblée à la Place Émilie-Gamelin, sur le coup de 12h30, était composée de jeunes familles, de personnes de tout âge et de toute appartenance ethnoreligieuse. Les manifestants ont répondu à l’invitation lancée par le Collectif canadien anti-islamophobie.

Deux des survivants de l’attentat de la grande mosquée de Québec, Aymen Derbali et Saïd El-Amari ont pris la parole avant le départ de la marche.

«Je suis très ému et honoré d’être parmi vous pour cette mobilisation contre le projet de loi discriminatoire qui vise principalement les femmes musulmanes», a déclaré M. Derbali, confiné à un fauteuil roulant en raison des blessures subies lors de l’attentat.

Il a ajouté qu’après la tuerie, la communauté musulmane espérait des mesures pour combattre l’islamophobie et la stigmatisation. «Au lieu de se pencher sur ces problèmes de société, (le gouvernement Legault) veut adopter une loi qui opprime les droits des femmes de porter leur voile et de travailler», a déploré l’homme qui a fait la route depuis Québec pour exprimer sa solidarité envers toutes les communautés religieuses minoritaires.

Taran Singh, de la communauté sikhe montréalaise, ne comprend pas que le gouvernement mette autant d’énergie à attiser les tensions au sein de la population alors que la province fait face à d’importants taux de décrochage scolaire et de longues heures d’attente dans les urgences.

«Ce que font les partis politiques au Québec, c’est nous diviser. Anglophones contre francophones, fédéralistes contre souverainistes, laïcs contre immigrants religieux. Cette mentalité de nous contre eux ne sert personne», a dénoncé celui qui aspire à une société dans laquelle tous ont une place et peuvent contribuer sans être discriminés.

L’organisateur du rassemblement, Adil Charkaoui, s’est réjoui de la réponse du public venu en grand nombre. Dans son discours, il a déclaré que le projet de loi «cible les femmes voilées, leur dicte comment s’habiller et où travailler». «On refuse ce projet de loi. On leur dit: «Projet de loi 21, à la poubelle!»»

«Mon voile, c’est mon identité»

Selsabil Hamiham a 21 ans. Elle est née et a grandi à Montréal. Étudiante en sciences, elle a déjà considéré l’enseignement, mais elle se dirige maintenant vers une carrière en pharmacologie. Dimanche, elle est sortie dans la rue parce que le projet de loi s’attaque à son identité, dit-elle.

«Je ne crois pas que François Legault a le pouvoir de me dire comment m’habiller, comment être. C’est ma liberté, c’est mon choix. Puisque personne ne m’a obligée à le mettre, personne ne va m’obliger à l’enlever», affirme la jeune femme entourée de ses amies.

Elle s’inquiète que ce projet de loi puisse n’être qu’un premier pas qui mène à des interdictions encore plus sévères envers le port de signes religieux en société.

Fatima Ben Frej s’époumonait à scander des slogans avec conviction au coeur de la foule.

«Non seulement je suis visée par les signes religieux parce que je porte le voile, mais en plus je suis visée parce que je suis une femme, donc je suis doublement motivée», a commenté l’étudiante qui croyait pourtant être née dans un pays et une province libres.

La jeune femme de 20 ans explique avoir fait le choix de porter le voile par fierté. «Je suis vraiment fière de le porter, ce n’est pas un signe de soumission, c’est un signe de fierté pour moi», confie-t-elle.

Devant la foule impressionnante qui remontait le boulevard René-Lévesque, Mme Ben Frej se réjouissait de la mobilisation.

Des représentants de divers groupes des communautés ethniques et religieuses ont pris part à la marche, dont des gens de la communauté sikhe, du conseil des imams, de la communauté juive et de la communauté chinoise.

Collectif canadien anti-islamophobie

Le président et fondateur de cette organisation est l’imam montréalais Adil Charkaoui.

Adil Charkaoui avait fait la manchette en 2003 au Canada lorsqu’il avait été arrêté après l’émission à son endroit d’un certificat de sécurité. Il était soupçonné de terrorisme et d’avoir participé à un camp de formation avec d’autres militants en Afghanistan.

Le Marocain d’origine a fait l’objet d’une surveillance étroite au Canada pendant les neuf ans qui ont suivi; il n’a toutefois jamais été accusé à propos des soupçons de terrorisme.