Le nombre d’armes de chasse remises volontairement pour être détruites est en hausse de 34 % par rapport à la moyenne des dernières années, au Québec.

Des chasseurs rendent leurs armes

Le nombre d’armes de chasse remises volontairement pour être détruites est en hausse au Québec. Les opposants au registre des armes d’épaule y voient les effets d’un refus de chasseurs d’enregistrer leurs armes alors que les autorités privilégient d’autres explications.

Du 1er avril 2018 au 31 mars 2019, 6152 armes ont été remises sur une base volontaire par leurs propriétaires au Québec pour être détruites, selon les données de la Sûreté du Québec obtenues par La Voix de l’Est. De ce nombre, 5250 étaient des fusils de chasse. C’est une hausse de 34,51 % du nombre d’armes de chasse déposées pour être détruites, lorsqu’on compare celui-ci à la moyenne des dernières années, commençant en 2015-2016.

Durant cette période, 6110 armes à feu ont été déposées volontairement, dont 3275 armes de chasse. On en a comptabilisé 7163 en 2016-2017, parmi lesquelles 3185 armes de chasse. En 2017-2018, ce sont 3326 armes à feu de tous types qui ont été déposées volontairement, dont 2406 étaient des fusils de chasse. Les données de cette dernière période détonnent toutefois par rapport aux autres années. Les autorités ne peuvent l’expliquer. En excluant la période 2017-2018, on obtient une moyenne pour les deux autres années de 6475 armes à feu de tous types remises pour être détruites. Et pour les armes de chasse, la moyenne est de 3903 armes. D’où la hausse moyenne de 34,51 % enregistrée en 2018-2019.

L’année 2018-2019 est importante. C’est celle où le registre est entré en vigueur (29 janvier 2018) et qui couvre la date limite accordée aux propriétaires d’armes d’épaule pour les enregistrer (29 janvier 2019).

Normand Dubé n’est pas surpris par la hausse du nombre d’armes de chasse déposées pour être détruites. Bien des chasseurs, las des règlements les concernant, préfèrent remettre leurs armes que de les enregistrer, soutient le propriétaire du Pavillon chasse et pêche de Granby. « On en parle entre détaillants quand on se rencontre. Tout le monde constate la même chose. On a des chasseurs, surtout plus vieux, qui sont tannés de toute cette paperasserie. Ils préfèrent remettre leurs armes, ne plus chasser. »

La semaine dernière, M. Dubé a accueilli dans son commerce un client qui se débarrassait de ses 14 armes, dont plusieurs fusils de chasse. Les armes seront inspectées. Celles en bon état seront vendues, certaines seront conservées pour des pièces et les autres seront remises à la Sûreté du Québec (SQ) pour être détruites, a-t-il dit.

Les données sur les armes remises volontairement pour être détruites ne permettent pas de conclure que les chasseurs délaissent leur sport, indique Joyce Kemp, porte-parole de la SQ. D’autres raisons pourraient expliquer leur choix, dit-elle. « On est prudents avec les chiffres. On n’a pas d’information sur les raisons qui poussent les gens à nous remettre leurs armes. On ne leur demande pas quelles sont leurs motivations », explique-t-elle en entrevue. Aucune donnée n’existe sur les raisons des dépôts, dit-elle.

Certaines personnes remettent leurs armes après en avoir hérité, dit Mme Kemp. « Ils n’en veulent pas. Ils se présentent dans des postes de la SQ pour les déposer volontairement. Ces armes sont ensuite détruites », dit-elle.

Hausse des enregistrements

Par ailleurs, l’enregistrement des armes de chasse au registre a connu une hausse ces derniers mois. Un total de 500 980 armes de chasse étaient enregistrées en date du 5 mai, indique Patrick Harvey, du service des relations médias du ministère de la Sécurité publique. À la date limite d’enregistrement sans pénalité, le 29 janvier dernier, 370 264 armes de chasse avaient été inscrites au registre. Il s’agit d’une augmentation de 35,3 % en 14 semaines.

Le nombre d’armes de chasse au Québec est cependant estimé à 1,6 million. Dans un courriel, M. Harvey invite les propriétaires d’armes à feu à se conformer au registre en les immatriculant « pour éviter de s’exposer aux sanctions prévues par la loi ».

Le fichier d’immatriculation des armes à feu (FIAF) est utile aux policiers, insiste M. Harvey. « Malgré que la totalité des armes à feu sans restriction ne soit pas inscrite au FIAF, les policiers utilisent de façon quotidienne le FIAF dans le cadre de leur travail. Il constitue donc, même en étant pour l’instant incomplet, un outil supplémentaire et précieux pour les policiers », écrit-il.

LE REGISTRE SERA-T-IL APPLIQUÉ ?

Le mouvement de boycottage du registre québécois des armes à feu se poursuit. Plus de trois mois après la date limite, à peine 33 % des armes en circulation ont été enregistrées, fait remarquer Guy Morin, instigateur de Tous contre un registre québécois des armes à feu. Il doute que les autorités gouvernementales sévissent contre les récalcitrants.

« Tout dépend du mot d’ordre qui sera donné. Est-ce qu’ils vont faire des barrages dans les ZEC [zones d’exploitation contrôlées] et dans des parcs de la Sépaq pour vérifier les enregistrements des chasseurs ? Ça m’étonnerait. Il n’y a pas d’avantage à faire ça. Il y a trop de conséquences économiques pour les régions où il y a des activités de chasse. Je ne crois pas qu’ils vont appliquer des sanctions », a-t-il dit en entrevue.

Les enregistrements se feront au compte-goutte, croit M. Morin, lorsque les chasseurs croiseront des policiers ou des agents de la protection de la faune qui vérifieront leurs enregistrements. Il a donné l’exemple des policiers dans le secteur de Châteauguay qui ont confisqué les armes de chasseurs. Ils les ont invités à enregistrer leurs armes puis à venir les chercher au poste. « C’est comme ça que les armes vont être enregistrées », a-t-il prédit.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) n’a reçu à ce jour aucun dossier de la part de policiers ou d’agents de la protection de la faune de chasseurs qui n’avaient pas enregistré leurs armes, confirme Jean--Pascal Boucher, procureur porte-parole du DPCP.

Les propriétaires d’armes à feu sans restriction qui omettent de les enregistrer s’exposent à des amendes de 500 à 5000 $ pour chaque infraction. Elles doublent en cas de récidive.