Les équipes des professeurs François Malouin et Éric Marsault, de l’Université de Sherbrooke, sont à l’origine de la découverte d’une nouvelle classe d’antibiotiques.

Des antibiotiques issus de la tomate

Des chercheurs de l’Université de Sherbrooke ont découvert une nouvelle classe d’antibiotiques. Et c’est dans la tomate que la nouvelle arme dans la lutte contre les bactéries résistantes aux antibiotiques a été puisée!

La tomatidine sert maintenant de point de départ à un projet d’envergure visant le développement de nouveaux antibiotiques.

En 2009, les équipes du Pr François Malouin et du Pr Kamal Bouarab, tous deux du département de biologie, ont découvert que la tomatidine, un composé extrait de la tomate, avait un pouvoir antibiotique contre le staphylocoque doré, explique-t-on dans un communiqué de presse. De plus, elle était particulièrement efficace contre les formes persistantes de la bactérie ou, lorsqu’utilisée avec d’autres antibiotiques, pour combattre les infections mixtes impliquant Staphylococcus aureus et Pseudomonas aeruginosa, dont souffrent les patients atteints de fibrose kystique.

En étudiant le mode d’action de la tomatidine, les équipes du Pr François Malouin et du Pr Éric Marsault (spécialiste de la chimie médicinale au département de pharmacologie-physiologie) ont découvert que la molécule exerce son action antibiotique en bloquant le mécanisme de production d’énergie de la bactérie. C’était alors la première fois qu’on observait un antibiotique ciblant ce mécanisme encore très peu exploité dans la lutte contre les infections. La découverte de cette nouvelle classe est donc une percée majeure, soutient-on à l’UdeS. De plus, comme les bactéries causant les infections humaines sont rarement en contact avec ce genre de molécules qui provient de plante, il est très peu probable que les bactéries possèdent déjà des moyens de défense contre ce nouvel antibiotique.

Le staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) est une bactérie vivant à l’intérieur des fosses nasales et à la surface de la peau d’environ 30 % de la population. La plupart du temps, elle ne cause pas de problème, mais, lorsqu’on possède un système immunitaire affaibli, il arrive que cette bactérie dite opportuniste en profite pour proliférer et causer une infection. 

Dans les cas les plus graves, ces infections peuvent être mortelles. Le staphylocoque doré est responsable de plusieurs infections persistantes et difficiles à traiter, en raison de ses tactiques de camouflage et de résistance à de multiples antibiotiques disponibles cliniquement. Les gens atteints de fibrose kystique y sont particulièrement sensibles. 

« Nos laboratoires ont uni leurs forces pour élucider le mode d’action de cette nouvelle molécule antibiotique, la tomatidine, ayant des propriétés très intéressantes et surtout une cible cellulaire éprouvée, mais encore très peu exploitée en clinique », mentionne à ce sujet le Pr Malouin.

« Ceci évite que les résistances microbiennes actuelles perturbent son action. De plus, nous avons montré que nous pouvions générer plusieurs dérivés de la tomatidine et qu’il existe donc maintenant une réelle opportunité quant à l’exploitation de telles phytomolécules pour leurs propriétés antimicrobiennes. »

Lorsqu’une nouvelle molécule démontre des propriétés antibiotiques, les chercheurs vont par la suite employer la chimie médicinale afin de créer des molécules semblables, dont certaines pourraient posséder des caractéristiques supérieures à la molécule de départ. C’est justement ce que les équipes des professeurs Malouin et Marsault ont récemment entrepris. Les résultats obtenus sont prometteurs et démontrent même déjà qu’un composé dérivé de la tomatidine pourrait s’avérer efficace contre les bactéries possédant une membrane externe, ce qui les rend particulièrement résistantes aux antibiotiques actuels. Présentement, aucune alternative n’existe pour contrer ces entérobactéries dites à Gram négatif, qui posent un épineux problème de résistance au niveau mondial. Comme la tomatidine fait partie d’une nouvelle classe d’antibiotiques, elle donne aux chercheurs énormément de possibilités pour la production de molécules similaires afin d’élargir le spectre des applications cliniques.

À cette fin, la société de capital de risque AmorChem a conclu récemment une entente avec l’UdeS et l’organisme de transfert de technologie TransferTech Sherbrooke. En ajoutant des subventions obtenues du ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec par l’entremise d’Aligo Innovation, de Mitacs et de Fibrose kystique Canada, 2  M$ ont été investis dans le projet de recherche multidisciplinaire impliquant une vingtaine de scientifiques étudiants, postdoctorants, techniciens et professionnels.  Deux brevets ont déjà été obtenus pour cette technologie, ajoute-t-on.