Sur le parvis de l'église Saint-Rodrigue, dans Charlesbourg, une colombe s'est envolée vers le ciel, à la mémoire de Rosalie.

Dernier hommage à la petite Rosalie

L’incompréhension face à la mort de la petite Rosalie Gagnon, deux ans, n’a d’égal que l’élan de solidarité qu’il a suscité. Le public a de nouveau démontré cette compassion, samedi matin, à l’occasion des funérailles de la fillette, célébrées à l’église Saint-Rodrigue.

Le cœur réchauffé par la montagne de peluches, les mots d’amour, la marche silencieuse et l’envolée de ballons, toutes des initiatives citoyennes ayant pris forme en réaction au décès de l’enfant, la famille de la petite Rosalie a pris la décision d’ouvrir les portes des funérailles à la population.

Tous les sièges de l’église étaient occupés, à 11h, à l’ouverture de la cérémonie des anges prononcée par le curé Onil Godbout, de la paroisse Saint-Charles-Borromée.

En chœur, la famille et les quelque 300 citoyens, certains émus aux larmes, ont chanté une dernière berceuse à Rosalie. Un moment de partage, d’émotion et de guérison. «Bonne nuit, cher trésor, ferme tes yeux et dors. Laisse ta tête, s'envoler, au creux de ton oreiller. Un beau rêve passera, et tu l'attraperas. Un beau rêve passera, et tu le retiendras», ont-il fredonné.

Puis Solange Pelland, directrice des opérations funéraires chez Harmonia, a livré un discours au nom de la famille, assise dans la première rangée et dont le seul représentant mentionné publiquement est Steeve Gagnon, un grand-oncle de Rosalie.

«La famille m’a confié le rôle de remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont témoigné leur sympathie, leur solidarité et leur appui à son égard», a déclaré Mme Pelland. «Ils [la famille] vous sont profondément reconnaissants, pour toujours.»

«Rosalie, le petit ange de Québec», peut-on lire sur l'affiche en premier plan.

Cette dernière a ensuite cité un hommage laissé sur la pile de peluches qui s’est formée devant la maison où Rosalie a été trouvée sans vie dans un bac à ordures, le 18 avril. Un mot qui «résume ce que nous voulons tous exprimer».

«Rosalie, notre toute belle petite fée, ta vie aura été si courte. Tu aurais mérité de courir, de danser, de chanter, d’apprendre à lire, à écrire et à aimer. Tu aurais mérité d’aller à l’école, de grandir, de voyager. Tu aurais mérité tant de choses que tu ne vivras pas. Tu mérites qu’on se souvienne de toi», a écrit le ou la citoyenne.

Les funérailles furent l’occasion pour certains de boucler une période intense de leur existence, bien qu’ils ne connaissaient pas personnellement la petite Rosalie. Ils ont plongé dans le drame ou y ont été mêlés de force.

C’est le cas du propriétaire de la maison près de laquelle la fillette a été retrouvée par les policiers, sur l’avenue de Gaulle. «Il m’a dit que ça lui permettait de tourner la page et de trouver un peu de réconfort», a rapporté le curé Onil Godbout.

Le drame a provoqué une vague de sympathie à travers le Québec dans les dernières semaines.

Le propriétaire en question a vécu son deuil en privé, à l’abri des caméras. Il n’a pas chassé les journalistes, discutant plutôt avec eux, tout en se montrant ferme sur ses volontés.

Impliqué malgré lui dans cette sordide affaire, il a laissé les citoyens se rassembler devant sa résidence, marcher sur son terrain, de jour comme de nuit. Il ne voulait pas interrompre l’élan de sympathie, disait-il. Sa maison vendue avant le drame, il changera bientôt de quartier.

Les trois mères de famille qui ont pris en charge les différents hommages rendus à Rosalie étaient aussi présentes. Amélie Tremblay, de la marche silencieuse, Geneviève Charbonneau, de l’envolée de ballons au parc Terrasse Bon-Air, et Jessica Millette, de Saint-Jérôme, qui a lancé une pétition pour qu’un lieu public soit renommé en l’honneur de la disparue, étaient réunies samedi à l’église.

La cérémonie, marquée par la douceur et la sobriété, s’est terminée sur le parvis. Une colombe s’est envolée sous les yeux émerveillés des nombreux enfants présents. Durant cet instant, on aurait pu croire que le public formait une seule et grande famille. Celle de Rosalie. «Repose en paix, petit ange.»

Une colombe s'est envolée devant le parvis de l'église, à la mémoire de Rosalie.