Déchets miniers: des citoyens demandent de mettre au pas l’industrie

Une coalition environnementalo-citoyenne demande au nouveau gouvernement caquiste de mettre au pas l’industrie minière pour qu’elle ramasse ses déchets. Ceux-ci seraient si imposants qu’ils s’amoncelleraient à un rythme cinq fois plus rapide que les poubelles envoyées au dépotoir par l’ensemble des Québécois.

«Tout projet minier génère des quantités immenses de déchets miniers», déplore un des cofondateurs de la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine!, Ugo Lapointe. «Les entreprises extraient une petite fraction de métal, souvent de l’ordre de 1 %. Le reste, […] ce sont des déchets miniers qui sont laissés sur le territoire et qu’on doit gérer, confiner, pour s’assurer qu’il n’y ait pas de pollution à perpétuité.»

Selon une compilation réalisée par la Coalition, nous rejetons collectivement plus ou moins 5,1 millions de tonnes de détritus domestiques chaque année. «Le secteur minier, la même année, a généré 102,2 millions de tonnes de résidus miniers. […] C’est plus de 20 fois la quantité de déchets domestiques.»

La Coalition évalue qu’environ 500 sites miniers abandonnés constellent le territoire québécois. Et qu’il faudrait décaisser environ 1,2 milliard $ pour les vidanger. En plus, soutient Ugo Lapointe, la vingtaine d’entreprises toujours en exploitation auraient accumulé un «passif environnemental des déchets miniers évalué à 843 millions $.» Il arrondit donc à 2 milliards $ la facture totale du débarbouillage qui s’impose, alors que le gouvernement n’aurait recueilli qu’autour de 800 millions $ auprès des entreprises du secteur pour financer l’opération.

Et l’industrie connaît une croissance soutenue, poursuit M. Lapointe. Il invite donc le gouvernement à établir maintenant des règles du jeu claires pour mieux encadrer l’exploitation des ressources naturelles du Québec. «Il faut s’assurer que l’environnement est protégé adéquatement.»

Manque d’inspecteurs

Encore faudrait-il que l’État dépêche sur le terrain des inspecteurs en nombre suffisant, avance le président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, Christian Daigle. «Il y a trop peu de ressources disponibles pour contrôler et s’assurer que tout est fait dans les normes.»

Il cite en exemple les régions de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec. Là, des milliards seraient investis chaque année par l’industrie. «Par contre, nous ne retrouvons que 15 inspecteurs pour l’ensemble du territoire», affirme-t-il. «Et ces inspecteurs en environnement ne s’occupent pas seulement des mines. Comme ils sont trop peu nombreux, ils ne font que répondre aux plaintes des citoyens et citoyennes. Donc, on n’est pas capable de faire le contrôle des explorations, de l’exploitation des projets miniers.»

La Coalition pour que le Québec ait meilleure mine! compte sur la garde du premier ministre François Legault pour soumettre toutes les nouvelles entreprises minières à une évaluation environnementale rigoureuse; appliquer le principe «pollueur-payeur»; augmenter les inspections; s’assurer de «l’accessibilité sociale» des mines en devenir; et limiter le droit des compagnies de poursuivre les citoyens et municipalités opposées à certains projets.

+

AUX ENTREPRISES DE NETTOYER, SELON JONATAN JULIEN

Dans son discours devant les participants du congrès Québec Mines + Énergie mardi, le ministre Jonatan Julien a souligné à plusieurs reprises que l’environnement et le développement minier du Québec doivent aller de pair. «Il ne faut pas mettre ça en contradiction.»

Ce qui n’empêche pas selon lui de faire en sorte d’alléger le fardeau administratif de l’industrie minière, afin que le Québec demeure «concurrentiel».  

Quant aux résidus miniers qui polluent les différents sites abandonnés du Québec, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles s’est montré ferme. «C’est sûr que tout le volet restauration [du site minier] appartient au promoteur. Pour nous, toute la restauration doit être à ses frais.»

Alors qu’il fait ses premiers pas dans le monde de l’énergie et des mines, le ministre Julien a admis devant les congressistes qu’il est «en apprentissage». «Je vais apprendre vite, vous allez voir. On va avoir des résultats», a-t-il promis.  Patricia Cloutier