La CNESST a présenté son rapport d’enquête concernant la mort de Marc-André Bélisle, un travailleur de la Coop Covilac.

Décès d’un travailleur de Covilac: aucune procédure de travail n’avait été mise en place

TROIS-RIVIÈRES — Une procédure de travail adéquate aurait sans nul doute sauvé la vie de Marc-André Bélisle qui est mort, le 9 novembre dernier, enseveli par le maïs dans un silo à grains, à la Coop Covilac, située à Baie-du-Febvre, note la CNESST dans son rapport.

L’organisme a constaté qu’il n’y avait tout simplement pas de protocole de travail en espace clos chez Covilac  lors du tragique accident. Une lacune qui a malheureusement mené à ce dénouement tragique.

«Dans son programme de prévention, l’entreprise avait une fiche d’actions sécuritaires qui parlait du travail en espace clos. Ce qu’elle disait tenait dans un paragraphe, soit que les travailleurs doivent avoir été formés et doivent respecter la procédure. Mais il n’y avait pas de procédure et un seul travailleur avait été formé, donc il n’y avait pas réellement de procédure de travail sécuritaire à l’entreprise au moment de l’accident», explique Vincent Ouellette, ingénieur et inspecteur à la CNESST.

Si une méthode de travail avait été appliquée, l’accident aurait pu être évité. «S’il y avait eu une procédure, premièrement, il y aurait eu une analyse de la situation. On aurait pu tenter de faire un déblocage de l’extérieur. On aurait eu des équipements comme un treuil, un harnais, une surveillance et une formation appropriée pour faire le travail», précise M. Ouellette.

La CNESST a retenu deux causes pour expliquer l’accident. Premièrement, l’opération de déblocage du maïs en tant que telle. Lorsque le maïs a commencé à s’écouler, cela a provoqué l’ensevelissement et l’asphyxie du travailleur. Elle pointe aussi du doigt la planification déficiente des travaux de déblocage et d’intervention en espace clos.

En effet, au moment des événements, aucun travailleur ne surveillait le contremaître pendant qu’il se trouvait dans le silo, ce dernier ne portait pas de harnais et il était le seul sur place à avoir reçu une formation en espace clos.

Lors du jour de l’accident, Marc-André Bélisle et son équipe s’affairaient à vider un silo à fond conique. Lors de l’ouverture de la trappe au bas du silo, les travailleurs ont constaté que le maïs ne s’écoulait pas, explique la CNESST dans son rapport. M. Bélisle est alors entré dans le silo par l’échelle intérieure pour tenter une manoeuvre de déblocage. L’écoulement du maïs a alors débuté avant de devenir intermittent et de s’arrêter complètement. Un des travailleurs au sol est monté sur la plateforme du silo pour localiser le contremaître. Sans succès. Le travailleur et un camionneur qui effectuait une livraison sont alors descendus dans le silo pour tenter de retrouver le contremaître en fouillant avec leurs mains dans le maïs. Ce sont finalement les pompiers qui ont réussi à l’extirper du silo, mais il était trop tard. Il avait entre un mètre et un  mètre et demi de maïs au-dessus de la tête, ce qui ne lui a laissé aucune chance.

Daniel Lemieux et Vincent Ouellette, inspecteurs responsables de l’enquête.

Parmi les lacunes observées, aucune tentative de déblocage à partir de  l’extérieur n’a été effectuée. «Naturellement, dans le cas d’un silo à grains, la meilleure façon d’éviter le danger à la source, c’est de ne pas entrer et d’effectuer des déblocages par l’extérieur», souligne M. Ouellette.

Des harnais étaient disponibles, mais n’étaient pas utilisés. De plus, les trappes d’évacuation et de remplissage n’avaient pas été fermées et cadenassées. «Si on ouvre la trappe dans le fond [du silo], en quelques secondes, on est aspiré et on cale jusque dans le fond. C’est vraiment extrêmement rapide», explique M. Ouellette. Finalement, il n’y avait pas de treuil sur la plateforme du silo pour remonter un travailleur en difficulté. 

Plusieurs mesures de prévention doivent donc être mises en place avant de descendre dans un silo. Parmi elles, la CNESST rappelle l’importance que les travailleurs soient bien informés des risques liés aux silos à grains.  «Les deux travailleurs au sol qui sont descendus dans le silo ont fait exactement ce qu’il ne faut pas faire. On a plusieurs cas à la CNESST de travailleurs qui en voulant aider un collègue sont mort eux-mêmes. L’employeur doit informer les travailleurs qu’il est dangereux de travailler dans un espace clos et qu’on ne doit pas y entrer, sauf si on a été formé pour le faire.»

À la suite de l’accident, la CNESST a interdit à l’employeur, Covilac, Coopérative agricole, toute intervention en espace clos jusqu’à ce qu’il mette en place une procédure de travail sécuritaire et qu’il forme et informe les travailleurs sur les mesures à prendre en pareille situation.

La coopérative s’expose à des amendes de plusieurs milliers de dollars. Son cas est présentement étudié par le service juridique de la CNESST.

La CNESST précise que l’objectif de ce rapport d’enquête n’est pas de pointer qui que ce soit du doigt mais bien de se servir des conclusions dans un effort de prévention pour éviter d’autres drames du genre. Le rapport sera d’ailleurs transmis entre autres à plusieurs associations agricoles.