Élu au Temple de la renommée des sports du Québec en 1993, au Temple de la renommée de la natation québécoise en 1998, Jacques Amyot avait été fait Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2001. Il avait aussi vu la Ville de Roberval ériger un buste en son honneur et le Gala de l’athlète de Québec créer un trophée à son nom.

Décès de Jacques Amyot, un monument de la natation

C’est un véritable monument de la natation au Québec qui est disparu dans la nuit de jeudi à vendredi quand Jacques Amyot est décédé d’un cancer à l’âge de 93 ans à la Maison Michel-Sarazin. Il était le premier Québécois à avoir traversé la Manche à la nage et le premier vainqueur de la Traversée du lac Saint-Jean en 1955.

«Nous avons le cœur triste de savoir que cette icône nous a quittés cette nuit», a déclaré au Soleil Mme Kim Privé, présidente de la Traversée internationale du Lac-Saint-Jean. «C’est une grande perte pour la Traversée. Il venait à toutes les années à l’arrivée des nageurs et à notre soirée-bénéfice en mai, sauf cette année en raison de son état de santé.»

Elle gardera le souvenir d’un homme chaleureux, souriant et toujours disponible. «C’était quelqu’un de très agréable à côtoyer pour tout le monde. Je l’avais vu pour la dernière fois à l’arrivée des nageurs l’an dernier et ce printemps, je lui avais envoyé un petit mot d’encouragement quand j’ai su qu’il était très malade.»

Selon Mme Privé, sa renommée dépassait de beaucoup la Traversée. Jacques Amyot détenait d’ailleurs toujours une cinquantaine de records du Québec et une quinzaine de records canadiens en natation en eau libre.

«Tous ceux qui nagent en eau libre au Québec, et même ceux qui nagent en piscine, savent qui est Jacques Amyot. C’était un véritable ambassadeur pour la natation, ce n’est pas pour rien qu’une piscine porte son nom à Québec.»

Le comité organisateur de la Traversée se réunira sous peu afin de déterminer de quelle façon honorer la mémoire de Jacques Amyot lors du 65e anniversaire de l’événement en 2019. «Il faudra aussi discuter avec sa famille, mais il y aura sûrement quelque chose pour rappeler sa mémoire», assure Mme Privé.

Plusieurs exploits

Né à Québec en 1924, Jacques Amyot aurait aimé faire carrière comme cycliste, mais s’est plutôt tourné vers la nage de longue distance. Deuxième lors d’une épreuve de deux milles au lac Saint-Joseph en 1939, il est repéré par l’entraîneur Jos Lachance.

Après avoir nagé chez les amateurs, il fait le saut chez les professionnels en 1948 après avoir participé aux essais pour les Jeux olympiques de Londres en natation sur 1500 m. À l’époque, il n’y avait pas d’épreuve de longue distance aux JO.

C’est le 23 juillet 1955 qu’il réalise la première Traversée du Lac-Saint-Jean. Quelques semaines plus tard, il faisait aussi le tour de l’île d’Orléans à la nage, un périple d’une quinzaine d’heures. C’est cependant l’année suivante qu’il réalisait l’exploit qui lui a valu d’être intronisé au Temple de la renommée de l’International Marathon Swimming Association.

Il s’était alors attaqué à la traversée de la Manche entre la France et la Grande-Bretagne, une épreuve qu’il avait complétée en un peu plus de 13 heures dans de forts courants et une eau très froide. Il a répété l’exploit en 1975, à l’âge de 50 ans, cette fois en partant de l’Angleterre pour terminer en France et bouclant la boucle en une demi-heure de moins.

Au Québec, il était aussi reconnu pour avoir traversé de l’Île-aux-Lièvres à Rivière-du-Loup, avoir fait le trajet Baie Saint-Paul–Les Éboulements–L’Isle-aux-Coudres à la nage, nagé de Sainte-Anne-de-Beaupré à Québec et pour avoir nagé sur la rivière Chaudière de Saint-Georges à Vallée-Jonction.

Élu au Temple de la renommée des sports du Québec en 1993 et au Temple de la renommée de la natation québécoise en 1998, il avait été fait Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2001. Il avait aussi vu la Ville de Roberval ériger un buste en son honneur et le Gala de l’athlète de Québec créer un trophée à son nom.

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Après avoir écrit une page d’histoire le 23 juillet 1955 en devenant le premier homme à réussir la traversée du lac Saint-Jean, Jacques Amyot avait surpris le comité d’accueil en réclamant de la crème glacée!

UN PEU DE CRÈME GLACÉE APRÈS LA TRAVERSÉE!

Le 23 juillet 1955, Jacques Amyot avait franchi les 26 km de la Traversée du lac Saint-Jean entre Vauvert et Roberval en un temps très respectable de 11h32:10s. Soixante-trois ans plus tard, alors que la distance a été portée à 32 km, le vainqueur Edoardo Stochino a réalisé un chrono de 7h11. À l’époque, Jacques Amyot l’avait emporté sous de forts orages et dans un lac déchaîné, a rappelé dans un communiqué l’organisation de la Traversée, vendredi. «De cet exploit — qu’il est le seul à réussir parmi les sept nageurs partants — il dira toujours avec humilité : “Il n’y avait plus de place dans la chaloupe qui m’escortait et je ne pouvais pas y monter. Je n’ai pas eu le choix de traverser le lac!”» À sa sortie des eaux froides, le nageur avait réclamé un gobelet de crème glacée, ce qui avait été immortalisé sur une photo d’arrivée devenue tout aussi légendaire.

Gagnant de la 28e Traversée en 1982 et grand ami de Jacques Amyot, Robert Lachance a tenu à lui rendre hommage. «Nous avons perdu un pionnier de la nage longue distance reconnu pour ses exploits impressionnants, dont certains sont même méconnus. Je garderai à jamais le souvenir d’un ami authentique, à l’écoute et au sens de l’humour dont la finesse est reconnue de toutes et tous. Repose en paix Jacques, tu as complété ta dernière traversée.»  Johanne Saint-Pierre (Le Quotidien)

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