Depuis 40 ans, l’industrie de la motoneige repose sur l’implication des bénévoles qui assurent l’entretien et la signalisation des sentiers.

De nouvelles règles pour la motoneige

CHRONIQUE / L’industrie de la motoneige doit s’attendre à vivre de grands changements, à compter de l’hiver 2020, partout en province. Le président de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec (FCMQ), Mario Gagnon, et le directeur général, Stéphane Desroches, faisaient partie de la caravane de la concertation, du 14 au 18 mars, dans une boucle de 1300 kilomètres reliant les monts Valin à la réserve cri d’Oujé-Bougoumou à Chibougamau via La Passerelle du 49e parallèle.

« Au Québec, on compte 200 clubs de motoneigistes formés de 4500 bénévoles qui entretiennent 33 000 kilomètres de sentiers. La motoneige est une industrie de 3,27 milliards de dollars et l’activité est en augmentation de cinq pour cent par année depuis trois ans, pour une période d’activité oscillant entre 12 et 16 semaines. En 2017, il y avait 200 000 motoneiges immatriculées au Québec et la moitié des propriétaires ont acheté leur droit d’accès pour devenir membres d’un club de motoneigistes. C’est une industrie de 14 000 emplois directs », fait savoir Mario Gagnon.

Le modèle doit changer

Depuis 40 ans, l’industrie de la motoneige repose sur l’implication des bénévoles qui assurent l’entretien et la signalisation des sentiers. Les clubs comptent sur les droits d’accès de 325 $ de leurs membres pour financer en partie l’entretien des sentiers, l’achat de machinerie et le salaire des employés. Depuis des années, les clubs se plaignent du mauvais partage des revenus. Les petits clubs et les organisations plus au nord doivent entretenir un plus grand nombre de kilomètres de sentiers pendant une plus longue période hivernale que plusieurs clubs au sud du Québec où l’hiver est moins enneigé et moins long.

« À compter de la saison 2019-2020, nous allons vendre les droits d’accès en ligne pour tous les motoneigistes du Québec. Les membres auront encore le choix d’identifier leur club local pour le financement des activités, mais à compter de l’hiver 2020-2021, la FCMQ financera les clubs en fonction du kilométrage de sentiers entretenus et du nombre d’heures d’entretien. On va payer pour les heures d’entretien. Si le club gratte, on le paye, s’il ne gratte pas, on ne le paye pas », résume le président.

« Certains clubs de motoneige ont des revenus importants, mais leur machinerie, lors d’hivers plus doux et moins enneigés, est remisée après une saison de huit semaines. Pendant ce temps, les clubs de la Gaspésie, du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de Charlevoix et Québec, par exemple, doivent poursuivre l’entretien des sentiers pour une saison qui peut durer plus de 16 semaines », explique Mario Gagnon, qui entend changer la répartition des revenus pour atteindre un équilibre de financement entre les clubs pour l’avenir.

Tourisme

« Le gouvernement du Québec remet 40 $ par immatriculation à la FCMQ pour des revenus annuels de 8 millions $. Les clubs quant à eux se partagent autour de 21 millions $ de revenus générés par la vente des droits d’accès. La vente des droits d’accès en ligne à compter de la prochaine saison va amorcer un changement dans la façon de gérer l’entretien des sentiers en province. Les membres de nos clubs nous ont fait part que le réseau avait besoins de 40 millions $ pour des travaux d’infrastructures pour réparer des ponts et ponceaux et des portions de sentier », indique le président.

Le président de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec (FCMQ), Mario Gagnon,  s’apprête à changer le visage de la motoneige au Québec.

L’industrie de la motoneige au Québec a toujours eu une relation amour-haine avec les touristes motoneigistes. Traditionnellement, les clubs de motoneigistes entretiennent les sentiers et achètent des surfaceuses pour que leurs membres puissent se promener en toute sécurité. Les touristes étaient considérés comme des utilisateurs peu rentables qui brisaient les sentiers.

« Une étude récente réalisée pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean par Segma Recherche indique que la motoneige génère pas moins de 165 000 nuitées dans les hôtels. Les clubs qui entretiennent les sentiers ne touchent pas un sou de la taxe d’hébergement que génère l’activité motoneige », fait valoir Mario Gagnon, qui estime le nombre de nuitées provinciales à plus de 700 000.

« Une étude provinciale sera complétée en septembre 2019. À ce moment, nous aurons toutes les données en main pour dresser un portrait fidèle de la motoneige au Québec », dit-il.

Maxime Robitaille, directeur de l’hébergement à l’Hôtel Universel d’Alma, confirme l’importance du tourisme en motoneige pour la saison hivernale. « Sans motoneige, l’hiver serait dramatique pour une entreprise comme nous. Par comparaison, en juillet nous avons un achalandage de 1799 nuitées alors qu’en février 2019 nous avons enregistré 1513 nuitées tout en considérant qu’il y avait de la neige partout au Québec », dit-il.

Fin du moratoire

C’est également le 1er janvier 2020 que sera levé le moratoire sur l’immunité des clubs de motoneigistes contre les poursuites. On se souviendra que des propriétaires de maisons se plaignaient du bruit des motoneiges à proximité de leur résidence et que des sentiers étaient menacés de disparaître. « Nous avons fait nos devoirs avec les administrateurs régionaux pour assurer la pérennité des sentiers. Nous avons installé des clôtures à plusieurs endroits pour empêcher les motoneigistes délinquants de se promener dans les champs de culture ou dans les plantations afin de protéger des droits d’accès. Les moteurs de motoneiges sont moins bruyants qu’en 2004, mais nous avons cependant besoin de l’aide des municipalités pour qu’elles protègent certains sentiers dans leur schéma d’aménagement », fait valoir le président de la FCMQ.

« Avec la levée du moratoire, nous allons sûrement perdre quelques kilomètres de sentiers, mais le gouvernement ne permettra pas de mettre en danger une industrie de 3,27 milliards de dollars. Les entreprises de services comme les hôtels, les restaurants ou les postes d’essence devront elles-mêmes négocier les droits de passage pour se rendre à leur commerce s’ils veulent que les clubs entretiennent les sentiers », conclut Mario Gagnon, qui prépare son plan stratégique de développement pour l’automne.

Selon Gaston Fortin, administrateur régional et secrétaire pour la FCMQ, la région sera peu touchée par la levée du moratoire et l’achat en ligne des droits d’accès.