D’ici 2023, le gouvernement du Québec vise une réduction d’environ 18 % de la quantité moyenne de matières résiduelles éliminées par habitant.

Cure minceur pour vos vidanges

Québec impose une cure d’amaigrissement à vos vidanges. D’ici 2023, le gouvernement Legault vise à alléger la quantité moyenne de matières résiduelles éliminées par habitant de près d’un cinquième, soit environ 18 %.

Les résolutions du Nouvel An de vouloir perdre du poids fondent souvent comme du beurre dans une poêle chaude.

Mais chargé de son plan stratégique 2019-2023 publié en toute fin d’année, le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec se montre déterminé à réduire sur quatre ans de 700 à 575 kilogrammes par habitant par année (kg/hab/an) la quantité de matières résiduelles éliminées.

Ce régime minceur ne convoite pas uniquement vos poubelles que vous traînez au bord du chemin chaque semaine. Il concerne l’ensemble des déchets de toutes provenances au Québec qui ne sont pas recyclés, récupérés ou revalorisés d’une façon ou d’une autre.

La moyenne de 697 kg/hab/an consignée en 2018, par exemple, inclut les matières éliminées de source résidentielle, mais aussi les industries, commerces et institutions, les résidus de construction, rénovation et démolition (CRD), ainsi que les boues des usines d’épuration municipales. Ces boues représentent 487 000 des 5,85 millions de tonnes (t) éliminées à travers la province en 2018, soit 8,3 %.

Le ministère se fixe comme objectifs de se maintenir autour de 700 kg/hab/an pour la première année de mise en application du plan, soit 2019-2020, avant de prendre de plus grosses bouchées et de retrancher 25 kg/hab/an dès 2020-21, puis encore davantage avec 50 kg/hab/an pour 2021-2022 et pour 2022-2023. Cela permettrait d’atteindre 575 kg/hab/an au bout de quatre ans.

Dans un intervalle de quatre ans, on cible donc une perte de poids de 17,9 %. La même proportion a pourtant engraissé de 1,8 % au cours des quatre années précédentes, passant de 685 kg/hab/an, en 2015, à 697 kg/hab/an, en 2018.

Comme la population du Québec s’accroît chaque année, une réduction du ratio par habitant ne signifie pas automatiquement une diminution de la quantité totale de matières résiduelles éliminées.

Baisse de 2008 à 2015

«Le Plan d’action 2011-2015 de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles avait pour objectif de ramener à 700 kg/hab la quantité de matières éliminées d’ici 2015 et cet objectif avait alors été dépassé avec 685 kg/hab en 2015», explique la porte-parole du ministère, Raphaëlle Savard-Moisan. Un amincissement de 192 kg/hab en sept ans, soit 21,9 % de moins.

«Le Bilan 2018 produit par Recyc-Québec dévoile maintenant une quantité éliminée de 697 kg/hab en 2018. Plusieurs facteurs peuvent avoir contribué à cette augmentation [de 2015 à 2018], dont les défis actuels du secteur du recyclage accentués par la fermeture des marchés asiatiques et ceux des résidus de CRD, qui peinent à trouver des débouchés pour certaines matières. L’activité économique croissante, les aléas naturels et climatiques, tels que les inondations qui ont frappé le Québec, et bien d’autres» raisons peuvent avoir pesé, avance Mme Savard-Moisan.

Pour recommencer à faire bouger l’aiguille de la balance vers le bas, le gouvernement de la Coalition avenir Québec a annoncé dans son budget de 2019-2020 un investissement de 100 millions $ sur cinq ans pour améliorer la gestion des matières résiduelles.

L’obligation des fabricants d’électroménagers de récupérer leurs vieux appareils à compter du 5 décembre prochain, l’instauration en 2022 d’un système de consigne pour les bouteilles d’eau en plastique et les bouteilles de vin, ainsi que l’élaboration d’une stratégie de la valorisation de la matière organique, qui compose 60 % des 5,8 Mt de matières éliminées en 2018, font partie des principales mesures adoptées.

Déjà sous 600 kg/hab

Chez les municipalités, à qui revient la gestion d’une bonne part des déchets, la Ville de Québec se retrouve déjà sous la barre des 600 kg/hab/an, donc quelque 15 % de moins que la moyenne provinciale.

Après des années à 586 et à 565 kg/hab/an, en 2015 et en 2016, un soubresaut de 809 kg/hab/an en 2017 constitue une anomalie statistique «gonflée par une grande quantité de sols contaminés qui a été enfouie hors territoire en 2017 en lien avec d’importants chantiers de construction», assure le porte-parole de la ville, David O’Brien.

Ce qui lui permet de dire que même si la moyenne de matières éliminées par les citoyens de Québec en 2018 ne sera publiée par le ministère qu’en février prochain, «nous anticipons toutefois, selon nos données internes, que nous serons de nouveau sous la barre des 600 kg/hab».

Même qu’avec l’objectif de voir 82 % des matières résiduelles produites sur son territoire valorisées en 2028, contre 55 % en 2017, la Ville de Québec se voit «atteindre un taux d’élimination par habitant sous les 350 kg/an», clame M. O’Brien.

La future usine de biométhanisation, qui doit ouvrir dans le quartier Limoilou en 2022, participera à cette cure minceur en détournant de l’élimination les résidus alimentaires et les boues municipales, qui surpassent ensemble la centaine de kilos éliminés par habitant par année.

Du côté de Lévis, il a été impossible d’obtenir les mêmes données dans un délai raisonnable.