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La présidente de la Fédération interprofessionnelle en santé du Québec pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Julie Bouchard
La présidente de la Fédération interprofessionnelle en santé du Québec pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Julie Bouchard

Crise majeure aux soins intensifs de l’hôpital de Chicoutimi: le CIUSSS demande l’aide du réseau national

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean a lancé un appel à l’ensemble des partenaires du réseau de la santé du Québec afin d’obtenir des renforts pour aider le département des soins intensifs de l’hôpital de Chicoutimi à passer la fin de semaine alors qu’il fait face à une crise majeure de personnel infirmier.

La porte-parole de l’établissement, Joëlle Savard, a confirmé que le CIUSSS traversait une période difficile pour le département des soins intensifs de l’hôpital de Chicoutimi. Des membres du personnel infirmier de ce département ont décidé de se réorienter ou de quitter ce secteur, au cours des dernières semaines, alors que les 10 lits sont tous occupés.

En milieu d’après-midi jeudi, les spécialistes des soins critiques de Chicoutimi avaient écarté l’option du transfert des patients présentement traités dans ce département pour alléger la charge du personnel. Selon Joëlle Savard, cette option a été abandonnée pour le moment en raison des conditions médicales de ces malades.

Le problème est particulièrement grave dans l’offre de soins à la population. Les soins intensifs de l’hôpital de Chicoutimi constituent dans les faits, le plus important palier de services critiques de la région puisque Chicoutimi est le navire amiral du réseau régional de la santé. Ce service reçoit en général les patients qui nécessitent des soins de pointe en raison de la concentration des grandes spécialités et de l’importance du bloc opératoire, en plus du centre de traumatologie régionale.

Le transfert des patients, mis de côté pour le moment, sera toutefois de nouveau réévalué si jamais de nouveaux patients devaient recevoir des soins dans ce département. 

« Nous avons lancé un appel à nos partenaires du réseau un peu comme nous l’avons fait pendant la période de la COVID-19. Nous regardons également comment on pourrait trouver des ressources dans la région », indique la porte-parole. Elle ne pouvait toutefois pas confirmer que le CIUSSS allait demander à du personnel des soins critiques des hôpitaux d’Alma ou Roberval de prendre la relève des équipes de Chicoutimi au département des soins intensifs.

La porte-parole rappelle que le département des soins intensifs de l’hôpital de Chicoutimi a été particulièrement éprouvé pendant la deuxième vague de la COVID-19. Le personnel a été soumis à beaucoup de pression avec les cas de COVID-19 et cette situation se fait encore ressentir aujourd’hui avec les départs.

En plus des appels à l’aide lancés dans le réseau et de l’évaluation des ressources ailleurs dans la région, les intensivistes et la direction des services professionnels vérifie la possibilité de procéder à des réaménagements cliniques, l’objectif étant d’en arriver à libérer du personnel infirmier pour supporter le département en crise jusqu’à lundi matin.

Cette crise majeure aux soins intensifs survient quelques semaines avant le début de la période des vacances. La porte-parole ne s’est pas avancée concernant la situation qui prévaudra pendant la période estivale. Elle s’est contentée d’indiquer que de façon générale, le CIUSSS procédait à l’évaluation des ressources afin de déterminer les services qui seront offerts à la population pendant l’été. Joëlle Savard a rappelé qu’avant le début de la pandémie, il y avait déjà une problématique de main-d’oeuvre.

Le CIUSSS a été en mesure de combler des besoins avec les formations accélérées pour les préposés aux bénéficiaires. Il n’est toutefois pas en mesure de faire le même exercice avec les infirmières et doit attendre le recrutement à la fin de l’année scolaire.

La présidente de la Fédération interprofessionnelle en santé du Québec pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Julie Bouchard, affirme que le réseau est tout simplement en train de craquer et que les soins intensifs de Chicoutimi sont la pointe de l’iceberg.

« Nous avons eu sept démissions depuis le mois de mai et quatre dans la dernière semaine. En plus, il y a des départs en congé maladie. Ça fait beaucoup pour un département où il y a 40 infirmières. Ce n’est pas compliqué, nous sommes en situation où le personnel est en fatigue extrême, épuisement extrême et détresse extrême », précise Mme Bouchard.

La présidente de la FIQ explique que cette crise ne sera pas simple à résorber puisque le personnel affecté aux soins intensifs doit avoir une formation de plusieurs semaines.

Malgré l’état de fragilité du personnel des soins intensifs, elle affirme que l’employeur continue d’appliquer le modèle de gestion basé sur le temps supplémentaire obligatoire qui ne fait qu’amplifier la pression sur ceux et celles qui assurent toujours les services.

Julie Bouchard ne porte pas d’accusation contre les gestionnaires de l’établissement. Elle ne peut toutefois s’empêcher de rappeler que cette pénurie de main-d’oeuvre est le résultat de plusieurs années de décisions de gestion qui ont nui au recrutement et font en sorte que l’hôpital régional a un important problème dans la catégorie des infirmières et des infirmières auxiliaire et que cette situation devenue catastrophique ne se résorbera pas dans les prochains mois.


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Les membres du CA restent de glace

La situation du personnel du CIUSSS est devenue tellement difficile qu’une infirmière a tout simplement décidé d’écrire au conseil d’administration de l’établissement pour demander de l’aide et lui permettre de retrouver une vie professionnelle qui correspond à ses attentes.

Véronique Girard, une infirmière clinicienne à l’emploi du CIUSSS depuis 15 ans, voulait obtenir du Conseil d’administration une permission pour ne plus avoir à faire du temps supplémentaire obligatoire. Elle exigeait également le respect de son horaire.

L’intervention de cette infirmière a été communiquée aux membres du conseil dans le cadre de la séance régulière qui avait lieu hier en fin d’après-midi. Elle s’est adressée au conseil d’administration puisqu’elle ne semble pas avoir été écoutée par les gestionnaires de premier niveau.

L’infirmière en question travaillait dans un GMF à titre d’infirmière clinicienne. Elle a choisi ce travail pour sortir du contexte hospitalier qui est composé de temps supplémentaire obligatoire et de surcharge de travail.

Selon ce qu’elle a exprimé aux membres du conseil d’administration, elle a été « prêtée » deux jours par semaine au département A3 (cardiologie), de l’hôpital de Chicoutimi, au début du mois de mai, afin de pallier la pénurie de personnel infirmier.

Depuis, a indiqué l’infirmière, elle est retombée dans le manège du temps supplémentaire obligatoire et des horaires qui ne correspondent pas nécessairement à ses obligations familiales et à son choix de carrière. Elle a demandé clairement aux membres du conseil d’administration de lui venir en aide puisqu’elle éprouve beaucoup de stress dans cette situation qu’elle avait quitté il y a quelques années.

Les membres du conseil d’administration n’ont eu aucune réaction face à ce message de détresse d’une employée du CIUSSS. La présidente France Guay s’est contentée de reléguer l’affaire à la présidente et directrice générale Julie Labbée. Cette dernière a remercié l’employée pour son travail et a informé les membres du conseil qu’elle transmettrait le dossier immédiatement après la réunion à la direction des ressources humaines pour assurer le suivi.

Les membres du conseil d’administration n’ont pas jugé opportun d’aborder la crise importante qui secoue en ce moment le département des soins intensifs de l’hôpital de Chicoutimi. Cette crise est provoquée par le départ de plusieurs infirmières qui en ont assez de vivre exactement le même genre de situation que celle décrite par l’infirmière clinicienne Véronique Girard affectée au département de cardiologie.

Cette crise, qui couve un peu partout dans le réseau régional de la santé, ne risque pas de s’améliorer pendant la période estivale. La présidente et directrice générale du CIUSSS n’a pas été en mesure de préciser la date de la reprise du service d’hémato-oncologie à l’hôpital de Dolbeau. Julie Labbée a de plus précisé que le CIUSSS allait possiblement moduler la dispensation des services dans la région pendant la période estivale en fonction des ressources disponibles.

Le CIUSSS va débuter en fin de semaine une campagne de recrutement auprès de la population afin d’obtenir l’aide des personnes qui ne sont pas à son emploi, mais qui ont des qualifications. Il est ici question des infirmières qui travaillent dans le milieu scolaire ou dans l’enseignement. Julie Labbée a expliqué que cette campagne de recrutement a pour but d’accorder des vacances au personnel du CIUSSS qui a été mis à rude épreuve depuis le début de la pandémie. Louis Tremblay