Rémy Crête, 28 ans, sans antécédent judiciaire, a plaidé coupable vendredi, un an et demi après cette fête aux shooters flambés qui a viré au drame.

Coupable d’avoir «enflammé» ses amis lors d’une fête

Un «apprenti mixologue» s’est rendu coupable de négligence criminelle en enflammant deux de ses amis, après les avoir d’abord aspergés d’alcool fort.

D’une voix faible et nerveuse, Rémy Crête, 28 ans, sans antécédent judiciaire, a plaidé coupable hier, un an et demi après cette fête au «shooters enflammés» qui a viré au drame le 29 mai 2017.

Ce soir-là, Rémy Crête se rend fêter chez son ami Alex Bouchard-Mathurin, 20 ans, dans un appartement de la rue Bouchette dans Limoilou.

Au cours de la soirée, Rémy propose à ses amis d’essayer de faire le shooter flambé appelé sucker punch, un classique du bar L’Atelier, fait de vodka à la pomme verte, de midori, de lime et d’alcool à 94 %. À l’établissement de la Grande Allée, il est bien précisé que ce shooter flambé est servi au bar seulement.

Rémy et Alex se rendent d’abord à L’Atelier pour observer les barmans à l’œuvre. Ils vont ensuite chez Rémy chercher les ingrédients et retourne sur les lieux de la fête. 

Tous les convives consommeront plusieurs shooters flambés durant la soirée.

Alex danse avec Sarah* dans le salon. Rémy s’approche et lui verse de la vodka sur la tête.

Le garçon, tout mouillé, part se sécher à la salle de bain. Alex revient et s’asseoit sur le divan à côté de Sarah.

Rémy asperge à nouveau le couple, mais cette fois avec la bouteille d’alcool à 94%.

Quelques minutes plus tard, Rémy allume son briquet juste à côté de Sarah et Alex.

Les deux jeunes s’enflamment aussitôt à cause des vapeurs d’alcool. Alex réussit à éteindre les flammes sur son corps assez rapidement et revient aider Sarah. La jeune femme va perdre conscience pendant que ses amis éteignent le brasier allumé sur son corps.

À l’arrivée des ambulanciers, Alex et Sarah sont grièvement blessés, avec des lambeaux qui pendent. Ils sont aussitôt transportés à l’unité des grands brûlés de l’hôpital de l’Enfant-Jésus. 

Les policiers trouvent Rémy en train de vomir dans la salle de bain, fortement intoxiqué par l’alcool.

Alex Bouchard-Mathurin, 20 ans, a subi des brûlures au 2e degré au visage et au cou.

Nombreuses greffes de peau 

Sarah, brûlée au 2e et au 3e degré sur son visage, son cou, son torse, son épaule et son mollet, restera un mois et demi à l’hôpital et subira de nombreuses greffes de peau. Puisqu’elle a été incapable de marcher durant de longues semaines, la jeune femme a ensuite dû faire des mois de réadaptation pour retrouver sa mobilité.

Alex a des brûlures au 2e degré au visage et au cou. Il devra aller à l’hôpital tous les jours pendant un mois pour changer son pansement.

Rémy Crête reviendra à la cour en janvier pour l’étape des représentations sur la peine. Le crime de négligence criminelle causant des lésions corporelles est passible d’une peine maximale de 10 ans. 

La Couronne n’avait pas à imputer d’intention à l’accusé. Un individu se rend coupable du crime de négligence criminelle s’il s’écarte de façon marquée par rapport à une norme qu’une personne raisonnable respecterait, explique le procureur de la Couronne, Me Matthieu Rochette.

Sarah (nom fictif), brûlée au 2e et au 3e degré sur son cou, son torse, son épaule et son mollet, restera un mois et demi à l’hôpital et subira de nombreuses greffes de peau.

Autre cas

En 2017, un jeune homme de Québec, Frédéric-Denis Côté, a été condamné à une peine de quatre mois à purger dans la collectivité et à verser un don de 2000 $ dans une histoire un peu semblable. 

Côté avait approché son briquet d’un ami fêtard, qui, plus tôt dans la soirée, s’était volontairement renversé de l’alcool fort sur lui pour s’amuser à enflammer les taches. La victime avait été hospitalisée plus d’un mois et brûlée sur 23 % de son corps.

Frédéric-Denis Côté avait plaidé coupable à une accusation de voies de fait ayant causé des lésions.

*Prénom fictif pour protéger l’identité de la plaignante, mineure au moment de l’événement