La maison de Claude Gauthier avait fait l’objet d’une perquisition en décembre dernier.

Coup de balai chez les Hells Angels

Les forces policières commencent leur grand ménage du printemps, et c’est les Hells Angels qui ont fait les frais de ce coup de balai, mercredi.

Les policiers ont d’ailleurs épinglé Claude Gauthier et Pascal Facchino, deux membres en règle du chapitre trifluvien des Hells Angels. Arrêtés à Nicolet et à Trois-Rivières, ils seraient les têtes dirigeantes des vastes réseaux de stupéfiants qui ont été démantelés par l’Escouade nationale de répression du crime organisé (ENRCO), mercredi, dans le cadre du projet Orque.

L’ENRCO, qui s’attaque spécifiquement aux têtes dirigeantes du crime organisé dont les membres en règle des Hells Angels,  et les escouades régionales mixtes de la Montérégie et de l’Outaouais ont réalisé, mercredi, aux petites heures du matin, pas moins de 33 arrestations dans plus d’une dizaine de municipalités du Québec. Claude Gauthier est ressorti les menottes aux poignets de sa demeure du chemin du Fleuve Ouest à Nicolet. Même chose pour Pascal Facchino dont le logement est situé sur la rue Albert-Beaumier, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. Facchino est devenu un membre en règle des Hells il y a à peine un mois dans la cadre du 22e anniversaire du chapitre South. Ces deux lieux de résidence avaient déjà fait l’objet d’une perquisition en décembre dernier.

Gauthier, 51 ans, et Facchino, 44 ans, ont comparu, mercredi, au palais de justice de Montréal, sous des accusations liées au trafic de stupéfiants. Une Trifluvienne a aussi été arrêtée dans le cadre de cette opération soit Catherine Ferlatte, 34 ans, pour possession de biens criminellement obtenus.

Le projet Orque a pris racine en 2017. «L’enquête tend à démontrer qu’auparavant, le territoire des secteurs de Saint-Jean-sur-Richelieu et de Rousillon était constitué de plusieurs trafiquants de stupéfiants indépendants qui se rapportaient peu ou pas aux Hells Angels. Dans le but de s’emparer du secteur afin d’y contrôler la vente des stupéfiants en plus d’y imposer leur cut, les Hells Angels ont alors eu recours à la violence et à l’intimidation à plusieurs reprises. Le projet Orque a été amorcé en 2017 dans la foulée de cette violence», explique l’inspecteur-chef Guy Lapointe, porte-parole de l’ENRCO.

Trente-trois personnes ont été arrêtées dans le cadre du projet Orque dont les deux présumées têtes dirigeantes Claude Gauthier et Pascal Facchino du chapitire trifluvien des Hells Angels.

À la suite de ce projet mené par l’ENRCO, deux autres enquêtes parallèles en lien avec des réseaux de revendeurs ont vu le jour. Il s’agit du projet Palmaire qui a permis d’identifier trois cellules de ventes de stupéfiants dans la région de Saint-Jean-sur-Richelieu et de Rosillon. Finalement, le projet Paquebot en Outaouais visait la relève de trafiquants de stupéfiants arrêtés dans une autre opération en avril 2018.

Le point commun entre ces réseaux? «Tout est relié. Dans le fond ce qu’on constate c’est qu’à la fin, toute cette structure, que ce soit les distributeurs, les gens à l’approvisionnement, les revendeurs, les gestionnaires de territoire, peu importe le qualificatif: à la fin, en haut de la pyramide: il y a Claude Gauthier et Pascal Facchino qui sont des membres en règle du chapitre de Trois-Rivières», précise l’inspecteur-chef Lapointe.

Rappelons que Claude Gauthier  a déjà fait partie de la liste des dix criminels les plus recherchés au Québec. En effet, il a été en cavale pendant sept ans à la suite de l’opération SharQc. Finalement, il n’avait pas été accusé en raison d’un arrêt des procédures.

Il est considéré comme un membre influent des Hells Angels. «Si on regarde l’ampleur du territoire qui était contrôlé par Claude Gauthier, on comprend que c’est clairement un individu qui exerçait beaucoup d’influence. Il n’y a aucun doute là-dessus. On pourrait parler de quelqu’un qui est dans le premier tiers de la hiérarchie absolument», souligne le porte-parole de l’ENRCO.

Les Hells continuent d’en mener large, très large même. «Ce qui est clair pour nous présentement, c’est que les Hells Angels contrôlent à toute fin pratique la totalité du marché au Québec. On parle toujours de trafic de cocaïne, de trafic de méthamphétamine. Les Hells contrôlent le territoire et ils le sous-louent à des gens qui doivent payer la cut et qui, ultimement, doit remonter jusqu’aux Hells Angels.»

Des enquêtes précédentes tendent aussi à démontrer que les Hells souhaitent élargir leur emprise sur les provinces maritimes et qu’ils contrôlent aussi certains secteurs en Ontario.

Pour revenir au projet Orque, les arrestations effectuées, mercredi, suivent deux phases de perquisitions réalisées au cours de l’année 2018. En plus des domiciles de Gauthier et Facchino en décembre, le repaire du chapitre trifluvien des Hells à Saint-Cuthbert avait aussi fait l’objet d’une perquisition quelques jours auparavant. Au total, au cours de l’ensemble de l’enquête, 37 perquisitions ont été effectuées. Les policiers ont saisi 23 véhicules, près de 2 kilos de cocaïne, 120 000 $, 27 100 comprimés de méthamphétamine, 4 armes à feu, 6 vestes aux couleurs des Hells Angels et un écusson. Plus de 160 policiers ont participé à ce projet d’enquête.

Quant à son impact, il aura possiblement une influence sur l’accessibilité à la drogue. Mais les policiers s’attendent évidemment à ce que les Hells finissent par se réorganiser dans ce secteur. N’empêche, depuis que les forces de l’ordre ont complètement revu leur stratégie en janvier 2017, ils réussissent à resserrer l’étau autour des Hells. «La stratégie qui vise à éviter les mégaprocès, à s’adapter aux recommandations du rapport Bouchard et à l’arrêt Jordan, on constate que ça fonctionne. C’est 11 membres en règle qu’on a arrêtés au cours des deux dernières années.»

Et qui va prendre la relève de Claude Gauthier? «Je ne peux pas vous répondre, mais je peux vous dire qu’on est déjà à l’affût», souligne l’inspecteur-chef Lapointe.