Toute cette histoire de lettres anonymes, relatée dans une longue sentence arbitrale de 100 pages, révèle les conflits qui existent entre certains membres des grandes familles de Wendake, dont celle du grand chef Konrad Sioui.

Congédiement de deux policiers: Wendake obtient gain de cause

Le conseil de la nation huronne-wendat n’a pas à réintégrer deux policiers congédiés en 2014, en lien avec l’envoi de deux lettres anonymes, accusant des collègues de corruption, sur fond de conflit avec le grand chef Konrad Sioui.

Un arbitre de grief a rendu sa décision le 28 novembre dans ce dossier qui a défrayé la manchette. L’ancien directeur de la police de Québec, Daniel Langlais, avait procédé en 2014 au congédiement des agents Louis-Sylvain Picard et Alexandre Blouin-Dussault. M. Langlais avait été embauché en 2013 par la nation huronne pour sortir le service de police de la grave crise de confiance qu’il traversait.

Les missives, écrites par Louis-Sylvain Picard, portaient des accusations criminelles contre quatre collègues. Il était aussi question d’un présumé complot qui a mené au congédiement en janvier 2013 de l’ex-chef de police, Éric Gros-Louis, depuis reconnu coupable d’entraves, de vol et d’abus de confiance.

Le second policier remercié a, dans un rapport, accusé faussement un citoyen, en l’occurrence Haskan Sioui, fils du grand chef Konrad Sioui, d’être l’auteur de la seconde lettre anonyme. De plus, il n’a jamais dénoncé l’auteur de la première lettre dont il connaissait l’identité.

Conflits familiaux

Toute cette histoire, relatée dans une longue sentence arbitrale de 100 pages, révèle les conflits qui existent entre certains membres des grandes familles de Wendake. Plus particulièrement, le climat de tension qui existait entre Éric Gros-Louis et le conseil de la nation.

«Un nombre considérable de personnes qui ont joué un rôle dans la présente affaire, à des degrés divers, ont entre elles, des liens de parenté étroits : enfants, cousins, gendre, beaux-frères, etc.», note l’arbitre, Me Denis Tremblay.

L’un des motifs de ce conflit ouvert est lié à une intervention policière du 23 octobre 2011 où Nicolas Sioui, cousin du Grand chef, est arrêté pour conduite avec les capacités affaiblies. Le fils du Grand chef, Haskan Sioui, aussi gendre du vice-chef,  Jean Vincent, était intervenu et accusé d’entraves et de menaces contre les policiers.

Dans le document consulté par Le Soleil, Éric Gros-Louis, aurait alors affirmé à un policier qui rédigeait son rapport de ne pas «pas l’échapper, car il était tanné de la famille royale», en référence au clan Sioui.

Bonnes lors de sa nomination comme directeur en 2009, les relations de M. Gros-Louis avec le conseil se sont graduellement détériorées. Selon des témoins, son employeur lui reprochait «d’opérer en parallèle une compagnie d’excavation qui nuisait à… Nicolas Sioui. Le conseil voyait cette occupation incompatible avec la fonction de directeur de police.

Dans sa décision, l’arbitre met en contexte la théorie de l’employeur selon laquelle l’envoi des lettres n’était qu’une mise en scène dirigée par M. Gros-Louis pour faire dérailler l’enquête criminelle dont il savait faire l’objet.

Les deux policiers incriminés dans l’histoire des lettres étaient restés fidèles à l’ancien directeur congédié en 2013, ce qui expliquerait les gestes posés.

Pour ces motifs, Me Tremblay maintient le congédiement de Louis-Sylvain Picard. Il annule celui d’Alexandre Blouin-Dussault pour le substituer par une suspension sans solde de trois mois sans obligation de le réintégrer. Par contre, il recevra en salaire ce qu’il aurait gagné s’il était demeuré à l’emploi du service.