Le palais de justice de Québec

Conductrice novice en procès après un délit de fuite

Josianne Lebrun pourrait être l’antithèse du chauffard.

Jolie jeune femme de 19 ans, toute de noir vêtue à l’exception de fins souliers lilas, Josianne subit son procès pour avoir omis de s’arrêter lors d’un accident qui a grièvement blessé un piéton.

L’étudiante en administration s’exprime doucement, avec un vocabulaire précis. Ses parents sont assis dans la salle d’audience, graves et parfaitement immobiles.

À l’été 2017, Josianne, qui vient d’avoir 18 ans, a deux boulots d’été : monitrice à temps plein au camp de jour Keno près de chez elle, à Cap-Rouge, et employée dans un Walmart.

Le vendredi 21 juillet, après sa journée au camp, Josianne va faire son quart de travail au magasin à grande surface. 

Vers 21h, elle rentre chez elle et décide d’écouter un film, en pyjama, plutôt que d’aller chez un ami. Elle s’endort. À son réveil, vers 1h30, elle lit les textos de son ami, qui la convainquent d’aller le rejoindre. 

Josianne opte pour le chemin Saint-Louis, une route plus familière pour celle qui a son permis depuis un peu plus de six mois et qui conduit son Suzuki Grand Vitara depuis trois mois.

La conductrice témoigne avoir eu un bref moment d’assoupissement peu de temps après son départ. Elle choisit de poursuivre sa route puisque, dit-elle, elle se sent bien. 

À environ 500 mètres de l’autoroute Henri-IV, Josiane Lebrun dit avoir eu un second moment d’assoupissement. Elle se réveille en sentant sa roue droite avant cogner «comme quand on tombe dans un nid-de-poule», témoigne Josianne. Elle est toujours dans sa voie et n’a pas freiné, affirme-t-elle.

La jeune femme affirme que jamais, elle n’a cru avoir frappé un être humain. 

Paralysé de douleur

C’est pourtant bien le cas. Sa victime est Jean-François Gendron, 25 ans, qui marchait sur le trottoir, avec un ami et son chien. Une bande cyclable sépare le trottoir de la voie pour les automobiles.

Sous la force de l’impact, le jeune homme est projeté au sol. Certains de ses vêtements sont déchirés et il perd un soulier sous la force de l’impact.

Assis dans la salle d’audience, l’homme originaire de Cacouna reste de glace en écoutant la conductrice, y compris lors de ses excuses senties. La collision a tellement bouleversé sa vie, dit-il, qu’il préfère, pour l’instant, garder les émotions bien enfouies en lui.

Jean-François Gendron se rappelle avoir été paralysé par une douleur à la tête, résultat d’une fracture du crâne et d’un traumatisme crânien. Il a dû réapprendre à marcher. Chaque pas lui cause encore de la douleur.

La police de Québec n’a fait aucune expertise de la scène d’accident. La poursuite admet qu’un lampadaire était brûlé, ce qui diminuait l’éclairage. Il n’y avait aucun nid-de-poule sur la chaussée.

Glissière de sécurité

Après son deuxième assoupissement, Josianne Lebrun décide de retourner chez elle. Mais, dans une bretelle de l’autoroute Duplessis, elle s’endort à nouveau et heurte, dit-elle, une glissière de sécurité. 

De retour chez elle, Josianne Lebrun constate les nombreux dégâts à sa voiture, notamment un rétroviseur du côté passager presque arraché. 

Paniquée, Josianne court dans la maison chercher de la colle pour réparer le rétroviseur. Elle parle de son accrochage avec des amis au téléphone puis va se coucher.

Le lendemain, elle est incapable de rentrer travailler. Elle va plutôt refaire son trajet, deux fois plutôt qu’une. «J’ai travaillé à comprendre ce qui s’est passé et je cherchais des morceaux de ma voiture», explique-t-elle.

Pendant que sa voiture est au garage, Josianne part au chalet avec ses parents. Elle apprendra le 25 juillet que les policiers de Québec cherchent l’auteur d’un délit de fuite ayant causé des lésions corporelles. Ils ont trouvé son couvercle de rétroviseur sur les lieux.

Josianne se rend aussitôt à un poste de la Sûreté du Québec pour faire une déclaration. Elle sera formellement accusée en janvier 2018.

Josianne jure que le soir de la collision, elle n’avait pas bu ni pris de drogue. Son téléphone cellulaire était dans le porte-gobelet de son véhicule, mais ne l’a jamais distraite, assure-t-elle, car elle utilise le système Bluetooth.

Le juge Sébastien Proulx de la Cour du Québec rendra son jugement à la fin octobre.