Sylvain Desmeules et Simon Brisson des Éditions nordiques, ainsi que Gilles Gagné du journal Graffici, lors des audiences de la Commission sur l’avenir des médias qui se sont tenues à Matane lundi.

Commission sur l’avenir des médias à Matane: «Il y a urgence d’agir»

MATANE — «Il y a urgence d’agir», voilà en quelques mots ce qu’ont martelé la majorité des groupes et des individus, lundi, qui ont présenté leur mémoire devant cinq membres de la Commission sur l’avenir des médias qui s’étaient déplacés à Matane. Les commissaires ont entendu les représentants d’une douzaine de groupes qui ont proposé des pistes de solution visant à assurer l’avenir des médias du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie.

Dans l’ensemble, ils ont déploré de trop faibles effectifs journalistiques pour couvrir leurs vastes étendues de territoire. Selon le directeur de l’information de la radio CHNC à New Carlisle, il devient impossible de faire du journalisme d’enquête. «Si la corruption existe dans les grands centres, il y en a aussi en région», a fait savoir Michel Morin. De plus, même s’il a souligné que Le Soleil faisait son possible, «on n’entend pratiquement pas parler des régions dans les médias nationaux», regrette-t-il. La directrice générale de CHNC estime que les agences de publicité nationales ne connaissent pas les régions et leur réalité. «On n’est plus à l’heure d’Émilie Pronovost», a lancé Brigitte Paquet.

De l’avis du directeur général de Radio-Gaspésie à Gaspé, l’information a un prix en région : 35 % des revenus de sa station sont consacrés aux salaires des journalistes. «La rétention des journalistes est un défi parce qu’il faut offrir un salaire comparable aux grands centres, en plus d’offrir de la formation», précise Martin Roussy. D’ailleurs, sur les 33 millions $ dépensés en publicité l’an dernier par le gouvernement du Québec, il recommande que 10 % du placement publicitaire des organismes gouvernementaux et des sociétés d’État soient investis dans les médias. «Il ne faudrait pas que ce soit une intention, mais une volonté ferme», insiste-t-il. M. Roussy demande aussi à Québec d’encourager le journalisme local en garantissant au moins un emploi de journaliste dans les 33 radios communautaires du Québec. Il a aussi été question, plus d’une fois, de l’idée d’instaurer des crédits d’impôt sur la masse salariale. Certains individus et commissaires croient à un rôle accru de Télé-Québec pour collaborer à l’information régionale. 

Les GAFAM

La députée libérale de Verdun a rappelé que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ont accaparé 80 % des revenus publicitaires. «Y a-t-il des GAFAM dans la salle?» a demandé Isabelle Melançon. «Non.» Selon elle, 120 millions $ des géants du Web échappent à l’État. «Il va falloir se tenir debout, a endossé le député péquiste de Rimouski, Harold LeBel. Est-ce que le milieu municipal pourrait appuyer les médias locaux?» Le président de la Table régionale des élus municipaux du Bas-Saint-Laurent promet d’y réfléchir, notamment par rapport à la possibilité de publier de nouveau les avis publics dans les médias locaux. 

Mais, Michel Lagacé a rappelé que la crise qui secoue les médias ne date pas d’hier. «Au Bas-Saint-Laurent, les impacts sont bien tangibles, notamment avec la fermeture de trois médias écrits sur le territoire, à la suite de la vente des hebdos de Québecor au groupe Transcontinental en 2014, a-t-il mentionné. Le nombre de journalistes est aussi en chute libre avec une baisse de 22,2 % entre 2006 et 2016, passant de 90 à 70 au Bas-Saint-Laurent.»

Le responsable des dossiers numériques et de l’information des Éditions nordiques ne croit pas que l’objectif consiste à se battre contre les GAFAM. «Soixante-dix pour cent de nos entrées sur le site Web viennent de Facebook», a fait remarquer Sylvain Desmeules. Celui-ci suggère que le gouvernement maintienne et bonifie ses programmes d’aide. Le rédacteur en chef du journal Graffici estime, pour sa part, que l’austérité de Québec en 2016 a précipité la crise que vit son journal, qui est passé de 11 parutions par année à 6. Gilles Gagné souhaite un fonds des médias, mais à la condition qu’il soit apolitique et indépendant. 

La Commission sur l’avenir des médias poursuivra ses travaux à Rouyn-Noranda, en Abitibi, le 11 octobre.