Une cinquantaine de victimes présumées auraient jusqu’à présent pris contact avec Kugler Kandestin. Et l’avocat Robert Kugler s’attend à ce que davantage d’anciens élèves du Collège Servite se manifestent au cours des semaines à venir.

Collège Servite: plus de 15 M$ réclamés à des religieux

Le cabinet d’avocats Kugler Kandestin a déposé comme prévu un recours collectif de plus de 15 millions $ visant le Collège Servite, situé à Ayer’s Cliff, et la congrégation des Servites de Marie. Ayant recueilli les témoignages de plusieurs anciens élèves de cette école, la firme montréalaise allègue que de nombreuses agressions sexuelles se sont déroulées à l’intérieur de celle-ci entre 1960 et 2000.

 Dans la requête soumise par Kugler Kandestin, on nomme une quinzaine de religieux de la congrégation des Servites de Marie qui se seraient rendus coupables d’agressions sexuelles sur des mineurs. 

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Collège Servite : le nombre de religieux soupçonnés grimpe

Le nom du père Jacques Desgrandchamps a été le premier à être dévoilé par la firme d’avocats dans sa demande d’action collective en 2017. Mais on sait maintenant que la conduite des religieux Robert Desloges, André Cotton, Yvon Chalifoux, Bernard Lajeunesse, Raymond Délisle, Luc Lapalme, Paul McKeown Paul-André Mailhot, Michel Lussier, Gilles Poirier, André-Marie Syrard et René Léveillé est aussi mise en cause.

Une cinquantaine de victimes présumées auraient jusqu’à présent pris contact avec Kugler Kandestin. Et l’avocat Robert Kugler s’attend à ce que davantage d’anciens élèves du Collège Servite se manifestent au cours des semaines à venir.

« On imagine qu’il y a toujours des anciens de cette école qui ignorent qu’une action collective s’amorce. De plus, certaines victimes ne sont probablement pas encore prêtes à nous contacter. Elles avancent à leur rythme et c’est bien ainsi », déclare l’avocat Robert Kugler.

Aux yeux de ce dernier, il est clair que la direction du Collège Servite a fermé les yeux sur les agissements de membres du personnel de l’école, et ce, durant un long moment. « Notre objectif est de démontrer que ce n’était pas des cas isolés, qu’il y avait une culture d’abus. On allègue et on entend prouver qu’il y avait un laisser-aller. Cela inclut des hauts dirigeants », dit-il.

Par exemple, dans la requête, on soutient qu’un élève se rendait régulièrement retrouver le père Desgranchamps à sa chambre. « Il croisait de nombreux religieux dans l’aile des pères. Mais ceux-ci ne lui ont jamais posé quelque question que ce soit sur sa présence dans une section qui leur était pourtant réservée et n’ont rien fait pour aider ce jeune », note-t-on.

Le même élève aurait été agressé sexuellement à maintes reprises par le père Desgrandchamps à l’époque à laquelle il était pensionnaire au Collège Servite. Il affirme avoir conservé des séquelles de cette partie de sa vie. Il demeure « avec une rage intérieure » et aurait vécu une série de périodes dépressives.

À la lumière des témoignages obtenus, des religieux offraient parfois des privilèges aux élèves, ce qui incluait la consommation d’alcool, dans le but d’abuser d’eux ensuite.

L’action collective déposée exige des dommages-intérêts compensatoires pour chacune des victimes alléguées. Elle demande par surcroît qu’une somme de 15 M$ en dommages punitifs et exemplaires soit versée par le Collège Servite et les Servites de Marie.

La Tribune a demandé à Robert Kugler si des pourparlers en vue d’en arriver à une entente à l’amiable avaient déjà été amorcés, mais celui-ci a refusé de répondre, affirmant que les parties doivent habituellement préserver le caractère confidentiel de telles discussions.

La Tribune a tenté de joindre le directeur du Collège Servite, François Leblanc, jeudi en fin de journée. Il n’a cependant pas été possible de lui parler.