Collaboration avec les super-infirmières: les médecins de famille doivent être payés, dit leur fédération

Si les médecins ne sont plus rémunérés pour faire de la «surveillance générale» des activités médicales des infirmières praticiennes spécialisées (IPS), comme le souhaitent les élus, c’est tout le travail de collaboration avec ces professionnelles qui est compromis, prévient la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Mardi, une motion demandant au gouvernement de «mettre fin dans les meilleurs délais possible à la rémunération des médecins liée à la surveillance générale des activités médicales des infirmières praticiennes spécialisées en soins de première ligne» a été adoptée unanimement à l’Assemblée nationale. 

Le cabinet de la ministre de la Santé, Danielle McCann, a promis d’y donner suite, estimant que cette rémunération n’était plus justifiée dans le contexte des nouvelles responsabilités qui seront confiées aux IPS. Celles-ci pourront diagnostiquer les problèmes de santé courants et les six maladies chroniques pour lesquelles elles initiaient déjà des traitements. Le Collège des médecins a également annoncé que le patient n’aura plus à voir le médecin dans les 30 jours suivant l’amorce d’un traitement par l’IPS pour confirmer le diagnostic.

Un groupe de médecine familiale (GMF) reçoit 30 000 $ par année pour rémunérer ce que le Collège des médecins appelle de la «surveillance générale» des activités médicales de l’IPS, mais que la FMOQ préfère identifier comme du travail de «collaboration interprofessionnelle» (discussion de cas). Un autre 30 000 $ est versé au GMF pour l’utilisation d’un bureau, de matériel et de personnel par l’IPS. En 2017, les médecins de famille se sont partagé 7 millions $ pour faire de la surveillance générale ou de la collaboration interprofessionnelle avec une IPS, dénonçait la CAQ l’an dernier. 

Selon la FMOQ, si on suit la logique des élus, les médecins de famille devront maintenant s’abstenir de discuter de cas de patients avec les IPS. Elle souligne que toutes les professionnelles de la santé (infirmières, infirmières praticiennes spécialisées, travailleuses sociales, etc.) sont payées quand elles collaborent avec le médecin de famille, et qu’il est normal que celui-ci le soit aussi pour son travail. Or si les IPS sont rémunérées à taux horaire, ce n’est pas le cas des médecins de famille, qui sont payés à l’acte, à moins qu’ils pratiquent en CLSC.

Un obstacle à la collaboration

«Retirer la rémunération des médecins pour discuter de cas avec l’IPS, c’est un désincitatif et un obstacle au travail interprofessionnel. C’est contre-productif, et ça va à l’encontre de la volonté de déléguer des actes», expose le porte-parole de la FMOQ, Jean-Pierre Dion.

M. Dion souligne qu’«il n’y a pas un médecin qui fait de l’argent avec ça (la discussion de cas avec l’IPS)». Tout au plus peut-il toucher 2000 $ par année, calcule-t-il. «S’il voyait lui-même les patients, il serait payé plus cher.»

Selon lui, les élus maîtrisent mal les enjeux autour de la collaboration professionnelle entre les médecins et les IPS. «On est ouvert à discuter de la forme, du mécanisme de rémunération, mais il faut trouver une solution» pour que le médecin continue d’être rémunéré pour son travail de collaboration avec l’IPS. D’autant plus que les médecins ont une responsabilité professionnelle envers les patients qui sont inscrits à leur GMF, souligne-t-il.

L’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec (AIPSQ) partage le point de vue de la FMOQ. «C’est sûr qu’il faut qu’il y ait une certaine rémunération pour les médecins quand on doit discuter de cas avec eux», dit la présidente de l’AIPSQ, Christine Laliberté. 

Selon elle, si les IPS doivent consulter les médecins de famille, ce n’est pas tant parce qu’elles en ont besoin que parce que «les lignes directrices actuelles qui balisent le Règlement sur la pratique des IPS sont ainsi faites qu’on doit plus souvent le faire». «Mais c’est sûr que, dans le temps, on va toujours avoir besoin de référer au médecin, comme un médecin de famille doit référer au médecin spécialiste», dit Mme Laliberté.