Climatisation des CHSLD: du travail à faire, selon les retraités du secteur public

Des données obtenues en vertu de la loi d’accès à l’information font dire à l’Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP) qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour s’assurer que les aînés des CHSLD «ne voient pas leur santé mise à mal lors des périodes de chaleur intense».

L’été dernier, plusieurs dizaines de décès liés à la chaleur extrême ont été dénombrés au Québec, dont au moins un en CHSLD. Si les résidents des CHSLD ont le droit d’installer un climatiseur personnel dans leur chambre, les infrastructures ne le permettent souvent pas, notamment en raison de la vétusté des systèmes électriques.

En 2013, l’AQRP avait mené une enquête sur l’état de la climatisation dans les CHSLD, révélant qu’un peu moins de 8% des chambres étaient climatisées par l’établissement, et que 82% des centres d’hébergement étaient munis d’au moins une salle commune climatisée.

Afin de vérifier la progression de la situation six ans plus tard, l’Association a envoyé au cours des dernières semaines des demandes d’accès à l’information à l’ensemble des CISSS et CIUSSS de la province. Sur les 22 CISSS et CIUSSS, 15 ont fait parvenir des données à l’AQRP, qui les a compilées et transmises au Soleil. 

En date du 1er mai dernier, 24% des chambres des centres d’hébergement publics étaient climatisées par l’établissement, et près de 95% des CHSLD disposaient d’au moins une salle commune climatisée, en hausse de 16 et de 13 points de pourcentage respectivement par rapport aux données de 2013. 

C’est au CIUSSS du Saguenay Lac-Saint-Jean qu’on retrouve la plus grande proportion de chambres climatisées par l’établissement, avec près de 68% (292 sur 425 chambres). Vient ensuite le CISSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, avec près de 61% (1345 sur 2219 chambres). 

À l’opposé, le CISSS de Lanaudière fait piètre figure, alors qu’aucune de ses 1088 chambres n’est climatisée. Les CISSS de Chaudière-Appalaches et de la Montérégie-Centre ne font gère mieux, avec respectivement 1,7% et 1,8% de chambres climatisées (24 sur 1440 chambres et 14 sur 799 chambres respectivement). 

Dans les établissements de Montréal, c’est environ 30% des chambres des CHSLD qui sont climatisées. Pour la région de la Capitale-Nationale, l’AQRP n’a pas obtenu de données.

Peu de chambres

L’Association se réjouit que près de 100% des établissements publics d’hébergement soient munis d’au moins une pièce commune climatisée. Mais encore trop peu de chambres sont climatisées, bien qu’il y ait eu une légère amélioration, note-t-elle. 

«C’est sûr que ce n’est pas suffisant et qu’il reste encore beaucoup de travail à faire, notamment à Montréal, où il faut avoir une très grande préoccupation», souligne la présidente de l’AQRP, Rose-Mary Thonney.

Il n’empêche, les données démontrent «une sensibilisation accrue de la part des établissements et du gouvernement face aux canicules, qui ne vont pas aller en diminuant», observe Mme Thonney.

La présidente de l’AQRP est consciente que tous les établissements n’ont pas la possibilité de climatiser leurs chambres. «Mais quand il y a des rénovations, il faut penser climatisation», estime-t-elle. 

D’autres solutions comme la plantation de verdure autour de l’établissement pour diminuer la masse thermique et la protection des murs et des fenêtres pour empêcher la chaleur d’entrer peuvent aussi être envisagées, selon Mme Thonney.

À défaut de pouvoir rafraîchir davantage les CHSLD, il faut mettre en place des mesures préventives renforcées en période de chaleur extrême, dit la présidente de l’AQRP. «Il faut faire plus de tournées des chambres pour s’assurer que les aînés sont suffisamment hydratés, qu’ils sont en forme, qu’ils vont faire un tour dans la salle commune climatisée. […] C’est un droit pour les aînés que de pouvoir passer à travers une canicule sans y laisser sa vie.»

Procédure

En avril, Le Soleil rapportait qu’en prévision de la saison estivale, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) avait demandé aux établissements ayant une mission de soins de longue durée d’élaborer avant le 31 mai une procédure permettant de faire face aux épisodes de chaleur extrême. Il réclamait notamment que tous les CHSLD soient munis d’au moins un espace commun frais, climatisé ou déshumidifié, et que «des mesures d’ordre préventif, de surveillance, de vigie et de formation du personnel» soient mises en place.

Pour 2018-2019, le MSSS a alloué une enveloppe budgétaire de 35 millions $ pour réaliser des projets de rénovation fonctionnelle mineure en CHSLD. Selon une porte-parole du ministère, Noémie Vanheuverzwijn, «l’ajout de climatiseurs pour créer des zones refuges est l’une des priorités de cette enveloppe budgétaire».