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Le juge Michel Boudreault entend prendre les grands moyens pour assurer la quiétude d’un couple et de leurs trois jeunes enfants terrorisés par leurs voisins.
Le juge Michel Boudreault entend prendre les grands moyens pour assurer la quiétude d’un couple et de leurs trois jeunes enfants terrorisés par leurs voisins.

Chicane de voisins: un couple pourrait être banni de sa maison durant trois ans

Normand Boivin
Normand Boivin
Le Quotidien
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Un couple de harceleurs, qui a fait vivre un véritable enfer pendant cinq ans à ses voisins, risque de se voir interdire l’accès à sa résidence pour les trois prochaines années s’il ne change pas son comportement.

« C’est terminé. Ça s’arrête ici. Je ne vais pas pelleter ce problème en avant », a averti le juge Michel Boudreault en s’adressant à Johanne Turcotte et Daniel Parent. Je ne vous cacherai pas que je réfléchis à la légalité de vous interdire de retourner à votre domicile pour une période de probation de trois ans. On en est rendus là. Mais vous avez encore deux mois pour me prouver des choses et je vous invite à étudier toutes les avenues possibles, comme de vendre votre résidence et quitter », a dit le magistrat, avant de reporter le prononcé de la sentence au 16 juin.

Mercredi, les deux individus ont plaidé coupables aux accusations de harcèlement contre leurs voisins du rang Saint-Joseph, à Saint-Fulgence, avec l’intention, selon leur avocat Charles Cantin, de mettre l’histoire derrière eux. Mais malgré ces bonnes dispositions, Me Cantin en a eu plein les bras pour retenir ses clients qui ne cessaient d’interrompre le juge afin de se justifier et de trouver des excuses.

Habitué de gravir des sommets à travers le monde, Charles Cantin a dû puiser dans ses ressources pour passer à travers cette cause — « sa pire de la semaine » —, qualifiée de jamais vue par les procureurs en poursuite et en défense, ainsi que par le juge lui-même.

Du couple, c’est madame qui fut la plus active, selon les plaignants. Il ne se passe pas une journée sans qu’elle les épie et leur lance des insultes, à tel point que leurs enfants en étaient terrorisés à l’idée d’aller jouer dehors.

« Monsieur le juge, les victimes sont devenues prisonnières de leur maison. Elles ne peuvent en sortir et ne peuvent la vendre, car ces voisins-là sont devenus un vice caché », a plaidé la procureure aux poursuites criminelles et pénales, Me Marie-Ève St-Cyr.

« Quand j’ai connu mon mari, jamais je n’avais eu peur de rester seule. Je couchais même seule au chalet sur les monts Valin. Mais là, je barre mes portes, je ferme les rideaux des fenêtres (monsieur travaille en forêt et couche à la maison un soir sur deux). Je vis du stress et de l’anxiété. Un soir, j’ai dû demander à mon père de venir coucher à la maison. Ç’a perturbé ma concentration au travail et mon employeur m’a même suggéré de prendre un congé maladie, mais j’ai refusé, car je ne veux pas être à la maison », a raconté, en sanglots, la femme du couple victime.

« Mais ce qui m’a fait le plus mal, c’est l’impact que ç’a eu sur mes enfants. Nous sommes en campagne et nous avons un grand terrain, mais ils ont peur d’aller jouer dehors. Vous n’avez pas d’idée combien ça fait mal à une mère. L’an dernier, nous n’avons pas soupé sur notre patio... peut-être une fois. »

La femme, qui travaille dans le domaine de la santé, a été perturbée quand elle a constaté que sa fille de huit ans avait eu un comportement intimidant à l’endroit du petit-fils de sa voisine. « Elle s’est sentie obligée de nous défendre contre les gens d’à côté. Nous avons dû demander de l’aide pour elle. »

Chicane de clôture

Comme bien des conflits de voisinage, l’histoire a commencé par une chicane de clôture. En 2008, le couple qui a grandi à la campagne décide d’acheter la maison voisine de celle des Turcotte-Parent, et est alors avisé par l’agent d’immeuble qu’il y a un empiètement de la part du voisin.

« Ma conjointe et moi, nous voulions nous installer à la campagne pour y fonder une famille », a expliqué l’époux, un homme à la forte carrure qui a impressionné le juge par son absence d’agressivité. « Ç’a bien été les cinq premières années, mais quand j’ai voulu régler le problème (d’empiètement) en plantant une haie de cèdres (en lieu et place d’une clôture qui zigzaguait entre les deux terrains), ç’a explosé. »

L’homme a expliqué que l’empiètement n’était pas important, mais suffisant pour l’empêcher de construire un garage. Il se disait prêt à signer un papier pour qu’un bâtiment du voisin qui empiétait sur son terrain reste en place, mais il voulait récupérer le reste de son terrain, ce qui représentait en moyenne trois pieds sur toute la longueur. Rien n’y fit.

Le ton a monté et les qualificatifs de « trou-de-cul » et de « plein de marde » venaient à leurs oreilles dès qu’ils mettaient le nez dehors, même en présence de leurs jeunes enfants. Il n’y a cependant jamais eu d’acte violent ni des agresseurs ni des victimes.

« L’événement le plus horrible est survenu en septembre 2015 lorsque M. Parent est venu menacer de poursuite ma femme enceinte de six mois alors que j’étais absent », a raconté l’homme avec de l’émotion dans la voix.

Un jugement d’une cour civile a tranché le débat en sa faveur en 2016, mais les voisins ne l’ont jamais accepté. Loin d’arrêter, les insultes ont continué de plus belle.

En 2017, le couple a décidé d’installer une clôture de six pieds pour avoir la paix. Une entreprise spécialisée a alors planté une trentaine de poteaux dans des trous remplis de ciment que Mme Turcotte a arrachés un à un avant que le béton prenne, obligeant l’entrepreneur à reprendre les travaux en excavant de nouveaux trous, un méfait pour lequel elle a plaidé coupable et a été soumise à une ordonnance de garder la paix pendant un an.

« On n’en revenait pas, l’entrepreneur et moi. Il n’avait jamais vu ça. Il a fallu que je paye un surplus et il en a assumé une partie », a poursuivi la victime.

Pendant son année de probation, la voisine a cessé ses insultes, mais s’est mise à fixer le couple et leurs enfants par dessus la clôture, puisque les patios des deux maisons sont à bonne hauteur. « Et quand l’année (de probation) a fini, ç’a recommencé. »

L’oeil de Caïn

« C’est incroyable, elle nous fixe sans arrêt. Elle peut passer cinq à six heures à nous fixer quand on se baigne. C’est à tous les jours. Le matin, je pars travailler à 5h45, elle est là. Quand j’arrive le soir, elle m’attend. »

À bout, le couple songe à vendre. C’était notre rêve, mais on n’a pas le choix. « Ces gens-là, c’est un vice caché. On doit le déclarer aux vendeurs. La maison est invendable ou elle va perdre de la valeur. Nous sommes prisonniers. »

« C’est à contrecœur que nous allons vendre notre maison. Nous sommes les victimes, mais c’est nous qui allons payer », a ajouté madame.

Après avoir entendu les deux victimes, le juge, dont on a pu lire le découragement sur le visage à quelques reprises, leur a demandé ce qu’elles voulaient comme sentence.

« Nous ne voulons pas qu’ils aillent en prison. Ça ne donnerait rien et ça ne règlerait pas le problème, ils recommenceraient. Nous voulons qu’ils partent », ont-ils répondu.

Me Cantin a tenté de rassurer le couple, affirmant qu’il « travaille » avec ses clients pour que les problèmes cessent une fois pour toutes et qu’ils retrouvent leur quiétude.

« Est-ce que ça s’est amélioré depuis trois-quatre mois? »

« Oui, à part un ou deux petits incidents », ont répondu les victimes.

« Ma cliente a été touchée en apprenant que ça affecte vos enfants. Elle n’a jamais voulu s’en prendre à eux. Vous ne devriez plus les craindre; il y a une volonté... Il faut qu’elle (Mme Turcotte) comprenne bien que vous voulez avoir la paix. Je pense qu’il y a moyen de vivre de façon plus paisible et que vous pourrez manger dehors cet été », a ajouté l’avocat.

Avant de mettre un terme au procès, le juge Boudreault a invité les deux accusés à le « surprendre » au cours des deux prochains mois et a informé les victimes qu’elles doivent noter tous les incidents.