Cynthia Patterson, qui se bat pour les services ferroviaires en Gaspésie depuis 34 ans, exhorte le gouvernement Legault à accélérer la réfection du chemin de fer jusqu'à Gaspé.

Chemin de fer en Gaspésie: les citoyens veulent un retour plus rapide

GASPÉ — Environ 150 personnes ont participé dimanche à Gaspé au rassemblement citoyen visant à réclamer une accélération des travaux de réfection de la voie ferrée en Gaspésie, afin de réduire considérablement le délai de sept ans suggéré par le premier ministre du Québec, François Legault, le 25 avril.

Le rassemblement a été pensé par les dirigeants régionaux des trois partis de l’opposition à l’Assemblée nationale : le Parti québécois, Québec solidaire et le Parti libéral. Les politiciens ont toutefois largement laissé la place aux citoyens lors des allocutions. Les gens veulent un retour du train à Gaspé avant 2026.

Cynthia Patterson, du secteur Barachois de Percé, a rappelé qu’il y a maintenant «34 ans et un mois que j’ai commencé à travailler pour la protection des services ferroviaires en Gaspésie. Nous nous sommes battus pour les gares, contre le démantèlement des rails, pour garder le wagon-restaurant, pour garder le wagon-bagages, pour garder le train de Via Rail et le service de marchandises. Et nous nous battons encore».

Le gouvernement du Québec a mis en dormance la portion Caplan-Gaspé du réseau ferroviaire gaspésien, soit 60 % du parcours Matapédia-Gaspé en se portant acquéreur de cet axe, en mars 2015. Or, les besoins des clients industriels gaspésiens situés sur cette portion en dormance sont en très forte croissance depuis 2016.

De plus, le service de passagers de Via Rail est suspendu depuis 2013 en raison de l’état de certains ponts. C’était pourtant, et de loin, le train régional le plus achalandé du transporteur fédéral, le nombre d’utilisateurs étant plus élevé sur le parcours gaspésien que dans les trains du Saguenay et de l’Abitibi réunis.

«En plus du développement économique, nous en avons besoin pour les gens, qui s’en servent pour visiter la famille, mais aussi pour avoir accès à certains services de santé. En raison du contexte général des transports en commun en Gaspésie, et des coupes à Orléans Express, c’est devenu difficile de voyager ici […] Qui va passer 17 heures en autobus?» ajoute Cynthia Patterson.

Elle a dénoncé de plus le manque de vision des gouvernements. «Nous sommes l’un des seuls endroits au monde où nous sommes forcés de faire des profits avec le réseau ferroviaire […] Ailleurs, c’est vu comme un service essentiel».

«Rire du monde»

Gilles Lamy, un cheminot à la retraite ayant fondé la Coalition des Gaspésiens pour l’avenir du train, estime que prendre sept ans pour rétablir le service ferroviaire jusqu’à Gaspé, «c’est rire du monde». Rappelant les mots de l’historien Jean-Marie Fallu, à l’effet qu’entre 1907 et 1911, avec des moyens limités, les gens de l’époque ont réussi à construire les 125 kilomètres de chemin de fer entre Port-Daniel et Gaspé, M. Lamy a statué qu’en 2019, on pouvait aller bien plus vite.

«On a construit 25 ponts à l’époque et là, on n’a qu’à faire la réfection, avec les moyens d’aujourd’hui», tranche M. Lamy.

Autre membre fondateur de la Coalition des Gaspésiens pour l’avenir du train, Bernard Babin s’est adressé symboliquement au premier ministre. «M. Legault, je vous mets au défi de remettre le train en marche à Gaspé en un an.» Il s’est appuyé sur des exemples de réfection plus considérable qu’en Gaspésie, comme la voie ferrée Winnipeg-Churchill, réparée en un peu moins d’un an.

Tony Savino, vice-président de la Centrale des syndicats nationaux (CSN) en Gaspésie, a souligné que «le REM [Réseau express métropolitain] et le pont Champlain ont reçu des milliards de dollars à Montréal alors que nous, ici, on reçoit des miettes. Et on est supposés prendre ça comme une faveur». 

M. Savino a indiqué que la CSN mobilisera ses milliers de membres en Gaspésie si c’est nécessaire pour accélérer la réfection du chemin de fer.

Geoff Clayden, de Québec solidaire, a noté que pendant des décennies, les lobbys de l’auto et du pétrole avaient tout fait pour nuire au transport ferroviaire. «Il est temps de remettre les pendules à l’heure. Le rétablissement du train s’inscrit dans ce mouvement.»

La députée péquiste de Gaspé, Méganne Perry Mélançon, précise que «la problématique du train en Gaspésie, ce n’est plus un luxe, c’est essentiel». Elle suivra de près la rencontre du 21 août entre la Société du chemin de fer de la Gaspésie, une entité municipale exploitant les trains de marchandises sur la portion active du réseau, et des représentants de l’État québécois, dont François Legault.

Après sa déclaration du 25 avril, qui avait déclenché bien des déceptions, le premier ministre a exprimé son désir de voir à l’accélération des réparations au chemin de fer gaspésien.

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RETOUR SUR SIX ANS SANS TRAIN

Le gouvernement libéral de Philippe Couillard a débloqué 100 millions $ pour la réfection de la voie ferrée Matapédia-Gaspé le 5 mai 2017, soit un peu plus de deux ans après avoir mis 60% de ce réseau en dormance. Pourtant, en 2015, les possibilités de développement du trafic de marchandises étaient en croissance, puisque la cimenterie de Port-Daniel était en construction à ce moment. En 2016, un autre gros client s’est manifesté, la manufacture de pales éoliennes de LM Wind Power à Gaspé, qui expédie l’ensemble de sa production dans le sud des États-Unis.

Dans le cas de LM comme pour Ciment McInnis, les pales et le ciment sont transportés par camion de Gaspé et Port-Daniel vers des points où le réseau est fonctionnel, soit New Richmond, principalement, et Nouvelle à un moindre degré. Ces ruptures de charge entraînent toutefois des coûts supplémentaires importants, qu’il serait possible d’éviter si les marchandises étaient chargées au point d’origine ou tout près.

De plus, l’état de certains ponts a incité Via Rail à suspendre son service entre Matapédia et Gaspé, d’abord entre New Carlisle et Gaspé en décembre 2011, puis entre Matapédia et New Carlisle, en septembre 2013. Ce service est donc interrompu depuis près de six ans. 

En confiant les 100 millions $ au Bureau québécois des infrastructures, le gouvernement québécois a pris une voie qui est caractérisée par un ensemble d’étapes qui prennent passablement de temps, dont la reprise des études sur l’état des ponts. C’est ce processus que les Gaspésiens veulent accélérer. Leur réseau ferroviaire mesure 325 kilomètres.