Le crabe des neiges a toujours la cote auprès des consommateurs québécois.

Certification écologique suspendue pour le crabe des neiges

GASPÉ – Les amateurs de crabe des neiges chercheront en vain l’étiquette bleue de la Marine Stewardship Council (MSC) sur le crustacé capturé ce printemps dans le sud du golfe Saint-Laurent. L’organisme a suspendu sa certification de pêche durable à la suite des mortalités de baleines noires en 2017.

La pêcherie ne répond plus aux critères du MSC sur les espèces menacées, indique l’organisme. L’industrie de la pêche au crabe a 90 jours pour présenter un plan d’action correctif. Au-delà de ce délai, le MSC peut lever la suspension ou annuler pour de bon la certification.

Douze baleines noires, une espèce en voie de disparition, ont été retrouvées mortes dans les eaux canadiennes en 2017. Des menaces d’origine humaine pèsent sur cette espèce : l’empêtrement dans des engins de pêche au crabe et la collision avec des navires.

Le vice-président de l’usine E. Gagnon et Fils de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, Bill Sheehan, ne s’inquiète pas trop de la suspension. «À court terme, ça ne change pas grand-chose. Notre crabe se dirige surtout vers le Japon et les États-Unis. La certification MSC, ça fait bonne presse, je ne dis pas que ce n’est pas important. Mais on n’a pas beaucoup de clients qui exigent ça.»

La certification MSC est surtout demandée en Europe, une destination marginale pour le crabe transformé au Québec. 

Les marchés seront preneurs de toute façon, prévoit M. Sheehan. «Il y aura pratiquement deux fois moins de crabe à vendre. Il va y avoir une pénurie sur les marchés.»

En 2017, les crabiers du sud du golfe ont pu prendre deux fois plus de crabe qu’en 2016. Les captures autorisées reviendront près de la normale cette année. Si le prix reste fort, le quota présumé de 25 286 tonnes métriques entraînera des retombées de 280 millions $ dans quatre provinces, incluant les Gaspésiens et Madelinots du Québec.

L’industrie craint davantage une suspension de la pêche sur de grands quadrilatères si une baleine noire meurt ou est observée, un scénario évoqué par les fonctionnaires de Pêches et Océans Canada le mois dernier.

«Il reste que [les usines] ont besoin de crabe. La pire conséquence, ce serait que la pêche soit arrêtée dans certains quadrilatères», déclare Jean-Paul Gagné, directeur général de l’Association québécoise des industriels de la pêche (AQIP).

L’industrie demande à Ottawa d’ouvrir la pêche au crabe dès le 10 avril, afin de capturer un maximum des quotas avant l’arrivée des baleines noires dans le golfe.