Le constructeur japonais Nissan a abandonné son projet de produire l'un de ses modèles, le crossover X-Trail, dans son usine de Sunderland (nord-est de l'Angleterre), sa principale implantation européenne.

Brexit: Nissan annule ses plans pour le X-Trail au Royaume-Uni

LONDRES — Nissan a annoncé dimanche qu’il annulait ses plans pour la production de son VUS X-Trail au Royaume-Uni, un coup dur porté à la première ministre britannique Theresa May, qui s’est battue pour que ce modèle soit construit dans le nord de l’Angleterre alors qu’elle cherchait à renforcer la confiance dans l’économie britannique en vue de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Nissan a annoncé qu’il consoliderait la production de la prochaine génération de X-Trail dans son usine de Kyushu au Japon, où le modèle est actuellement produit, ce qui lui permettra de réduire les coûts d’investissement dès les premières étapes du projet.

Cela annule la décision prise fin 2016 de construire le VUS dans l’usine Nissan de Sunderland, dans le nord de l’Angleterre. Cette usine continuera à fabriquer les modèles de multisegments Juke et Qashqai. L’annonce faite dimanche ne faisait mention d’aucune mise à pied liée à la décision concernant le VUS X-Trail.

Toutefois, le président de Nissan en Europe, Gianluca de Ficchy, a affirmé par communiqué qu’il s’agissait d’une décision prise pour des raisons commerciales, tout en ajoutant que «l’incertitude persistante entourant les relations futures entre le Royaume-Uni et l’UE n’aide pas les entreprises comme la nôtre à planifier l’avenir».

«Nous avons pris cette décision pour des raisons économiques, mais l'incertitude persistante autour des futures relations du Royaume-Uni avec l'UE n'aide pas des entreprises comme la nôtre à planifier l'avenir», a justifié M. de Ficchy.

L'usine de Nissan à Sunderland — qui a voté à 61 % en faveur du Brexit en 2016 — emploie environ 7000 personnes et sort 500 000 véhicules par an, dont 55 % sont exportés vers l'UE, sans droits de douane, ce qui pourrait changer si le Royaume-Uni rompt avec les 27 sans accord.

«Les conservateurs ont bâclé les négociations [avec Bruxelles] et la menace d'un no deal engendre de l'incertitude et nuit à l'économie britannique», a déploré le chef de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, sur Twitter.

La décision de Nissan, d’abord rapportée par Sky News, constitue un revers majeur pour le gouvernement conservateur de Mme May, qui avait souligné l’annonce faite par Nissan en 2016 de la production à Sunderland — plusieurs mois après le référendum sur le Brexit — comme une démonstration que les principaux constructeurs avaient toujours confiance en l’avenir économique du Royaume-Uni.

Censé quitter l'UE le 29 mars, le Royaume-Uni est dans le flou total quant à la forme que prendra le Brexit, les députés britanniques ayant massivement rejeté mi-janvier l'accord de divorce négocié avec Bruxelles par Mme May.

«Accord équitable»

La dirigeante conservatrice tente depuis de rouvrir les négociations avec l'UE sur le texte afin de parvenir à un compromis susceptible de rallier une majorité parlementaire.

«Je suis déterminée à mettre en oeuvre le Brexit, et déterminée à le mettre en oeuvre dans les temps — le 29 mars 2019», a-t-elle écrit dimanche dans le Sunday Telegraph, écartant la possibilité d'un report, comme l'ont suggéré plusieurs responsables politiques.

«Quand je retournerai à Bruxelles, je me battrai pour la Grande-Bretagne et l'Irlande du Nord, je serai armée d'un nouveau mandat, d'idées nouvelles et d'une détermination renouvelée pour convenir d'une solution pragmatique qui mette en oeuvre le Brexit», a-t-elle insisté.

Mme May s'appuie sur un amendement voté mardi au Parlement qui demande des «arrangements alternatifs» au «filet de sécurité» (ou backstop), une clause controversée, côté britannique, visant à éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord britannique et la République d'Irlande.

Mais Bruxelles lui a jusqu'ici opposé un refus catégorique, réitéré dimanche par Berlin. «Si les Britanniques veulent éviter un Brexit désordonné, notre offre est sur la table», a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, à des médias allemands. «Nous avons négocié un accord de Brexit équitable.»

La reine évacuée?

Theresa May s'est engagée à faire voter un accord remanié «dès que possible». Dans le cas où elle ne l'obtiendrait pas d'ici au 13 février, les députés voteront le 14 février sur la suite à donner au Brexit.

Mais à moins de deux mois de l'échéance, un échec pourrait entraîner une sortie sans accord, une hypothèse redoutée par les milieux économiques.

Les relations économiques entre Bruxelles et Londres seraient alors régies par les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), bien moins avantageuses que le dispositif actuel, basé sur la libre circulation des biens.

«Nous serions capables de gérer un tel scénario mais il ne serait pas dans notre intérêt de s'engager sur cette voie», a déclaré le ministre du Commerce extérieur, Liam Fox, sur Sky News.

L'annonce de Nissan est la dernière d'une série de mauvaises nouvelles accablant l'économie britannique.

Fin janvier, Airbus a averti de décisions «très douloureuses» en cas de Brexit sans accord, tandis que Sony a décidé de déménager son siège européen hors du pays.

Le britannique Jaguar Land Rover a prévu d'arrêter sa production pour une semaine en avril, et Toyota a également prévenu d'une interruption temporaire de sa production en cas de Brexit dur.

Le Sunday Times évoque lui un projet d'évacuer la reine Elizabeth II de Londres en cas d'émeutes provoquées par un no deal. Interrogé par l'AFP, le palais de Buckingham n'a pas commenté.