Une usine de Bombardier à Montréal, jeudi

Bombardier élimine 2500 emplois au Québec

MONTRÉAL - La cure minceur chez Bombardier pourrait aller plus loin que l’élimination de 5000 emplois, dont 2500 au Québec et 500 en Ontario, ainsi que la vente de deux actifs, dont le programme d’avion turbopropulsé Q400.

En plus d’annoncer une troisième restructuration d’envergure depuis 2015 et deux transactions lui permettant de récolter environ 900 millions $ US, jeudi, l’avionneur a également prévenu qu’il réfléchissait à ses options avec les CRJ.

Ces jets régionaux, qui peuvent transporter jusqu’à 90 passagers selon leur configuration, ont été pendant de nombreuses années le fer de lance de Bombardier dans le secteur de l’aviation commerciale.

«Nous devons réduire nos coûts avec le CRJ, a prévenu le président et chef de la direction de l’entreprise, Alain Bellemare, au cours d’une conférence téléphonique visant à commenter les résultats du troisième trimestre. Nous devons obtenir des changements avec nos fournisseurs.»

Dans le secteur des avions commerciaux, ce programme est désormais le seul entièrement contrôlé par Bombardier étant donné que la C Series est passée dans giron d’Airbus et que le Q400 est vendu à Viking Air.

Ces appareils régionaux sont assemblés à Mirabel, dans les Laurentides, par plus de 1000 syndiqués.

Interrogé par les analystes, M. Bellemare a affirmé que les compagnies aériennes appréciaient la famille des CRJ, mais que Bombardier voulait être en mesure de générer une pleine valeur pour ce programme.

«Nous étudions nos options stratégiques, a-t-il dit. Cela est toujours sur la table. Je ne veux pas spéculer davantage.»

En point de presse à Montréal, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a affirmé qu’il n’était pas au courant des intentions de Bombardier, tentant au passage de minimiser les intentions de l’avionneur.

Au cours de la dernière année, l’avionneur québécois avait recruté 1000 personnes dans le cadre de l’accélération de la production de son avion d’affaires Global 7500.

Dans le néant

En sabrant 5000 emplois, le constructeur d’avions et de trains, dont le plan de redressement doit culminer en 2020, croit pouvoir économiser annuellement 250 millions $ US au terme de la restructuration, d’ici 18 mois.

«Avec les mesures annoncées, nous sommes confiants d’être en mesure d’atteindre nos objectifs», a analysé M. Bellemare.

Tous les sites québécois de l’entreprise, dont Dorval et Mirabel, devraient être touchés. À l’échelle mondiale, environ 75 pour cent des suppressions d’emplois auront lieu dans le secteur aéronautique.

La multinationale, qui dit tourner la page sur une période de grands investissements pour les programmes C Series et Global 7500, compte entre autres redéployer des ingénieurs vers son secteur des jets d’affaires.

Au Québec, la division aéronautique de Bombardier compte environ 15 000 employés.

Surpris par l’ampleur des licenciements, le coordonnateur québécois de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA), David Chartrand, a critiqué Bombardier pour ses manières «cavalières».

«On ignore les détails de la restructuration, a-t-il déploré pendant un entretien téléphonique. Ce que Bombardier fait, c’est de mettre tout le monde sur le qui-vive. Ce n’est pas logique de faire cela aux travailleurs.»

M. Chartrand a assuré que le dossier sera abordé alors que le syndicat et l’employeur doivent se rencontrer pour une première fois le 19 novembre dans le cadre de négociations visant à renouveler le contrat de travail de milliers de travailleurs.

Recentrage

Tournée vers sa division ferroviaire et des jets d’affaires dans le cadre de son plan de redressement, Bombardier a décidé de laisser aller son programme d’avions à hélices en le cédant à la britanno-colombienne Viking Air pour environ 300 millions $ US.

«Nous croyons que cette compagnie est le bon propriétaire pour ce programme, a dit M. Bellemare. Nous les connaissons bien. Ils avaient acquis (l’avion-citerne) CL-415 en 2016. Ils vont respecter les engagements du carnet de commandes.»

En plus du Q400, Viking Air met la main sur les Dash 8, 100, 200 et 300.

Dans une deuxième transaction, l’avionneur a cédé ses activités concernant la formation de techniciens et de pilotes pour ses avions d’affaires à la multinationale québécoise CAE, empochant au passage près de 645 millions $ US.

Plusieurs questions subsistaient quant à l’avenir du Q400 puisque Bombardier avait annoncé la vente de son site torontois de Downsview, où s’effectuait l’assemblage de ces appareils et des jets d’affaires Global.

Si un nouveau site avait été désigné en sol ontarien pour le Global, le constructeur d’avions et de trains se limitait à dire qu’il désirait réduire les coûts de production de ses avions à hélices, sans fournir plus de détails.

Viking Air devrait continuer d’assembler le Q400 en Ontario jusqu’en 2021, mais par la suite, c’est l’entreprise qui décidera où ce travail s’effectuera.

«Bombardier n’a jamais été en mesure de donner l’élan nécessaire à ce programme», a commenté Richard Aboulafia, de la firme américaine Teal Group, qui ne s’est pas montré surpris de la vente du Q400.

L’analyste a néanmoins affirmé que les transactions annoncées jeudi ne signifiaient pas pour autant que l’entreprise allait jeter l’éponge du côté du CRJ.

Entreprises dans cette dépêche: (TSX:BBD.B, TSX:CAE)

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Le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare

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RÉACTIONS POLITIQUES 

Le gouvernement Legault doit rapidement poser des gestes concrets afin de soutenir les travailleurs de Bombardier et garder leur expertise au Québec, a prévenu jeudi la porte-parole libérale en économie, Dominique Anglade.

La multinationale québécoise a annoncé jeudi qu’elle a l’intention de sabrer 5000 emplois dans le monde - dont environ 2500 au Québec - en plus de se départir d’actifs, dont le programme d’avion turbopropulsé Q400.

«Les gens qui perdent leur emploi ont une expertise qu’ils ont développée au fil du temps, et il va falloir qu’on soit capable de maintenir cette expertise-là au Québec, a-t-elle déclaré.

«De quelle manière? C’est ça qu’il faut regarder présentement. Est-ce que c’est avec d’autres entreprises, en s’essayant avec des projets d’innovation, il faut sortir des sentiers battus.»

Le gouvernement caquiste a la responsabilité d’être «extrêmement proactif» dans ce dossier, selon elle, et démontrer qu’il a la volonté ferme de poursuivre le développement du secteur de l’aérospatial au Québec.

De son côté, le chef intérimaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé, estime que l’abolition de 2500 postes dans la province est une «catastrophe». Il demande à ce que le premier ministre François Legault s’implique personnellement dans le dossier.

En point de presse à l’Assemblée nationale jeudi, le co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, a manifesté sa colère.

«Plus tôt cette semaine, c’était Rona. Il va y en avoir un autre la semaine prochaine, et un autre la semaine d’après si on ne change pas ce modèle où il y a des soi-disant fleurons du Québec inc. qui viennent faire du chantage devant le gouvernement, on leur donne de l’argent à peu près sans compter, on demande peu ou pas de garanties et après on s’étonne qu’on se soit fait avoir», a-t-il déclaré.

Le PQ et QS ont tous deux affirmé n’avoir aucune sympathie pour les dirigeants de Bombardier, qui se sont enrichis avec l’argent des contribuables, selon eux.

«En 2017, les cinq plus hauts dirigeants de Bombardier se sont octroyé ensemble 40 millions $ en salaires», a pesté M. Nadeau-Dubois.

Le ministre caquiste de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, doit réagir à Montréal vers 12h30.

«Où est le gouvernement de la @coalitionavenir depuis ce matin pour expliquer ce qu’il compte faire pour soutenir les travailleurs de Bombardier? Silence radio», a gazouillé le chef intérimaire libéral, Pierre Arcand.