Bitume Québec veut uniformiser les pratiques d'entretien des routes

Bitume Québec, l'organisme réunissant les acteurs de l’industrie du pavage et de l’entretien des routes, propose de mettre sur pied un programme de «formation de pointe» qui serait destiné aux gestionnaires et employés dans le domaine des travaux publics. Potentiellement étendu à toutes les municipalités du Québec, l'initiative aurait surtout pour but d’uniformiser les pratiques sur les chantiers.

Des centaines de municipalités de petite taille n’ont pas nécessairement les moyens de leurs ambitions pour gérer les chantiers routiers sur leur territoire actuellement, plaide l’association. Ce manque à gagner aurait trop souvent pour effet d'arriver à des résultats «qui ne sont pas à la hauteur des attentes» des citoyens, selon le groupe.

«C’est un enjeu majeur […] Le monde municipal n’échappe pas à cette problématique du déficit d’entretien, tel celui du réseau routier québécois qui risque encore de croître d’ici la fin de 2018. On va atteindre un sommet de 6,3 milliards $, à comparer à 5,2 milliards $ l’année précédente», explique le président de Bitume Québec, Martin Pelletier. 

Lors de son plus récent congrès annuel, à la mi-mars, son organisme a lancé une invitation formelle aux 1100 municipalités affiliées à la Fédération québécoise des municipalités (FQM) : celle de leur dispenser des activités de formation personnalisées selon leurs besoins.

Bitume Québec affirme vouloir «professionnaliser l’ensemble des intervenants municipaux, en mettant à jour et en raffinant les connaissances» de toutes les parties prenantes, du travailleur au chargé de projet, dans une optique de recherche d’innovation de la performance.

La FQM à l’écoute

Jointe par Le Soleil mardi, la Fédération québécoise des municipalités indique qu’il n’est pas dans ses plans, du moins pour l’instant, de collaborer au lancement de ce genre d’activités éducatives à l’échelle de la province.

«On a appris les intentions de Bitume Québec en même temps que tout le monde, puisque personne ne nous avait abordé avec ça avant, explique le conseiller médias de l’institution, Mathieu Le Blanc. Il n’est pas question pour le moment de formations spécifiques de notre côté.»

Le porte-parole ajoute toutefois que la fédération est toujours attentive aux besoins des municipalités, et qu’elle tend l’oreille. «On va écouter la proposition qu’ils ont pour nous, et on pourra en juger une fois notre analyse terminée, ça c'est certain», tranche-t-il.

Pour le moment, l’unique partenariat unissant les deux groupes est celui de la tournée SAM (pour Service d’achat municipal), à laquelle Bitume Québec est associée. 

Du 21 mars au 5 avril prochain, cette tournée souhaite permettre aux employés municipaux de s’informer sur les nouveaux produits et services de la FQM et de ses partenaires. L'événement sera de passage à Lévis notamment, à l’Hôtel L’Oiselière, au début du mois prochain. 

Concept national

Avec ou sans la FQM, Bitume Québec entend faire de son projet un mouvement national d’uniformisation des pratiques, et espère même éventuellement l’étendre au niveau provincial. 

«Les cabinets de génie conseil, les chargés de projets de tous les horizons, les représentants des laboratoires d’expertise indépendants seront aussi appelés à se joindre à nous», ajoute Martin Pelletier. 

Ce dernier assure que la proposition de son groupe découle d’une longue consultation d’expertise et de l’identification d’un réel besoin pour les plus petites municipalités à travers le Québec. Un changement de culture s’impose, dit le président, au sein des procédures de gestion et d’entretien de nos routes.

L’occasion serait «d’autant plus belle» selon M. Pelletier, dans un contexte où 2019 verra s’implanter un nouveau système d’évaluation des bitumes qui prendra notamment en compte la fatigue des chaussées, en incluant l'usure par le trafic comme critère d’inspection. 

Rappelons que le 2 mars dernier, à Trois-Rivières, le ministre provincial des Transports, André Fortin, avait annoncé des investissements importants de 4,8 milliards $ pour les routes québécoises entre 2018 et 2020. Bitume Québec s’était alors réjouit que l’État s’occupe enfin d’un réseau «trop longtemps négligé».