Appelé «la sentinelle du golfe», le Rocher-aux-Oiseaux est situé à 32 km au nord-est de Grosse-Île. L’imposante masse rocheuse d’une superficie de 4 hectares (0,4 km carré) se dresse en plein milieu du golfe du Saint-Laurent, dans le corridor de passage des navires transatlantiques se dirigeant vers le chenal laurentien.
Appelé «la sentinelle du golfe», le Rocher-aux-Oiseaux est situé à 32 km au nord-est de Grosse-Île. L’imposante masse rocheuse d’une superficie de 4 hectares (0,4 km carré) se dresse en plein milieu du golfe du Saint-Laurent, dans le corridor de passage des navires transatlantiques se dirigeant vers le chenal laurentien.

Bâtiments du Rocher-aux-Oiseaux: le député des Îles-de-la-Madeleine demande un sursis à Ottawa

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
Le député des Îles-de-la-Madeleine est inquiet à l’idée qu’Ottawa puisse effacer un chapitre de l’histoire maritime de l’archipel. Joël Arseneau demande à la ministre des Pêches et des Océans du Canada, Bernadette Jordan, de surseoir à son projet de démolition des bâtiments du Rocher-aux-Oiseaux.

«J’ai demandé une suspension du processus pour donner une chance aux Madelinots de savoir ce qu’il en est et de pouvoir s’assurer qu’on a fait le tour du dossier sur le plan patrimonial et historique avant de procéder à une démolition prévue pour le mois de novembre», explique le parlementaire. 

Avant que le ministère ne procède, M. Arseneau souhaite que sa population soit consultée. Il laisse le soin à Pêches et Océans Canada de trouver le moyen.

Le député Arseneau réagit à l’appel d’offres lancé par Approvisionnements et Services Canada, dont la clôture était vendredi. Celui-ci vise à démolir les bâtiments et les infrastructures situés sur le Rocher-aux-Oiseaux, qui sont considérablement délabrés et aux prises avec une présence de moisissures, de plomb et d’amiante. 

Appelé «la sentinelle du golfe», le Rocher-aux-Oiseaux est situé à 32 km au nord-est de Grosse-Île. L’imposante masse rocheuse d’une superficie de 4 hectares (0,4 km carré) se dresse en plein milieu du golfe du Saint-Laurent, dans le corridor de passage des navires transatlantiques se dirigeant vers le chenal laurentien. Comme son nom l’indique, cette petite île est un sanctuaire d’oiseaux.

Rencontre des acteurs du milieu

Avec la municipalité des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau a organisé une rencontre, vendredi, où prenaient part des représentants du ministère fédéral et de plusieurs acteurs du milieu insulaire. Parmi eux se trouvait un employé du Musée de la mer, qui se demandait pourquoi le ministère des Pêches et des Océans (MPO) voulait procéder ainsi sans que le concours de l’institution ait été sollicité. «Il y a peut-être des artéfacts ou des éléments qu’on pourrait aller récupérer, croit M. Arseneau. C’est comme si on avait sauté une étape. Les gens se sentent un petit peu bousculés dans le calendrier actuel.» En vertu de l’appel d’offres, les travaux de démolition devront être complétés avant décembre afin de ne pas déranger les oiseaux migrateurs.

Lors de sa rencontre avec les fonctionnaires fédéraux, le député provincial n’a pas réussi à connaître le montant d’argent prévu pour le démantèlement de la maison du gardien, du bâtiment du criard à brume et celui des génératrices, totalement ou partiellement effondrés. Seul le phare résistera à l’opération. Joël Arseneau croit cependant avoir compris que si les soumissions dépassaient les coûts prévus, le ministère ne se précipiterait pas pour donner le contrat. «S’il y a des enjeux patrimoniaux et historiques, ils semblent plus ou moins les considérer. Mais, s’il y a des éléments économiques, là, ça change les choses!» Cela lui fait donc dire qu’il n’est pas trop tard pour mettre ce projet de chantier en veilleuse.

Laissés à l’abandon par le gouvernement fédéral depuis plusieurs années, les bâtiments du Rocher-aux-Oiseaux, dont la maison du gardien, seront démolis.

Dimensions patrimoniale et historique

«Les considérations patrimoniales et historiques sont toutes aussi importantes que les enjeux financiers liés à l’opération, estime le politicien. Il faudra procéder par hélicoptère dans un temps restreint et les firmes de construction, du moins aux Îles, ont un carnet de commandes qui est rempli. Alors, indépendamment de l’appel d’offres, ils devraient considérer que la population veut être mise dans le coup.» De plus, 2020 commémore les 150 ans de la première présence humaine sur le Rocher-aux-Oiseaux. «De tourner la page sans plus de préparation, ça nous semble un peu trop vite, trop précipité. Les gens vont vivre un deuil [...].» 

Comme le lieu est aujourd’hui inaccessible et qu’il est impensable de développer un circuit d’interprétation, le député des Îles-de-la-Madeleine lance l’idée d’une visite virtuelle grâce à des captations vidéo en trois dimensions du site et de ses bâtiments. «On pourrait faire revivre une partie de l’époque où des familles l’occupaient. On a un devoir de mémoire et il y a de l’appétit pour ça. Est-ce que c’est faisable à coût abordable et est-ce qu’il y a quelqu’un qui est prêt à embarquer dans le projet pour le financer? Ce n’est pas le MPO qui va le faire, on en convient.»

«Comme comparaison, il y a des sites archéologiques qui sont préservés par le gouvernement du Québec ou par le gouvernement canadien et qui ne sont pas nécessairement accessibles, mais qu’on conserve parce qu’ils témoignent des premiers peuples sur notre continent, poursuit-il. Est-ce qu’on peut faire le parallèle ou pas? Est-ce que Patrimoine Canada s’est penché là-dessus? Je n’ai pas la conviction que Pêches et Océans s’est tourné vers Patrimoine Canada.»

De l’avis du parlementaire, le projet pourrait s’avérer d’autant plus intéressant qu’il existe un mythe autour du Rocher-aux-Oiseaux. Témoin de plusieurs naufrages, «le rocher fut le théâtre de nombreuses tragédies qui l’ont fait entrer dans la légende comme un endroit mystérieux, pour ne pas dire maudit», rapporte le Centre d’archives régional des Îles sur son site Web. Neuf adultes et au moins un enfant y ont péri, surtout pendant les dix premières années qui ont suivi l’érection du phare. De plus, un gardien et deux assistants y ont été sérieusement blessés, sans compter un autre qui y a complètement perdu l’esprit. «Des gens qui ont vécu là sont allés à la chasse au loup-marin et ils se sont perdus», ajoute Joël Arseneau.

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