Attention aux jugements précipités

ÉDITORIAL / La nature humaine est ainsi faite : nous aimons tous faire des conclusions hâtives et exprimer les hypothèses qui nous semblent les plus plausibles lorsqu’un drame se déroule sous nos yeux. Ce phénomène est encore plus manifeste avec l’avènement des réseaux sociaux et de l’actualité en temps réel. Chaque nouvelle information devient la pièce d’un casse-tête en construction, dont l’image se révèle à la vitesse d’une tortue. Alors, au rythme des morceaux qui s’épousent, les jugements prématurés se multiplient. Et c’est là que tout éclate.

Cette fois encore, c’est arrivé : des bribes d’informations non validées, des rumeurs, la soif de tout savoir immédiatement et la course à la primeur ont détourné la population du véritable récit ; celui que nul ne connaît en ce moment. Des hypothèses ont été lancées dans l’univers, certaines résistant à la vérification des faits, d’autres étant réduites en cendres. J’entends encore ce type me dire, mercredi matin, le plus sérieusement du monde : « C’est ce qui arrive quand on donne une motoneige à des touristes qui ne connaissent pas ça. » Peut-on être plus déconnecté de la réalité ?

C’est dans cette dynamique que les professionnels de l’information évoluent ; les journalistes ont le devoir de démêler le vrai du faux avec rigueur, puis de transmettre l’information à la population.

Or, si Facebook s’avère un outil de plus en plus utile dans le travail de recherche et dans la quête de nouvelles pistes, les sources officielles demeurent celles qui sont les plus fiables puisqu’elles sont imputables de chaque détail qu’elles transmettent. En ce sens, le message articulé par la coroner Jessica Tremblay, sous la plume de notre journaliste Laura Lévesque, ne saurait être plus pertinent. Essentiellement, Mme Tremblay invite les gens à la prudence dans leurs commentaires, rappelant que les conséquences d’une rumeur, lorsque celle-ci est admise par les gens, peuvent être très importantes. Dans ce cas-ci, il y a plusieurs enjeux à considérer : des familles qui souffrent, un contexte international, une activité essentielle de l’industrie touristique du Saguenay-Lac-Saint-Jean…

Tourner sept fois les doigts

Il y a un adage qui prescrit de tourner sa langue sept fois avant de parler. À notre époque, il y aurait également lieu de se tourner sept fois les doigts avant d’écrire n’importe quoi sur les réseaux sociaux.

L’éventuel rapport du coroner nous permettra d’analyser ce qui s’est réellement passé ce mardi soir de janvier, dans le secteur de Saint-Henri-de-Taillon. Mais aujourd’hui, il y a trop de questions sans réponses pour chercher les coupables. L’heure est davantage propice aux sympathies et à la prise de conscience, vous ne croyez pas ?

Chapeau aux secouristes

Dans un autre ordre d’idées, il y a lieu de souligner le travail remarquable des agents de la Sûreté du Québec, des pompiers et de tous les autres secouristes qui, depuis près d’une semaine, tentent de retrouver les touristes français disparus. Même en France, dans la région d’origine des victimes, « l’ampleur des moyens mis en œuvre au Québec impressionne », selon un texte publié par la journaliste Anne Muller, du journal Dernières Nouvelles d’Alsace.

Il est rassurant de pouvoir compter sur nos institutions lorsqu’un drame d’une telle ampleur se produit.