Adolescents: quatre fois plus de suicides chez les minorités sexuelles

Comparé aux jeunes hétéros, les adolescents des «minorités sexuelles» tentent de se suicider près de 4 fois plus souvent, révèle la toute première méta-analyse sur la question, qui repose sur un échantillon de pas moins de 2,5 millions de jeunes.

L’article est paru mardi matin dans le «Journal of the American Medical Association – Pediatrics», et regroupe les données de 35 études effectuées dans 10 pays, principalement dans les années 1990 et 2000. Ses conclusions ne sont pas particulièrement étonnantes puisque la plupart des études passées avaient observé ce lien entre le suicide et l’orientation sexuelle chez les jeunes, mais «en dépit des preuves scientifiques qui s’accumulent, (…) à notre connaissance une analyse systématique du phénomène n’avait jamais été faite», écrivent les auteurs menés par Ester di Giacomo, de l’Université de Milan. Ces 35 études englobent un peu moins de 2,4 millions d’ados «hétéros» et environ 110 000 ados des «minorités sexuelles».

Fait intéressant, le risque semble plus élevé chez les ados bisexuels (4,9 fois plus de tentatives de suicide) que ceux qui se disent exclusivement homosexuels (3,7 fois plus) — mais dans tous les cas, cela demeure moindre que chez les transgenres (5,8 fois plus), ces gens qui s’identifient au sexe opposé.

Pour le chercheur de l’Université Laval Michel Dorais, qui travaille sur ces questions depuis longtemps, ces chiffres ne sont guère étonnants — malheureusement. «C’est vraiment constant. J’ai commencé à faire des études là-dessus il y a une vingtaine d’années, à la fin des années 90, et les chiffres changent très peu. (…) On voit que même s’il y a du progrès, comme le mariage gai, même si les sociétés sont plus ouvertes, ce n’est pas tout le monde qui évolue en même temps. Il y a encore énormément d’intimidation à l’école, et ce ne sont pas toutes les écoles qui réagissent bien.»

«Quand un jeune se suicide, ce n’est pas à cause d’un bonheur insoutenable, c’est souvent à cause de l’intimidation. (…et) avec les réseaux sociaux et les téléphones dits intelligents, le jeune, ça peut le suivre 24h sur 24», ajoute-t-il.

Le fait que les ados bisexuels fassent en proportion plus de tentatives de suicide que leurs congénères homosexuels ne surprend par ailleurs pas M. Dorais. C’est un fait que d’autres études avaient documenté auparavant et «ce qu’on voit, c’est que les jeunes gais, ce qui les aide souvent, c’est le sentiment d’appartenir à une communauté. C’est un gros facteur de résilience. Alors que les jeunes bisexuels, eux, se font souvent dire par les homosexuels qu’ils ne sont pas comme eux, et ils sont rejetés par les hétérosexuels. Il y a un mouvement maintenant au sein de la communauté LGBT pour les accueillir davantage, mais ça n’a pas toujours été le cas.»

Vous ou vos proches avez besoin d’aide? N’hésitez pas à joindre l’Association québécoise de prévention du suicide au 1 866 APPELLE (277-3553).