La loi du silence est forte en prison. Mais dans ce cas précis, deux détenus sont venus témoigner pour le plaignant, à l’occasion du début du procès jeudi, au palais de justice de Québec.

Accusé de sévices sexuels sur un détenu vulnérable

Coups de pénis sur le tête, séances d’étranglement, fiole d’eau de javel insérée dans l’anus; le détenu Jonathan Bertrand-Beaulieu est accusé de multiples agressions sexuelles sur le prisonnier le plus vulnérable de son secteur.

Kevin* est un détenu chétif, de très petite taille, avec un handicap physique. Le chef d’unité à l’Établissement de détention de Québec le décrit comme un gars dont il n’entend jamais parler.

Le 26 septembre 2018, Kevin s’est présenté à la console de sécurité en demandant à parler à un agent correctionnel. En privé.

Il a dit avoir été victime de plusieurs agressions sexuelles de la part d’un codétenu, Jonathan Bertrand-Beaulieu, 27 ans, un ancien boxeur de grande stature.

La loi du silence est forte en prison. Mais dans ce cas précis, deux détenus sont venus témoigner pour le plaignant, à l’occasion du début du procès jeudi, au palais de justice de Québec.

«Ça, ça ne se fait pas, lance Luc*, 19 ans, qui purge une peine pour une agression armée. J’ai dit à Kevin* qu’il fallait qu’il fasse de quoi parce qu’il allait s’en souvenir toute sa vie et je lui ai dit que s’il porte plainte, personne ne va lui en vouloir.»

Un autre détenu du même secteur, Jérôme*, condamné pour des voies de fait, affirme qu’il n’est pas du genre à dénoncer. «Mais Kevin, ce n’est pas correct ce qui lui est arrivé et je ne voudrais pas que ça m’arrive.»

«Prises du sommeil»

Luc et Jérôme disent avoir assisté à plusieurs agressions en l’espace de quelques semaines. 

Ils affirment avoir vu à plusieurs reprises Jonathan Bertrand-Beaulieu étrangler Kevin par l’arrière jusqu’à ce qu’il perde conscience. «Comme une sorte de prise du sommeil, illustre Jérôme. Jonathan Bertrand-Beaulieu trouvait ça drôle.»

Bertrand-Beaulieu «jouait» avec Kevin, «comme avec un toutou», ajoute Luc.

Les deux détenus témoignent qu’à d’autres occasions, Bertrand-Beaulieu a donné de brusques coups de pénis sur la tête et le visage de Kevin, alors assis sur le lit de sa cellule.

À un autre moment, Jonathan Bertrand-Beaulieu est entré dans la cellule de Kevin, l’aurait complètement déshabillé et lui aurait partiellement inséré une petite fiole remplie d’eau de javel dans l’anus.

Selon les codétenus, Kevin essaye alors en vain de se débattre. «Il n’était pas capable, se souvient Luc. J’essayais de ne pas regarder.»

À un autre moment, Jonathan Bertrand-Beaulieu serait venu rejoindre Kevin dans la cellule de Jérôme. Il l’aurait saisi à bras-le-corps, lui aurait baissé le pantalon, l’aurait chatouillé et aurait inséré son doigt dans l’anus du détenu.

C’est après cet épisode allégué que Kevin a décidé de porter plainte. 

Luc et Jérôme admettent n’avoir rien fait pour faire cesser les gestes. «J’ai une longue sentence à faire, dit Luc. J’ai assez de mes problèmes, je ne voulais pas me battre.»

Dans ce secteur de la prison, aucune caméra ne filme à l’intérieur des cellules.

Pendant que les détenus décrivent les gestes pour la juge Johanne Roy de la Cour du Québec, Jonathan Bertrand-Beaulieu, les cheveux bien coiffés, portant une chemise pâle, hoche la tête en signe de dénégation.

L’enquêteur Francis Blaney de la Sûreté du Québec a interrogé Bertrand-Beaulieu le 21 janvier 2019. Désinvolte et arrogant, le détenu a nié tous les gestes.

L’enquêteur convient que l’interrogatoire a viré au vinaigre lorsque l’autre policier présent a dit à Bertrand-Beaulieu que si les faits allégués étaient exacts, cela faisait de lui un «déchet humain».

Kevin devrait témoigner vendredi. Par la suite, Jonathan Bertrand-Beaulieu aura la possibilité de présenter une défense.

Antécédents judiciaires

En mars, Jonathan Bertrand-Beaulieu a été condamné à 12 mois de prison pour des voies de fait sur une ex-conjointe et pour avoir bénéficié d’un avantage matériel provenant de la prestation de services sexuels et d’avoir fait de la publicité pour offrir des services sexuels moyennant rétribution.

En  2016, Bertrand-Beaulieu avait été condamné à 26 mois de prison pour une série d’infractions, notamment des voies de fait graves lors d’une altercation derrière un bar de Grande Allée.

*Plusieurs prénoms ont été changés pour préserver l'anonymat des personnes impliquées