Accidents de silo: une formation pour stopper l’hémorragie

NEWPORT – «Si ça permet de sauver une seule vie, ça en vaudra la peine», déclare Marie-Antoine Roy, producteur qui part en croisade pour mettre fin aux accidents lors de l’ensilage. Ce dernier a organisé une formation préventive dans la foulée du décès de Nicolas Lanciaux, un jeune homme de 34 ans de Coaticook, qui est décédé au printemps en effectuant cette tâche.

Cela fait plusieurs années que Marie-Antoine Roy tente de conscientiser les producteurs de la province aux méthodes de travail à adopter pour rendre l’ensilage sécuritaire. Son intérêt pour cette cause a germé en 2012, lorsqu’un de ses employés est passé bien près de s’évanouir et de chuter.

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«Il y a sept ans, on est passé à un cheveu d’avoir un incident d’ensilage sur la ferme, explique celui qui est propriétaire de la bergerie Malvibois, à Newport. Après cette aventure, on s’est équipé pour s’assurer qu’on ne passe plus jamais proche d’une tragédie. On ne sait jamais quand ça peut arriver, on ne rentre jamais dans les silos sans nos détecteurs de gaz.»

Au moment où les incidents causant des décès et des blessures graves se multiplient, quatre travailleurs ont été impliqués dans de graves accidents d’ensilage cet été seulement, M. Roy n’en peut plus de rester assis et de tolérer ce fléau.

«J’ai tenté de passer le mot depuis plusieurs années, mais avec la mort de Nicolas Lanciaux, un ami de la famille qui avait un si bel avenir devant lui, j’ai passé à la vitesse supérieure, poursuit-il. Son père m’a remercié et me soutient dans mes démarches. On ne peut pas perdre notre relève agricole, elle est si précieuse. C’est pourquoi j’ai décidé d’organiser une formation et j’espère fortement que l’UPA va embarquer.»

Un travail en deux temps

La première séance de formation d’une série de six portait sur les méthodes de travail à adopter. Deux choses doivent être faites pour rendre les chances d’intoxication à l’intérieur des silos nulles, enseigne le producteur.

«Ça passe tout d’abord par la ventilation, explique-t-il. Les silos doivent être bien ventilés avec des appareils conçus à cet effet. Ensuite, les travailleurs doivent avoir à leur disposition des détecteurs à cinq gaz, comme on les appelle. C’est un équipement qui ne coûte pas cher en soit et qui assure la sécurité des travailleurs agricoles lorsqu’ils sont dans les silos.»

Avant de s’équiper, il faut toutefois reconnaître la problématique et décider de s’y attaquer. C’est l’étape la plus difficile à faire, confirme M. Roy, qui confie que le sujet est tabou dans la communauté des producteurs.

«Il y a un tabou relié aux accidents d’ensilage, sans aucun doute, reconnaît l’instigateur de la formation. On n’est jamais fier de nos moins bons coups. Quand j’en parle, les gens me disent souvent que c’est arrivé chez eux aussi, qu’ils ont évité la catastrophe de peu. On entend juste parler des cas mortels dans les médias, mais il y en a beaucoup qui causent des blessures graves qui passent sous le silence.»

«Les producteurs font cela depuis des années, ils ont appris une façon de faire et ça a toujours marché pour eux, donc certains sont réticents de changer leurs pratiques, avoue-t-il. Le message est dur à passer et je le reconnais, je ne veux pas donner de leçons à personnes, je veux juste tenter de sauver des vies.»

Des représentants de l’UPA provinciale ainsi que de la CSSNET étaient sur place pour assister à la formation et déterminer de sa pertinence, eux qui vont être appelés à jouer un rôle important pour distribuer ces connaissances à leurs membres.

«Comme on tient à tout prix à la sécurité de nos membres et que les incidents lors de l’ensilage sont récurrents, on se doit d’avoir un plan d’action, confirme Martin Caron, vice-président de l’UPA-Québec. On parle déjà des méthodes de prévention à mettre en place dans nos cours de santé et sécurité sur la ferme, mais le message passe difficilement.»

«On va faire des ajustements au fur et à mesure, mais je voulais qu’on enclenche sérieusement le processus pour faire avancer les choses, conclut M. Roy, qui a attiré une trentaine de travailleurs agricoles à sa première formation tenue sur sa ferme. Si ça permet de sauver une seule vie, ça en vaudra la peine.»