Jocelyn Mongrain saura le 29 septembre quelle peine d’emprisonnement il devra purger.
Jocelyn Mongrain saura le 29 septembre quelle peine d’emprisonnement il devra purger.

Abus sexuels sur ses filles: plusieurs années de prison attendent Jocelyn Mongrain

TROIS-RIVIÈRES — Jocelyn Mongrain doit se préparer à passer plusieurs années en prison après avoir abusé sexuellement de ses filles, vraisemblablement à des milliers de reprises.

Mongrain a plaidé coupable en janvier à des accusations d’inceste, de contacts sexuels, d’exploitation sexuelle et de voies de fait. Ces crimes ont été commis à la suite du départ de la conjointe de Mongrain et mère des enfants.

Ce Trifluvien de 55 ans était au palais de justice de Trois-Rivières, lundi, afin d’assister aux observations sur la peine effectuées par son avocate, Me Martine Garceau-Lebel, et par Me Marie-Eve Paquet, procureure de la poursuite. Cette dernière a d’abord fait témoigner les deux victimes dans cette affaire, Sophie et Josiane Mongrain. Les deux femmes aujourd’hui dans la trentaine ont raconté en détail les agressions subies de 1997 à 2012. Les agressions ont débuté alors qu’elles étaient enfants.

Selon ce que Me Paquet a indiqué au juge Jacques Trudel, Sophie Mongrain a subi une agression sexuelle par jour durant 14 ans, alors que sa plus jeune sœur a dû endurer en moyenne trois abus par semaine pendant 10 ans. Les journées où les deux filles n’étaient pas actives sexuellement avec leur père étaient au moment de leurs menstruations.

À l’instar de sa sœur Josiane, Sophie Mongrain a accepté que son témoignage en cour ne soit pas frappé d’une ordonnance de non-publication concernant son identité. Elle a indiqué souffrir de nombreuses séquelles à la suite des gestes posés par son père, notamment du stress et des cauchemars ainsi qu’une difficulté à établir une vie d’adulte disciplinée.

«Vivre avec un père aussi pourri fait en sorte que je ne me lave plus, que je n’ai pas le goût de nettoyer mon appartement et que la nuit, je me réveille, car je vois sa face de pervers», a déclaré Mme Mongrain, en racontant que son père assurait une surveillance si sévère qu’il lui était difficile d’avoir un amoureux lorsqu’elle vivait avec lui.

Josiane Mongrain a affirmé se rappeler que son père a commencé à la toucher sexuellement lorsqu’elle avait sept ans. Quand elle aperçoit un enfant de sept ans, elle se demande bien comment un adulte peut avoir envie de commettre ce genre de geste sur un être aussi innocent.

«Je regrette de ne pas avoir été capable de dire non du haut de mes sept ans. Je n’étais pas en position de dire non, c’est mon père qui demandait ça. Et si on n’écoutait pas, c’était la ceinture ou les claques», a mentionné celle qui a longtemps refoulé ses souvenirs, elle qui ne voulait pas se considérer comme étant une victime.

Jocelyn Mongrain a lui aussi pris la parole, lundi. Il a exprimé des regrets et des remords après avoir entendu ses filles s’exprimer devant le juge Trudel. Il a demandé pardon à ses filles et a dit être prêt à faire face aux conséquences. Il a toutefois souligné que ses filles acceptaient d’avoir des relations sexuelles et qu’il acceptait d’agir ainsi afin d’empêcher la plus vieille de ses filles de «courir les garçons».

«J’avais peur qu’elle revienne enceinte ou avec des maladies», a déclaré l’accusé en ajoutant qu’il souffrait d’être rejeté comme père.

Durant son observation sur la peine, Me Paquet a insisté sur le fait que pendant le processus judiciaire, Mongrain a admis les gestes reprochés, mais il a nié que lesdits gestes étaient inadéquats. Il racontait agir ainsi pour leur bien-être, affichant un faible niveau d’empathie et de conscientisation. Selon elle, la fréquence et la durée des agressions, sa position d’autorité, un rapport présentenciel démontrant un risque de récidive modéré et les conséquences sur les victimes devraient amener le juge à imposer une peine d’emprisonnement de 15 ans avec l’obligation de purger la moitié de la peine avant de faire une demande de libération conditionnelle.

Pour sa part, Me Garceau-Lebel propose une peine d’emprisonnement de 10 ans. L’avocate de Mongrain estime que les gestes commis ne sont pas dans le haut de l’échelle de gravité comme le prétend la poursuite, car les crimes n’ont pas été teintés de violence extrinsèque ni commis en faisant l’usage d’une arme à feu. Le fait que son client ait plaidé coupable a évité la tenue d’un procès. Me Garceau-Lebel désire aussi laisser le soin à la Commission des libérations conditionnelles de juger de la période à laquelle une demande pourra lui être adressée par son client.

Le juge Trudel rendra sa décision le 29 septembre.