Réjean Lefebvre

Abus sexuels: deux ans moins un jour de prison pour l’ancien député Réjean Lefebvre

Trois-Rivières — L’ancien député du Bloc québécois, Réjean Lefebvre, a évité de peu le pénitencier, mercredi, en étant condamné à une peine de deux ans moins un jour de prison pour des abus sexuels commis sur quatre mineures entre 1990 et 2017.

Dans cette affaire, la procureure de la Couronne, Me Audrey-Anne Boily, réclamait une peine de 42 mois de prison alors que l’avocat de Réjean Lefebvre, Me Bertrand Jacob, avait plutôt suggéré 12 mois de prison. Le juge David Bouchard aura finalement tranché pour une sentence de quatre mois en lien avec les abus commis sur la première victime, quatre mois pour la seconde, deux ans moins un jour pour la troisième et huit mois pour la quatrième.  Si les peines avaient été consécutives, il aurait écopé de 40 mois de prison mais le juge a conclu que le principe du consécutif ne pouvait s’appliquer dans le cas de M. Lefebvre. Les peines étant concurrentes entre elles, l’ancien maire de Saint-Adelphe, qui est maintenant âgé de 76 ans, a donc été conduit dans une prison provinciale pour y purger une sentence de deux ans moins un jour. 

Réjean Lefebvre s’était livré à des attouchements sexuels sur quatre jeunes filles. Les premiers événements remontent au début des années 90. La victime était alors âgée entre 12-13 ans. À deux reprises, entre 1990 et 1992, il s’était approché d’elle par l’arrière afin de lui mettre la main sur les seins. À une reprise aussi, il en avait profité pour toucher ses parties génitales par-dessus ses vêtements. Puis, entre 1995 et 1998, il avait récidivé à une occasion cette fois-ci auprès d’une adolescente âgée entre 14 et 16 ans. Encore là, il s’était présenté derrière elle pour lui mettre une main sur la bouche et l’autre sur les seins. 

Entre 2003 et 2006, il s’était ensuite livré à une trentaine d’agressions et de contacts sexuels sur une enfant âgée entre 4 et 7 ans. Les gestes commis sont une vingtaine de cunnilingus. Il avait aussi utilisé ses doigts pour pénétrer son vagin à cinq ou six reprises. 

Puis, en 2017, il avait embrassé une enfant de 9 ans sur la bouche, lui avait touché les seins et la vulve par-dessus ses vêtements. 

Peu de temps après son arrestation, Réjean Lefebvre avait tout de suite décidé de s’impliquer dans un processus thérapeutique auprès du psychologue Alain Perron qu’il avait rencontré à 23 reprises. Il avait également entrepris et complété le programme d’évaluation et de traitement des abus sexuels (Petas) et s’était inscrit au programme de prévention de la récidive. Les rapports font état d’un faible risque de récidive. Il avait aussi travaillé sur ses problèmes d’alcoolisme et de jeu pathologique. En septembre 2018, il avait ensuite accepté de plaider coupable aux infractions qui lui étaient reprochées. 

Et si, au départ, son niveau de conscientisation était considéré comme incomplet, Réjean Lefebvre aurait cheminé suffisamment, selon le juge, pour comprendre les conséquences de ses gestes en dépit de la stigmatisation qu’il doit maintenant subir. Il semble qu’à l’époque des délits, il éprouvait des distorsions cognitives liées à sa vie sexuelle. Réjean Lefebvre avait également tenu à s’excuser auprès des victimes lors des plaidoiries sur la peine. Il s’agit tous de facteurs atténuants qui ont été pris en considération par le juge dans sa décision. 

D’un autre côté, l’abus de confiance et d’autorité, le nombre de victimes et la durée des abus sexuels, qui se sont étirés sur 27 ans, demeurent des éléments aggravants dans cette affaire ayant milité pour une peine plus élevée que les 12 mois réclamés par la défense.

Quant aux conséquences sur les victimes, elles ne sont pas énormes sans pour autant être inexistantes. Les victimes ont témoigné au juge, par le biais d’une déclaration écrite, de leur tristesse et de leurs difficultés à faire confiance aux hommes. Toutefois, le temps et leur cheminement personnel auront réussi à atténuer leur colère et à circonscrire les séquelles.   

Outre la peine de deux ans moins un jour de prison, Réjean Lefebvre devra également respecter une probation pendant deux ans avec l’interdiction de contacter les victimes et de se trouver en leur présence. Il sera aussi inscrit au Registre des délinquants sexuels. 

À sa sortie de la salle d’audience, Me Jacob a refusé de commenter la sentence, et ce, à la demande de son client. Me Boily a pour sa part précisé qu’il s’agissait d’une décision élaborée mais ignore si elle pourrait être portée en appel à ce stade-ci. «Le juge a prononcé une sentence dans laquelle il a parlé des facteurs aggravants de façon explicite. C’est la décision à laquelle il en est arrivé. Aujourd’hui, on prend le temps de regarder la peine et on verra», a-t-elle conclu.