La résidence de Jimmy Raymond-Bélanger à Boischatel, où avait commencé la poursuite policière en août 2018.

Absolution pour un fuyard en psychose

Le fuyard en bobettes. Les titres des journaux faisaient sourire. Mais il n’y a vraiment rien de drôle dans l’histoire de Jimmy Raymond-Bélanger.

Le 16 août 2018 aux petites heures du matin, l’homme de 31 ans est arrêté par les policiers, vêtu de ses seuls sous-vêtements, dans le stationnement d’un restaurant de Yamachiche en Mauricie, tout près de l’autoroute 40.

L’homme, sans antécédent judiciaire, s’excuse à répétition et demande de l’aide.

Une heure plus tôt, Jimmy Raymond-Bélanger était en crise dans sa luxueuse demeure de Boischatel. Probablement une psychose liée à la consommation de stupéfiants. 

Son père avait appelé le 9-1-1, inquiet de l’état de santé de son fils. Depuis quelques jours, Jimmy donne des signes de paranoïa et dit que son téléphone est sur écoute.

À l’arrivée des policiers de la Sûreté du Québec, l’homme est en train de fracasser ses fenêtres et sa porte-patio. Il vide un extincteur. Les voisins entendent des cris de détresse.

Les policiers tentent d’entrer par une fenêtre arrière. L’homme en crise sort de sa maison par la fenêtre avant et se précipite à bord d’un VUS, qu’un policier a laissé en marche, les clefs sur le contact et les gyrophares allumés.

Malgré les ordres des policiers, Jimmy Raymond-Bélanger entame une poursuite qu’il tiendra sur 170 km à une vitesse allant jusqu’à 200 km/h. 

Chute brutale

Entouré de ses parents, Jimmy Raymond-Bélanger a plaidé coupable mardi à des accusations de vol d’un véhicule à moteur, conduite dangereuse et possession de métamphétamines.

L’air démoli, le jeune homme raconte son ascension dans le monde des technologies puis sa chute, brutale.

Maniaque d’informatique, il a créé une entreprise d’hébergement de site web à l’âge de 17 ans. La vente de cette entreprise, six ans plus tard, lui donne un bon profit et l’impulsion pour créer une autre compagnie avec un prestigieux partenaire américain.

Il a vécu deux mois en Californie à travailler comme un fou, dit-il.

Il a commencé à consommer alcool et drogue d’abord pour fêter. Puis, dit-il, «pour pouvoir en donner plus au travail».

Jimmy Raymond-Bélanger a ensuite enchaîné les mauvaises décisions jusqu’à la faillite. «La consommation a détruit ma vie, constate-t-il, en pleurs. J’ai tout perdu: ma famille, mes amis, mes entreprises, mes maisons.»

Il a fait une thérapie fermée d’un mois après son arrestation. Depuis un an, il reste sobre, avec l’aide de ses proches et des Alcooliques anonymes. Il veut créer de nouvelles entreprises, mais sait qu’il devra avoir un équilibre dans sa vie.

Le juge Christian Boulet de la Cour du Québec a accepté la demande d’absolution inconditionnelle présentée par l’avocate de la défense Me Sophie Dubé.

Le juge a convenu de la gravité objective des accusations. «Le risque était présent, mais, fort heureusement, il n’y a pas eu de conséquence pour personne», note le juge Boulet.

Il a surtout retenu la chute «d’un actif brillant pour la société» et ses efforts pour s’en sortir. Le juge Boulet a mis le jeune homme en garde contre «le démon vicieux de la drogue» et, comme il le fait à chaque accusé, lui a souhaité bonne chance. En le regardant dans les yeux pendant plusieurs secondes.