Le gouvernement Couillard convoque, vendredi dans la capitale provinciale, le syndicat ainsi que la direction de l’Aluminerie de Bécancour.

ABI: Québec convoque les deux parties

Bécancour — Au lendemain des souhaits exprimés par son premier ministre et à la veille d’une manifestation syndicale à Québec pour l’adoption d’une motion, la ministre responsable du Travail, Dominique Vien, a annoncé qu’elle convoquait vendredi, à son bureau de Québec, les parties impliquées dans le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour pour les inciter à reprendre les pourparlers.

«C’est un dossier important dans la région de nos collègues à Trois-Rivières. C’est une entreprise qui est importante, qui embauche 1030 employés. On faisait le comparable, ça équivaudrait à 28 000 personnes dans une entreprise à Montréal», a-t-elle indiqué lors d’une mêlée de presse, mardi.

Celle-ci a rappelé qu’avant même la fin de la convention collective en novembre 2017, les responsables de la médiation, à son ministère, étaient entrés en contact avec les parties pour leur offrir des services de médiation. «Cela a été accepté par les parties, de sorte que jusqu’au 11 janvier dernier, il y a eu des séances de médiation», raconte Mme Vien.

Or, la haute direction des relations de travail l’a informée que les positions sont campées «et qu’il n’y a pas, dans un horizon proche, de rencontre prévue».

«Nous sommes préoccupés par l’impact économique de cette entreprise. C’est 150 sous-traitants qui sont en lien avec ABI. J’ai convoqué les parties vendredi matin à Québec pour tenter de les convaincre de négocier. Ça prend de la bonne volonté de chaque partie. On a beaucoup d’attente envers eux pour qu’ils reprennent les négociations», a-t-elle ajouté tout en se disant consciente qu’il s’agit d’un conflit privé.

Lundi, à Shawinigan, Philippe Couillard avait également invité les parties à retourner à la table des négociations. «Nous, ce qu’on veut, c’est de les convaincre de se rasseoir à la table et de leur dire comment c’est important pour nous et pour le Québec. ABI pour Trois-Rivières, c’est gros comme Bombardier à Montréal. Les impacts sont énormes. C’est extrêmement important pour l’économie de la région», a commenté le député de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard, qui assistera à la rencontre de vendredi.

Celui-ci dit avoir eu des discussions, dans les dernières semaines, avec le premier ministre ainsi que les ministres Anglade et Vien. 

«C’est un conflit privé, on ne peut pas les obliger, il n’y a personne qui est hors la loi au Québec, tu as droit de grève et de lock-out. Il fallait trouver une façon. Je me devais de travailler ce dossier et je ne l’ai pas fait médiatiquement. Pour moi, c’était plus important d’avoir des résultats concrets, et là, on a un premier résultat concret qui est vendredi, une rencontre officielle au cabinet de la ministre du Travail», a-t-il fièrement souligné.

Une intervention qu’il juge plus importante que «d’aller parader comme les oppositions l’ont fait». «Je trouvais ça ordinaire de voir Martine Ouellet défendre les employés pour faire des petits gains politiques alors que c’est elle qui nous a fermé Gentilly-2. Pour moi, ce qui est important, c’est que tout le monde sorte gagnant», insiste 

M. Girard. Selon lui, la motion qu’entend déposer mercredi Gabriel Nadeau-Dubois afin que le gouvernement du Québec exige de l’employeur la reprise des négociations «n’est plus valable» en raison de la rencontre de vendredi. Une opinion qui a fait sursauter le président de la section locale 9700 des Métallos, Clément Masse.

«On veut que la motion soit adoptée aussi. Le Parti libéral ne peut pas nous convoquer et après ça, rejeter la motion. La motion, c’est ça qu’elle demande, que les parties retournent à la table. Ils ne peuvent pas parler des deux coins de la bouche. Nous, on s’attend à ce que le gouvernement libéral va aussi appuyer la motion. Ce serait complètement stupide de voter contre. Ils n’ont pas d’autre choix que de voter pour s’ils veulent nous convoquer à des rencontres. Sans ça, c’est de la frime. L’employeur peut aussi bien se présenter à la rencontre et maintenir sa position. La motion est d’autant plus importante et pertinente», explique-t-il.

Du même souffle, ce dernier voit d’un bon œil l’initiative de la ministre Vien. «On va aller voir. Je suis bien content que le gouvernement s’en mêle un peu pour essayer de convaincre l’employeur de revenir à la table. Depuis le début du conflit, on dit qu’on veut retourner négocier. C’est l’employeur qui est campé sur sa position, sur son offre finale. Nous, on l’a dit qu’on était disponible à négocier. Si le gouvernement peut convaincre l’employeur de revenir à la table, tant mieux», tient à préciser celui qui sera à la tête d’une délégation de quatre autobus de travailleurs, mercredi, devant l’Assemblée nationale.

Quant à l’idée de faire des compromis, Clément Masse souligne que son syndicat «en a fait un méchant paquet». «On a déjà accepté de laisser tomber notre régime de retraite actuel pour aller dans un régime qui répond plus au besoin de l’employeur. Les compromis, il faut qu’il s’en fasse des deux côtés, pas juste d’un côté», prévient-il.

Finalement, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, souhaite que l’employeur et le syndicat se présentent à la rencontre de vendredi. 

«Ça ne me tente pas de politiser ça. J’ai proposé une solution la semaine passée, je pense que c’est une bonne proposition, je la maintiens. Maintenant, si la ministre décide de convoquer les deux parties, moi, tout ce que je souhaite, c’est que les deux parties aillent. L’important, c’est que les négociations reprennent et qu’on ait une entente qui va satisfaire les deux parties et qui va surtout assurer la pérennité à long terme de l’entreprise», a-t-il fait savoir. 

De son côté, le maire de Bécancour Jean-Guy Dubois se réjouissait de ce pas en avant. «Il n’y a pas de gestes inutiles ou perdus. Tout ce qui peut être fait pour que les gens puissent se parler... c’est la seule façon de s’en sortir. Je suis bien content que l’effort soit fait. À quelque part, c’est un travail d’humilité, il faut que quelqu’un accepte de faire les premiers pas là-dedans.»

La direction d’ABI n’a pas voulu commenter la décision de la ministre Vien de convoquer les parties. 

Avec la collaboration de Kim Alarie